Il y a des collections qui ne se regardent pas. Elles se ressentent. Celle d’AMIRI pour le printemps-été 2027, présentée le 25 juin au Carreau du Temple à Paris, en fait partie. Mike Amiri, fondateur et directeur créatif de la maison californienne, avait cette saison une idée précise en tête : montrer Los Angeles sous son visage le moins avoué, celui qui n’apparaît qu’après le coucher du soleil. Baptisée American Pleasures, cette collection est probablement l’une des plus abouties qu’il ait jamais signées.

AMIRI figure sur le calendrier officiel de la Fashion Week de Paris depuis 2018. Fondée en 2014, la marque s’est imposée comme un symbole du luxe californien et est aujourd’hui présente dans plus de 160 points de vente à travers le monde. Mais ce jeudi-là, sous la chaleur écrasante qui s’abattait sur la capitale, Mike Amiri n’était pas venu en touriste. Il était venu prouver quelque chose.
La ville lumineuse, ensoleillée et optimiste, c’est l’AMIRI qu’on connaît. Le rock ‘n’ roll, les bootcuts, les vestes brodées, portées avec la désinvolture d’un homme qui a grandi sur Sunset Boulevard. Cette saison, le créateur a pourtant voulu explorer l’autre face du décor. Mike Amiri préfère explorer sa ville natale une fois la nuit tombée, voguant entre les bars feutrés, les villas cachées dans les collines et les hôtels de luxe. C’est un Los Angeles de l’après-minuit, entre Malibu au crépuscule et Beverly Hills à deux heures du matin. Un Los Angeles que l’on ne montre pas aux touristes.

Le film de référence s’impose naturellement : American Gigolo, de Paul Schrader, sorti en 1980. Richard Gere y apparaît dans des costumes Giorgio Armani drapés de couleur grise, arborant un mélange de brutalité et de grâce qui incarne une certaine idée de la masculinité américaine. Mike Amiri a ouvert son défilé mixte avec un costume gunmetal qui aurait pu sortir directement de ce film. Le ton était clairement donné dès la première sortie.
Ce que Mike Amiri fait avec la coupe, c’est quelque chose. Il a troqué les vestes drapées des saisons précédentes contre des constructions d’épaules plus précises et des pantalons taille haute à plis, conçus pour allonger la silhouette, qu’il a associés à des boots à bout pointu. Le résultat est net, tendu, résolument sexy, sans jamais basculer dans la caricature.
| 📌 Repères clés |
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| 🌃 Inspiration — Los Angeles après la tombée de la nuit devient le fil conducteur de la collection. 👔 Silhouette — Taille haute, épaules plus nettes et tailoring plus fluide modernisent le vestiaire masculin. ✨ Matières — Soies, lins et tweeds irisés jouent avec les reflets de la lumière nocturne. 👜 Nouveautés — Lancement du sac Biscotto et première collaboration de joaillerie avec Spinelli Kilcollin. ❤️ Moment fort — La présence des parents de Mike Amiri apporte une dimension personnelle et émotionnelle au défilé. |
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La fluidité, elle, vient des matières. Soie, lin, lurex, lainages tweed et glen plaid sont traités pour leur donner une légère iridescence. Des tissus comme un lin tissé Lurex ou une laine Houndstooth recouverte de sequins transparents apportent cette intensité lumineuse qu’il recherchait. Une façon d’habiller la nuit, littéralement : les étoffes changent d’aspect selon la lumière, capturant un reflet de néon par-ci, un éclat lunaire par-là. La palette de couleurs joue également sur cette ambiguïté : vert vénéneux, violet lavande, coucher de soleil brûlé, mais aussi espresso, tabac et bleu nuit.

Les chemises se portent évidemment ouvertes. On lui a posé la question en coulisses : combien de boutons faut-il défaire ? « Généralement, je choisis le bouton en trop. Pourquoi ne pas être un peu sexy ? » a-t-il répondu en riant. Cette répartie simple dit mieux qu’un long discours ce qu’est l’ADN d’Amiri : une élégance sans prise de tête, mais exigeante sur le fond.
Il y avait autre chose dans l’air ce soir-là. Au premier rang figuraient Maluma, Octavia Spencer et Quavo. Mais tous les regards convergeaient vers les parents de Mike Amiri, présents pour la toute première fois à une Fashion Week parisienne. Immigrés iraniens installés à Los Angeles avant la naissance de leur fils, ils avaient notamment tenu un commerce de tapis anciens, un luxe tranquille, patient et artisanal qui irrigue sans doute plus qu’on ne le croit l’esthétique de la maison.

Au moment des saluts, le père de Mike Amiri s’est levé pour l’embrasser. « Mon père n’a jamais assisté à un défilé à Paris », confiait le designer en coulisses. « Il sait que j’ai réussi dans ce que je fais, mais il n’avait jamais vu ce que cela représentait vraiment. Et c’était aussi son rêve. » Cette phrase est universelle : le fils qui fait le tour du monde pour revenir, le temps d’une étreinte, à l’enfant qu’il était. « Il a toujours été très bien habillé », a-t-il ajouté à propos de son père. Le cercle est bouclé.
La collection a introduit deux nouveautés significatives. Le sac AMIRI Biscotto d’abord, un modèle au drapé souple avec une quincaillerie dorée, disponible en deux tailles et décliné en cuir, cotte de mailles et cristal, dont le nom s’inspire de sa forme pliée évoquant un cookie de la chance. Une pièce qui respire la décontraction luxueuse sans en faire trop.

Et pour la première fois, une collaboration joaillerie avec la maison Spinelli Kilcollin, fondée par Yves Spinelli et Dwyer Kilcollin, deux figures du luxe de la côte ouest américaine. Une alliance logique, presque évidente a posteriori. AMIRI avance, élargit son territoire, s’installe.
À bien des égards, cette collection printemps-été 2027 illustre parfaitement ce que Mike Amiri maîtrise le mieux. Pas la transgression pour la transgression, pas le luxe pour le logo. Plutôt une certaine idée du vêtement masculin : des pièces construites avec soin et portées avec une aisance qui semble innée. Des habits pour des hommes qui ne cherchent pas à impressionner, mais qui, de fait, ne passent pas inaperçus.
Mike Amiri lui-même a déclaré à propos de son rapport à Paris : « Je me suis rendu compte que ma force, c’est d’amener ici ce que j’ai de Los Angeles, et de l’exécuter au niveau attendu sur ces podiums. » Ce soir, au Carreau du Temple, l’exécution était à la hauteur.











