Un an après sa nomination, Jonathan Anderson transforme le bitume de Los Angeles en un plateau de cinéma pour la collection Croisière 2027 de Dior Men. Entre l’hommage appuyé à Alfred Hitchcock et une collaboration historique avec l’artiste Ed Ruscha, la maison française déploie une esthétique ancrée dans le réel, où le vestiaire masculin dialogue pour la première fois sur le même podium avec la haute couture féminine.
Los Angeles, le 13 mai 2026. Les David Geffen Galleries du LACMA, signées Peter Zumthor, servent de décor. Béton cannelé, brume légère, lumières rasantes au coucher de soleil. Des Cadillac décapotables aux couleurs sorbet sont garées là, comme abandonnées. Le décor est planté. Le film peut commencer.

Ce soir-là, Anderson réalise quelque chose d’assez rare : présenter, pour la première fois dans l’histoire de la maison, les silhouettes masculines et féminines sur un même podium. Lui seul, à la tête de Dior, conçoit les deux garde-robes. Ce n’est pas une posture, c’est un fait. Et cela change la façon dont on perçoit le vêtement.
Côté hommes, le tailleur reste l’axe central. La veste Bar, pièce fondatrice de la maison depuis 1947, revient taillée près du corps, raccourcie, avec quelques effilés au poignet rappelant les coupes brouillées des années 1970. Rien d’ostentatoire. Le vestiaire masculin chez Anderson est toujours plus sobre qu’on ne l’imagine. C’est précisément ce qui le rend intéressant.
La vraie surprise vient des chemises. Anderson a en effet convié Ed Ruscha, l’artiste losangelino le plus influent de ces soixante dernières années, à dessiner une série de modèles imprimés de mots et de chiffres tirés de son œuvre. « Ed incarne LA. C’est une icône de style, quelqu’un de charismatique », a déclaré le créateur. Les références aux stations-service, aux autoroutes et aux enseignes typographiques de l’artiste font de ces chemises bien plus que de simples imprimés : elles portent en elles toute une géographie et une culture.
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Puis viennent les coiffes. Il a sollicité Philip Treacy, chapelier irlandais qu’il admire depuis ses années d’étudiant. Ce dernier signe des pièces en plumes qui épellent « Dior », « Star », « Buzz » ou « Flow », des mots posés sur les têtes des mannequins masculins comme des enseignes lumineuses. Un hommage discret à Isabella Blow, fidèle cliente de Treacy, plane sur ces créations. Ces coiffes ne sont pas de simples accessoires de scène. Ce sont des œuvres d’art à part entière.
Derrière l’aspect solaire de Los Angeles se cache une autre trame. Anderson s’est inspiré d’une veste haute couture de 1949 que Christian Dior avait créée pour Marlene Dietrich dans le film Stage Fright d’Alfred Hitchcock. C’est à ce moment précis que Dietrich avait lancé sa fameuse injonction : « No Dior, no Dietrich. » Anderson ressort cette phrase, la fait circuler et l’installe à nouveau dans le temps présent. Les manteaux à rayures verticales des tenues masculines évoquent directement les jeux d’ombres portées caractéristiques des films d’Hitchcock. Le film noir imprègne la collection sans qu’il soit nécessaire de le nommer.

Avant le défilé, Anderson a été clair : Los Angeles n’est pas qu’un lieu de défilé. C’est le point de départ d’une stratégie visant à réarticuler les liens entre Dior et le cinéma. Plusieurs productions sont annoncées, dont une collaboration avec le réalisateur Luca Guadagnino pour qui Anderson avait déjà conçu les costumes dans Challengers et Queer. Deux autres projets sont évoqués, mais aucun détail n’est donné. « Comment une maison de mode travaille-t-elle avec le cinéma, et comment le cinéma travaille-t-il avec une maison de mode ? Qu’est-ce qu’un nouveau modèle économique dans ce cadre ? » a-t-il demandé à haute voix. La question est posée. Elle reste ouverte.
Un an après son arrivée, Anderson n’est ni dans la démonstration ni dans la nostalgie. Il travaille. Méthodiquement.














