L’histoire de l’Alfa Romeo 33 Stradale de 1967, la supercar italienne née pour défier le temps

Par
Aurélien Ronto
Né au début des années 1990 dans la région parisienne, Aurélien Ronto est un journaliste spécialisé dans l'automobile qui a su transformer sa passion pour les...
11 Minutes de lecture

L’Alfa Romeo 33 Stradale de 1967 fait partie de ces rares automobiles dont le nom suffit à susciter une fascination immédiate. Produite à seulement 18 exemplaires entre 1967 et 1969, elle figure régulièrement parmi les toutes premières supercars jamais construites. Une voiture qui ne ressemblait à rien de ce qui existait alors, et qui, près de soixante ans plus tard, n’a rien perdu de son pouvoir de séduction.

Quand Alfa Romeo transforme un prototype de course en voiture de route

L’histoire commence au début des années 1960, lorsque la marque milanaise décide de revenir dans la compétition de haut niveau. La marque milanaise confie ce projet à Autodelta, sa division sportive officielle fondée par l’ingénieur Carlo Chiti et Ludovico Chizzola. L’objectif est clair : construire une voiture de course pure, la Tipo 33, capable de rivaliser avec les meilleures sport-prototypes de l’époque. La voiture dispute ses premières épreuves officielles le 12 mars 1967, en Belgique, à Fléron.

L’idée de transposer cette technologie de circuit sur la route émerge rapidement. « Stradale » signifie simplement « de route » en italien, un terme sobre pour qualifier un objet extraordinaire. C’est précisément cette ambition, rendre accessible sur bitume une voiture conçue pour les circuits, qui donne naissance à la 33 Stradale. Le projet est audacieux, presque contradictoire. Mais chez Alfa Romeo, ce type de défi a toujours trouvé preneur.

L'histoire de l'Alfa Romeo 33 Stradale de 1967, la supercar italienne née pour défier le temps

Franco Scaglione signe une silhouette devenue intemporelle

Pour dessiner la 33 Stradale, Alfa Romeo fait appel à Franco Scaglione, un designer turinois dont le nom est indissociable des spectaculaires Alfa Romeo BAT des années 1950 : des études de style aérodynamiques radicales qui avaient déjà sidéré le monde de l’automobile. Sa mission est d’une redoutable complexité : habiller une mécanique de course dans un corps à la fois aérodynamiquement efficace, esthétiquement cohérent et praticable au quotidien.

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Le résultat est une carrosserie basse, d’une hauteur inférieure à un mètre, entièrement construite à la main en aluminium dans les ateliers du carrossier milanais Marazzi. Scaglione a également conçu la structure en alliage de magnésium, tandis qu’Autodelta a pris en charge les organes mécaniques et la transmission. Chaque exemplaire sort de ces ateliers avec de légères différences par rapport au précédent, fidèle à la tradition des grands carrossiers italiens où l’artisanat prime sur la standardisation industrielle.

La solution la plus ingénieuse de Scaglione concerne les portes. Face à une voiture si basse, l’accès avec des portières classiques aurait été pénible. Il invente donc des portes dièdres, appelées plus tard « portes papillon », dont le battant remonte jusqu’au milieu du toit, permettant au conducteur de s’installer et de sortir presque debout. Ce détail technique est devenu une référence esthétique universelle, reprise des décennies plus tard par des constructeurs aussi différents que Lamborghini ou McLaren.

📌 Repères clés
🏁 Origine compétition — dérivée directement de la Tipo 33 développée par Autodelta
🎨 Design culte — carrosserie signée Franco Scaglione et portes papillon iconiques
🔥 Moteur V8 — 230 chevaux à 8 800 tr/min pour seulement 700 kg
🛠️ Production ultra-limitée — 18 exemplaires assemblés entre 1967 et 1969
💎 Valeur collection — certains exemplaires dépassent aujourd’hui 30 millions d’euros

Un V8 radical conçu sans compromis

Ne vous y trompez pas : sous cette carrosserie, la 33 Stradale n’est pas un simple exercice de style. C’est une véritable machine de compétition légèrement amadouée pour la route. Le moteur est le même V8 à 90° de 1 995 cm³ utilisé en course, alimenté par injection SPICA et développant 230 chevaux à 8 800 tours par minute. Le couple atteint 187 Nm. Pour un châssis pesant environ 700 kg, la puissance spécifique dépasse les 130 ch/l, un chiffre proprement extravagant pour 1967.

Le 0 à 100 km/h est effectué en 5,5 secondes et la vitesse de pointe dépasse 260 km/h. Ces performances sont déjà remarquables sur un circuit ; sur la route ouverte de la fin des années 1960, elles sont tout simplement hors du commun. Pour donner un point de comparaison, la Ferrari 275 GTB de la même époque atteignait 280 km/h avec un moteur de 3,3 litres. La 33 Stradale faisait presque aussi bien avec une cylindrée trois fois plus petite.

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La supercar italienne que presque personne ne pouvait acheter

À l’origine, Alfa Romeo envisageait de produire cinquante exemplaires. La réalité s’est toutefois révélée différente. Le prix de vente affiché frôle les dix millions de lires, une somme vertigineuse pour l’époque, hors de portée de la plupart des acheteurs potentiels. La fabrication entièrement artisanale complique encore davantage les choses : construire des pièces aussi précises et spécifiques en si petite série dépasse rapidement les capacités et la rentabilité du projet. Au total, seuls 18 exemplaires de cette supercar italienne ont été produits, dont cinq ont servi d’études de style. Aujourd’hui, leur valeur sur le marché des voitures de collection dépasse parfois les 30 millions d’euros.

Cette rareté extrême n’est pas qu’une anecdote commerciale. Elle témoigne de ce que représente la 33 Stradale : une voiture construite sans compromis industriels, sans logique de volume, uniquement pour répondre à un idéal technique et esthétique. Les collectionneurs le savent bien. Trouver une 33 Stradale à vendre est aujourd’hui un événement.

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L'histoire de l'Alfa Romeo 33 Stradale de 1967, la supercar italienne née pour défier le temps

La domination d’Autodelta sur les circuits internationaux

Pendant que la version routière cherchait ses rares acquéreurs, la Tipo 33 de course accumulait les succès sur les circuits du monde entier. En 1968, la 33/2 Daytona s’empare des trois premières places aux 24 Heures de Daytona et remporte le championnat du monde de sa catégorie. La 33/3, équipée d’un moteur V8 de trois litres développant environ 400 chevaux, enchaîne huit victoires pour neuf départs en 1971. En 1973, c’est au tour de la 33 TT12, puis en 1977, la SC12 turbo prend le relais pour offrir à Alfa Romeo le titre de champion du monde des constructeurs.

Ce palmarès donne une toute autre dimension à la 33 Stradale de route. Acheter l’une des 18 voitures produites en 1967 ou 1968, c’était acquérir l’expression civile d’une lignée de voitures de course parmi les plus victorieuses de son époque. Un privilège que très peu de conducteurs ont eu la chance et les moyens de saisir.

Une icône qui inspire encore Alfa Romeo en 2023

La voiture exposée aujourd’hui au musée Alfa Romeo d’Arese ne se contente pas de regarder vers le passé. Elle a directement nourri la réflexion du bureau de style d’Alfa Romeo lorsque la marque a annoncé, en 2023, la naissance d’une nouvelle 33 Stradale. Produite à seulement 33 exemplaires, cette nouvelle version reprend la philosophie de l’originale : fabrication artisanale, production limitée et deux motorisations au choix : un V6 biturbo de 620 chevaux ou une version 100 % électrique de 750 chevaux. La vitesse maximale de la version thermique est symboliquement fixée à 333 km/h.

Ce retour aux sources n’est pas un simple exercice de nostalgie commerciale. La 33 Stradale de 1967 a en effet posé des jalons techniques et stylistiques que la marque revendique encore aujourd’hui. Les portes papillon, l’obsession de la légèreté, la priorité donnée à la sensation de conduite plutôt qu’au confort bourgeois : tout cela est encore lisible dans la voiture de 2023. Soixante ans séparent les deux modèles. Pourtant, ils parlent clairement le même langage.

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L’automobile italienne dans sa forme la plus pure

On pourrait être tenté de réduire la 33 Stradale à un objet de musée, une pièce rare destinée aux collections climatisées des ultra-riches. Ce serait toutefois méconnaître ce qu’elle représente vraiment. Elle a été conçue pour rouler, et les quelques heureux propriétaires qui l’utilisent encore régulièrement témoignent d’une expérience de conduite sans équivalent. Un moteur V8 qui monte à 8 800 tours par minute dans une carrosserie en aluminium de 700 kilos, des portes qui s’ouvrent vers le ciel, une planche de bord dépouillée à l’extrême : rien ici n’est superflu, rien n’a été ajouté pour faire joli.

Franco Scaglione, Carlo Chiti et les équipes d’Autodelta ont créé quelque chose que peu de constructeurs ont réussi avant ou depuis : une voiture de course suffisamment civilisée pour la route, sans rien perdre de son âme de compétition. L’Alfa Romeo 33 Stradale de 1967 reste, à ce titre, l’un des modèles les plus aboutis de l’histoire de l’automobile italienne. Et probablement l’une des plus belles.

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