Glenn Martens quitte Diesel, refermant six ans de règne créatif flamboyant

Le styliste belge quitte la maison italienne qu'il a redéfinie de fond en comble, pour se consacrer entièrement à Maison Margiela. Un départ annoncé, mais pas moins marquant.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
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Le créateur Glenn Martens - © Photo : Diesel
Glenn Martens quitte la direction artistique de Diesel après six années de collaboration, a annoncé le groupe OTB ce vendredi. Le styliste belge, en poste depuis 2020, tirera sa révérence après le défilé printemps-été 2027, prévu mardi à 16 heures à Milan. Martens reste dans le giron d’OTB et se consacre désormais entièrement à Maison Margiela, qu’il dirige depuis janvier 2025. Aucun successeur n’a encore été nommé chez Diesel.

Six ans, c’est à peu près la durée de vie moyenne d’un directeur artistique dans une maison de mode. Glenn Martens vient de tenir exactement ce délai chez Diesel, avant de tourner la page. Glenn Martens et Diesel se séparent. L’annonce est tombée ce vendredi, quelques jours avant le défilé qui marquera cette rupture. Le styliste belge tirera sa révérence après le défilé printemps-été 2027, prévu mardi à 16 heures à Milan, jour d’ouverture de la Fashion Week de Milan. Six années de collaboration touchent ainsi à leur fin, et avec elles, l’un des chapitres les plus commentés de la mode italienne récente.

La nouvelle n’a rien d’une surprise totale. Depuis plusieurs saisons, la rumeur circulait dans les couloirs de la Fashion Week : Martens, déjà à la tête de Maison Margiela depuis janvier 2025, ne pourrait pas indéfiniment mener deux maisons de front. Le groupe OTB, propriétaire de Diesel, mais aussi de Margiela, Marni, Jil Sander et Viktor & Rolf, a confirmé vendredi qu’un successeur serait dévoilé en temps voulu. Martens, lui, restera dans le giron du groupe, se concentrant désormais sur son rôle chez Margiela.

Renzo Rosso, fondateur de Diesel, n’a pas caché son émotion dans le communiqué officiel. Il a salué une contribution extraordinaire, soulignant que Martens avait transformé la perception de la marque et forgé un lien fort avec les jeunes générations. Il a également déclaré que le styliste avait su replacer Diesel au centre des conversations mondiales sur la mode, tout en préservant l’ouverture, l’énergie et l’accessibilité qui font l’ADN de la maison.

Retour sur une histoire qui commence en 2018. Cette année-là, Rosso repère Martens et l’invite à rejoindre l’équipe de designers de Diesel Red Tag, la ligne capsule expérimentale de la marque. Le jeune créateur belge sort tout juste d’un prix ANDAM remporté avec Y/Project, label pour lequel il s’est forgé une réputation de trublion du vêtement, expert en torsions, drapés et illusions d’optique textiles. Deux ans plus tard, en 2020, Diesel lui confie officiellement les rênes créatives.

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Ce qui suit ressemble à une renaissance. Martens plonge dans les archives de la marque, convoque son âge d’or du début des années 2000 et façonne un vestiaire qui parle autant aux nostalgiques qu’aux adolescents découvrant Diesel pour la première fois. Denim décliné sous toutes ses formes, influences utilitaires, esthétique pop héritée de l’époque MTV : le styliste construit sa grammaire autour de trois piliers qu’il ne cessera de creuser et de réinventer. Puis, saison après saison, le vestiaire mûrit. Les imprimés criards et les proportions raccourcies laissent place à des ourlets allongés et à des coupes plus structurées. Martens vise alors un public plus large, après avoir capté l’attention – et le porte-monnaie – de toute une génération Z. Cette bascule s’accompagne de résultats concrets : sous sa direction, Diesel enchaîne les campagnes virales et les collaborations très commentées, du denim gonflable façon nuage aux logos détournés, et devient une référence régulièrement citée dans les analyses de désirabilité des marques de mode.

Son influence ne s’arrête pas aux podiums. Martens a bousculé les codes du défilé lui-même en imaginant des formats inattendus, des collaborations improbables et des campagnes publicitaires provocatrices. Jeudi encore, à la veille de l’annonce, il partageait sur Instagram un teaser énigmatique de son dernier défilé, promettant une dernière sortie à la hauteur de sa réputation.

Le parcours de Glenn Martens mérite qu’on s’y attarde. Né à Bruges et diplômé de la Royal Academy of Fine Arts d’Anvers en 2008, il est repéré par Jean Paul Gaultier lui-même à l’issue de son défilé de fin d’études. Le couturier français l’embauche alors comme designer junior pour sa collection femme et sa ligne homme G2. Martens n’a jamais oublié cette rencontre fondatrice. Il qualifie volontiers Gaultier de véritable inventeur, une formule qui en dit long sur l’admiration qu’il lui porte encore aujourd’hui.

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Martens a déjà expérimenté cette double vie professionnelle par le passé. Pendant quatre ans, il a assuré la direction artistique de Diesel et de Y/Project, avant de quitter cette dernière maison en septembre 2024. Le label parisien, faute de repreneur, fermera définitivement ses portes début 2025. Libéré de cette double charge, le créateur belge se consacre alors pleinement à Diesel, tout en préparant en coulisses sa prise de fonction chez Margiela.

Le départ de Martens ouvre une période d’incertitude pour Diesel. La marque devra trouver un successeur capable de préserver l’héritage laissé par six années de créativité débridée, sans pour autant se contenter d’imiter ce qui a fait son succès récent. OTB n’a donné aucun indice sur l’identité du prochain directeur créatif, se contentant de promettre une annonce à venir. Le nom qui circule le plus parmi les observateurs reste flou à ce stade, ce qui laisse penser que le groupe entend visiblement prendre son temps plutôt que de calquer une nomination dans la précipitation, comme ce fut parfois le cas ailleurs dans l’industrie ces dernières saisons.

En attendant, tous les regards se tournent vers Milan et ce défilé printemps-été 2027 qui marquera la dernière apparition de Martens. Martens y présentera sa collection comme un point final, mais aussi comme une ouverture : celle d’un nouveau chapitre pour Diesel et d’une concentration totale sur Margiela pour lui-même. Reste à savoir si l’alchimie qu’il a créée avec le denim survivra à son départ ou si elle restera, dans l’histoire de la marque, comme une parenthèse aussi brève qu’éclatante. Ce qui est certain, c’est que Martens aura accompli une chose rare dans la mode contemporaine : il aura rendu une maison désirable à nouveau sans jamais renier ce qui la rendait ringarde aux yeux de certains. Et c’est peut-être ce paradoxe assumé, plus que le denim lui-même, qui manquera le plus à Diesel.

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