Câest confirmĂ©. Thom Browne dĂ©barque Ă Milan pour la semaine de la mode homme, Ă©dition printemps 2027. Le crĂ©ateur amĂ©ricain, qui Ă©tait jusquâici fidĂšle Ă New York, Ă Paris ou Ă Florence pour Pitti Uomo, posera ses valises â et son gris anthracite â au Palazzo Serbelloni le 22 juin Ă 15 heures. Un bĂątiment nĂ©oclassique du XVIIIe siĂšcle pour un homme qui a fait de la rigueur gĂ©omĂ©trique sa signature. Il y a une logique lĂ -dedans.
Depuis la pandĂ©mie, les grandes maisons de couture jonglent avec leurs calendriers. New York, Los Angeles, DubaĂŻ, San Francisco pendant le Super Bowl : les lieux de dĂ©filĂ© sont devenus des arguments de communication Ă part entiĂšre. En fĂ©vrier dernier, Thom Browne avait choisi San Francisco pour prĂ©senter sa collection automne-hiver 2026. Un choix spectaculaire et audacieux, pensĂ© pour faire du bruit bien au-delĂ du microcosme de la mode. Aujourdâhui, Milan reprĂ©sente autre chose : la lĂ©gitimitĂ© du marchĂ©, lâancrage dans la tradition du tailleur et le dialogue avec une ville oĂč sont encore fabriquĂ©s les plus beaux tissus du monde.
Carlo Capasa, prĂ©sident de la Camera Nazionale della Moda Italiana, ne sây est pas trompĂ©. En prĂ©sentant le calendrier jeudi, il a rappelĂ© que Milan restait « une plateforme ouverte qui crĂ©e de la valeur culturelle et Ă©conomique, aussi bien pour lâItalie que pour le reste du monde ». Accueillir Thom Browne envoie un signal fort. La mode masculine est en grande partie produite en Italie, et dĂ©filer dans ce pays, câest reconnaĂźtre cette rĂ©alitĂ© industrielle et crĂ©ative.
Milan accélÚre sa mutation autour des grands noms internationaux
La semaine de la mode homme milanaise attire les acheteurs internationaux depuis quelques saisons. Paul Smith a rejoint le calendrier lâan dernier. Ralph Lauren y a fait son retour avec un vĂ©ritable dĂ©filĂ© en janvier. Thom Browne apporte une dimension supplĂ©mentaire : celle dâun crĂ©ateur qui a transformĂ© le vĂȘtement masculin de fond en comble depuis le dĂ©but des annĂ©es 2000. Ses costumes raccourcis, ses chaussettes Ă rayures tricolores et ses silhouettes qui semblent sorties dâune AmĂ©rique rĂ©inventĂ©e ont influencĂ© une gĂ©nĂ©ration entiĂšre de stylistes et de consommateurs. Le voir dĂ©filer Ă Milan est presque une Ă©vidence rĂ©trospective.
Le calendrier de juin comprend 75 Ă©vĂ©nements au total, dont 16 dĂ©filĂ©s et 44 prĂ©sentations. Parmi les crĂ©ateurs attendus, Shinya KĆzuka, le Japonais qui avait dĂ©jĂ retenu lâattention lors du Pitti Uomo en janvier, prĂ©sentera sa collection juste avant Thom Browne, le mĂȘme jour. Deux jeunes crĂ©ateurs feront leur entrĂ©e Ă Milan pour la premiĂšre fois : le SuĂ©dois Martin Margiela, qui ouvrira la semaine le 19 juin Ă 15 heures, et le styliste colombien Nicolas Martin Garcia, installĂ© en Italie Ă la tĂȘte de la marque Garcias, qui montera sur le calendrier officiel le 20 juin. Ce genre de programmation, qui place les dĂ©butants aux cĂŽtĂ©s des confirmĂ©s, tĂ©moigne de lâambition de la Camera Nazionale : faire de Milan un lieu de dĂ©couverte autant quâun bastion du luxe Ă©tabli.
Entre départs stratégiques et fidélités historiques
CĂŽtĂ© Italiens, ZEGNA manquera Ă lâappel. La maison a en effet dĂ©cidĂ© de prĂ©senter sa collection printemps 2027 Ă Los Angeles, le 5 juin. Lâan dernier, elle avait choisi DubaĂŻ. Il sâagit de la deuxiĂšme fois consĂ©cutive que ZEGNA quitte Milan pour un dĂ©filĂ© Ă destination. Un choix qui interpelle, mĂȘme si les rĂ©sultats de la marque restent solides.
Giorgio Armani, en revanche, restera fidĂšle Ă Milan. La maison a dĂ©calĂ© son dĂ©filĂ© en soirĂ©e, le 22 juin, pour clĂŽturer les journĂ©es de dĂ©filĂ©s physiques. La particularitĂ© de cette Ă©dition est que Giorgio Armani et Silvia Armani prĂ©senteront ensemble, pour la premiĂšre fois, une sĂ©lection de la collection croisiĂšre 2027 fĂ©minine, aux cĂŽtĂ©s de la ligne masculine de Leo DellâOrco. Une premiĂšre pour une maison qui a toujours pris soin de sĂ©parer les genres et les calendriers. Prada et Dolce & Gabbana conservent leurs crĂ©neaux habituels, les 20 et 21 juin respectivement.
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Une Fashion Week sous tension économique
Tout cela se dĂ©roule sur fond de crise tranquille. Les ventes de la mode italienne ont totalisĂ© 92,8 milliards dâeuros en 2025, soit une baisse de 3,1 % par rapport Ă lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente. Carlo Capasa a Ă©tĂ© direct : « Nous avons perdu environ 10 milliards dâeuros par rapport Ă 2023, ce qui Ă©quivaut Ă la taille dâune industrie entiĂšre. » Les exportations ont reculĂ© de 4,9 %, pour atteindre 86,6 milliards dâeuros. La Chine a chutĂ© de 14,8 %. La France, les Ătats-Unis et lâAllemagne ont mieux rĂ©sistĂ©.
Pour 2026, la Camera della Moda anticipe une nouvelle baisse, modeste mais rĂ©elle : les ventes pourraient descendre Ă 91,4 milliards dâeuros, soit un recul de 1,5 %. Les exportations suivraient la mĂȘme trajectoire. Selon Capasa, plusieurs facteurs expliquent cette situation : les tarifs douaniers, la faiblesse du dollar et la crise au Proche-Orient qui pĂšse sur les prix de lâĂ©nergie. Des problĂšmes structurels que six jours de dĂ©filĂ©s Ă Milan ne rĂ©gleront pas, mais que le secteur ne peut ignorer.
Milan continue dâinvestir dans la nouvelle gĂ©nĂ©ration
En marge du calendrier, la Camera Nazionale a dĂ©voilĂ© les finalistes du Camera Moda Fashion Trust Grant 2026. Onze candidats se disputeront trois bourses de 70 000 euros chacune lors dâune cĂ©rĂ©monie prĂ©vue le 28 mai Ă la Fabbrica del Vapore. Parmi eux, on compte Act N.1, Des Phemmes, Domenico Orefice, ainsi que Grossi et Materia, deux noms qui figurent Ă©galement dans le calendrier de juin. Le jury est composĂ© de personnalitĂ©s telles que Marco Bizzarri, Leo Rongone de Moncler, Sabato De Sarno ou encore Carolina Castiglioni de Plan C, un arĂ©opage sĂ©rieux pour des marques qui cherchent Ă exister au-delĂ des saisons.
Ce que cette semaine annonce, câest finalement autant un Ă©tat des lieux quâune projection. Milan veut rester la capitale de la mode masculine. Le fait que Thom Browne ait choisi le Palazzo Serbelloni plutĂŽt quâun entrepĂŽt de Los Angeles ou une salle de concert Ă San Francisco en dit long : parfois, les belles pierres vieilles de trois siĂšcles ont encore des choses Ă dire.



