L’adidas EVO SL est sur le point d’atteindre les dix millions de paires vendues. Ce chiffre, annoncé par le PDG d’adidas, Bjørn Gulden, lors de la présentation des résultats financiers de l’année 2025, a laissé sans voix même les observateurs les plus aguerris du secteur. Dix millions. Posez-vous un instant sur ce nombre. Pour une sneaker présentée à l’automne 2024 comme un modèle d’appoint, c’est proprement vertigineux.

Rappelons les faits. Lorsque adidas présente l’EVO SL aux côtés de l’Adizero Adios Pro 4, c’est bien ce dernier qui vole la vedette. La presse spécialisée s’emballe pour ses tiges en fibre de carbone, son poids allégé de 11 %, son profil de chaussure de compétition assumé jusqu’au bout des lacets. L’EVO SL se présente plus sobrement comme un « super trainer », une chaussure d’entraînement intensif. Moins spectaculaire sur le papier. Et pourtant.
Ce que les experts n’avaient pas vu venir, c’est la polyvalence redoutable de cette paire. Sorties longues, séances de tempo, intervalles à haute intensité, footing du dimanche matin : peu de chaussures tiennent toutes ces promesses. L’EVO SL s’en sort avec une aisance déconcertante. C’est précisément ce qui l’a propulsée au rang de meilleure chaussure de running de l’année 2025, un consensus rare dans un secteur où les avis divergent presque toujours.

Lia Porcelli, coureuse passionnée, cofondatrice de l’agence créative Mutual Friends et ancienne employée du département marketing de Nike pendant cinq ans, résume cette obsession collective avec une franchise désarmante. Elle envisage même de porter l’EVO SL pour un marathon. « Je suis complètement dingue de cette chaussure », confie-t-elle à Footwear News. « Elle offre un maintien optimal tout en étant l’une des plus légères que j’aie jamais portées. J’ai l’impression de pouvoir tout faire avec elle. » Voilà qui en dit long.
Mais l’adidas EVO SL ne séduit pas uniquement les coureurs du dimanche. La chaussure s’est glissée dans le quotidien de ceux qui ne courent jamais, ou presque. Son esthétique sobre et marquée, son confort immédiat et sa silhouette reconnaissable entre toutes lui ont ouvert les portes des boutiques de mode pointues. De Kith à Slam Jam, en passant par Brooklyn Running Co. et Heartbreak Hill Running Company, tout le monde la commande. Justin Burdon, cofondateur de cette dernière enseigne, observe que les clients adeptes de running et de lifestyle se disputent la même paire, et félicite adidas d’avoir fait le travail de communication en direction de ces derniers, libérant ainsi les détaillants spécialisés de cette tâche. « C’est presque comme s’ils regardaient la concurrence et essayaient de concevoir quelque chose qui réponde à ce qui fonctionne sur le marché », dit-il. « C’est un concept entièrement nouveau. »

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Chez Heartbreak Hill, adidas n’avait jamais figuré parmi les meilleures ventes. Depuis le lancement de l’EVO SL, la marque aux trois bandes figure dans le top dix. Régulièrement. Sans effort apparent.
Il faut aussi parler du prix. À 150 dollars, l’EVO SL est bien moins cher que ses rivaux : l’ASICS Superblast 3 à 210 dollars et le PUMA Mag Max Nitro à 180 dollars. Matt Powell, conseiller senior chez BCE Consulting et expert reconnu du marché de la chaussure de sport, souligne un point essentiel : « C’est un look très distinctif. Elle ne ressemble à aucune autre chaussure sur le marché. » Cette identité visuelle tranchée, dans un secteur qui souffre d’une uniformité chronique, est peut-être l’atout le plus efficace d’adidas.

Pour maintenir cette dynamique, la marque mise également sur de nouvelles couleurs. Elle décline. L’EVO SL Woven, dont la tige est tissée et la languette gussetée, arrivera à l’automne 2024. L’EVO SL ATR, conçue pour les terrains mixtes, suit avec une semelle légèrement crantée et un upper résistant à l’eau. Et tout récemment, l’EVO SL Exo fait son entrée avec un exosquelette gainant qui mise sur le color-blocking. Powell a raison de comparer cette stratégie à celle du Samba : « Ce qui a maintenu cette chaussure en vie, ce sont ses variations. La Mary Jane, les matières florales, les peaux animales… Si tu proposes d’autres déclinaisons, tu donnes à quelqu’un une raison d’acheter une deuxième paire, pas parce qu’elle est rose. »
Des collaborateurs de prestige ont également apposé leur signature sur l’adidas EVO SL. Pharrell Williams, le créateur de contenu numérique Hartcopy et la nouvelle marque de running Hermanos Koumori ont tous travaillé sur ce modèle. Cette liste est encore courte, mais elle est appelée à s’allonger.

Patrick Nava, directeur général du running chez adidas, explique la genèse du modèle avec une clarté presque chirurgicale. « Avec l’EVO SL, nous nous sommes demandé : et si l’on retirait l’élément rigidifiant, si l’on forçait une hauteur de stack un peu plus basse, et si l’on essayait de construire un super entraîneur à partir de cela ? C’est ainsi qu’est née l’idée de la Hyperboost, qui nous offre un poids incroyablement léger avec une restitution d’énergie brillante. »
Car oui, adidas regarde déjà devant. La Hyperboost Edge se profile comme le prochain grand coup : un superentraîneur orienté vers un amorti maximal, doté d’une mousse supercritique innovante sous forme de granulés, un écho assumé au mythique Boost. Avant l’EVO SL, la dernière vraie révolution running d’adidas remontait à 2015 et au premier Ultraboost. Il aura fallu attendre onze ans pour retrouver ce frisson-là.
La domination de la marque ne s’arrête pas aux boutiques. En 2025, lors des marathons majeurs, sept des douze vainqueurs des World Marathon Majors portaient une Adios Pro Evo 1 ou 2. Si la Hyperboost Edge confirme les espoirs placés en elle, adidas pourrait se retrouver à la tête de trois franchises au sommet du running mondial. Ce serait une première.
L’adidas EVO SL, elle, continue de courir. Loin devant.



