Maison Margiela, printemps 2027 – Glenn Martens cache ses meilleures idĂ©es dans un pli

Chez Maison Margiela, Glenn Martens plie les revers, raidit les devants et relâche les étoffes pour construire un printemps 2027 où la contradiction devient une manière de s’habiller.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
9 Minutes de lecture
Maison Margiela a présenté à Paris sa collection mixte printemps 2027, baptisée « Hard and Soft ». Elle est signée Glenn Martens, directeur artistique de la maison depuis début 2025, en remplacement de John Galliano. La collection oppose tailleurs rigides et drapés souples. Les pièces arriveront en boutique début 2027, avec des vestes de tailleur au-delà de 1 000 euros.

Des fleurs séchées pendent aux murs, tête en bas, aux couleurs passées. Ce décor rappelle les débuts de Raf Simons chez Dior en 2012 et semble inviter à une méditation sur le temps qui passe. En juillet 2012, pour sa première collection haute couture avenue Montaigne, Simons avait tapissé les salons d’un hôtel particulier parisien d’environ un million de fleurs fraîches. Quatorze ans plus tard, les voilà fanées et retournées. Fausse piste. Le printemps 2027 de Maison Margiela, présenté à Paris par Glenn Martens, regarde vers l’avenir. Il déborde d’idées fraîches, et en a même quelques-unes de trop.

Voir la collection

Le créateur belge a appelé sa collection mixte « Hard and Soft ». Le dur et le mou, donc. L’idée vient de loin. « Quand Martin Margiela a commencé à la fin des années 1980, il était dans l’« anti ». Alors on a vraiment travaillé là-dessus », explique-t-il après le défilé. Fondée en 1988, la maison a bâti sa réputation en défiant les codes du luxe de l’époque : doublures retournées, coutures apparentes, vêtements volontairement inachevés. Ce que Martens cherche, c’est une contradiction dans la matière. Un tailleur rigide face à un drapé qui cède. Une toile raide face à un jersey qui tombe.

Soyons honnêtes. Après deux saisons presque outrancières, on savait de quoi Martens était capable. Arrivé début 2025 pour succéder à John Galliano, l’ancien directeur artistique de Y/Project qui vient de quitter Diesel, il avait ouvert son mandat avec une collection Artisanal très théâtrale, puis enchaîné sur le prêt-à-porter sans baisser le volume. Cette fois, il voulait autre chose : revenir aux fondamentaux de la maison et les rendre portables. « J’essaie de trouver comment apporter un concept fort et rester cohérent sur tous les vêtements, mais sans faire peur », confie-t-il. Il ajoute qu’une maison comme celle-ci doit aujourd’hui parler à une clientèle bien plus large que celle de Martin. Difficile, dans ces conditions, d’aller aussi loin sur le concept. Maison Margiela appartient au groupe OTB de Renzo Rosso et son chiffre d’affaires repose largement sur quelques produits phares identifiables bien au-delà des initiés, comme la botte Tabi ou les sneakers Replica. Le défilé doit désormais nourrir cette machine autant que la légende.

Faut-il le lui reprocher ? Pas vraiment. Beaucoup de créateurs ont joué la carte commerciale cette saison. Maison Margiela le fait avec plus d’esprit que la moyenne.

- Publicité -

Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.

C’est là que la collection frappe le plus fort. Le trench qui ouvrait le défilé annonçait la couleur avec ses plis spectaculaires autour du cou et son devant façon tablier. On l’aurait cru façonné à la main dans une glaise encore fraîche. Suivait une série de vestes, du denim brut au smoking en satin. Toutes portaient à l’avant un panneau rigide intégré, sorte de plastron hérité du corset, face à des encolures et des revers souples et repliés.

Rassurez-vous, messieurs. Personne ne vous demandera de vous sangler dans un corset. Martens n’en a gardé que la ligne. On la retrouve sur un superbe pantalon orné d’épaisses bandes de smoking le long de la jambe. On la devine aussi sous un manteau blanc au devant raidi, porté avec une chemise à carreaux ouverte, elle-même amidonnée, et un pantalon de ski taille haute coupé comme un pantalon de tailleur. C’est l’allure que j’ai préférée. Discrète, précise, un peu mystérieuse.

Pendant des années, Margiela a été une adresse confidentielle. On y trouvait des vêtements « normaux » d’une coupe irréprochable, et seuls les initiés le savaient. Le fondateur refusait d’être photographié et les étiquettes restaient blanches, simplement fixées par quatre points de couture visibles de l’extérieur. On reconnaissait un Margiela à ce détail, jamais à un logo. Ce chic concis, presque clandestin, refait surface.

- Publicité -

Le tailleur maison présente un effet de soufflet sur le devant. Les revers se replient vers l’intérieur sur un pli net comme une lame. Détail malin : on peut les déplier et porter la veste de façon tout à fait classique. Deux vestes pour le prix d’une. Votre banquier appréciera.

Même logique pour les chemises et les vestes déconstruites dont les boutons disparaissent, repliés et cachés à l’intérieur. Le vêtement garde un secret. Il faut s’approcher pour le percer. L’effet est surprenant. Sur un vêtement basique, il fonctionne mieux qu’on ne l’imagine. C’est d’ailleurs sur ces pièces d’apparence banale que la maison a toujours été la plus fidèle à elle-même : l’entoilage, d’habitude invisible, passe ici au premier plan, dans la droite ligne de l’envers exposé que pratiquait Martin Margiela.

Tout n’est pas réussi. Loin de là. Martens a envoyé énormément d’idées sur le podium et le défilé aurait gagné à être plus resserré. Certaines silhouettes misaient sur de longues tuniques en maille noire ou blanche, ajourées comme des filets de pêcheur, portées sans rien dessous. Audacieux sur le podium. Beaucoup moins évident au bureau.

- Publicité -

Et puis il y a les fleurs. Le créateur parle de brocarts des années 1960. Sur une jupe rose rigide et brillante, l’imprimé passe encore. Mais sur des manteaux et des bottes, il rappelle surtout une nappe de salle à manger des années 1970. J’aurais volontiers enterré ces motifs au fond du jardin. Celui de Martens est assez fourni sans eux.

Côté vestiaire, les pièces de la collection printemps 2027 arriveront en boutique en début d’année prochaine, comme d’usage pour les collections printemps-été, à des prix qui, pour une veste de tailleur Margiela, dépassent largement le millier d’euros. L’idée, elle, est gratuite : une chemise bien amidonnée portée ouverte sur un col roulé, un revers de veste replié à l’intérieur, un pantalon à bande de smoking avec une maille simple. La leçon de cette saison tient dans cette rigidité placée au bon endroit.

Au fond, Glenn Martens ne sera jamais un minimaliste à l’ancienne. Il le reconnaît en riant : « Je suis le type qui passe ses journées dans les églises. L’opulence, c’est moi. » On le sent retenu cette saison, bridé par l’envie de plaire au plus grand nombre. Pour l’homme, cette retenue lui réussit. Elle donne un vestiaire plus lisible et plus désirable, où la bizarrerie se loge dans un revers ou une doublure plutôt que dans une silhouette entière. Si Maison Margiela veut convaincre au-delà des initiés, c’est ce Martens-là qu’il faut garder, celui qui cache ses meilleures idées dans un pli, et laisser les nappes fleuries au vestiaire du défilé.

- Publicité -
Partager cet article