| LOEWE a présenté sa collection masculine printemps 2027 au château de Vincennes. Jack McCollough et Lazaro Hernandez y signent leur troisième défilé pour la maison espagnole, qui fête ses 180 ans. Le vestiaire mêle cuir, daim, pièces sportives et monogramme double L, sur un podium circulaire où les mannequins passent à un bras du public. |
Vous auriez pu toucher les manches. Pour la collection printemps 2027 de LOEWE, Jack McCollough et Lazaro Hernandez ont conçu un podium circulaire enfermé dans un labyrinthe de parois blanches à l’intérieur du château de Vincennes. Les mannequins passaient à un bras de distance. Impossible de tricher. À l’heure où tant de défilés sont pensés pour l’écran d’un téléphone, la maison espagnole a fait le pari inverse : une collection qui se juge à la matière, au grain, à la couture.
Les deux Américains signent leur troisième défilé pour la maison espagnole. Jusqu’ici, ils bâtissaient un univers. Avant le défilé, Jack McCollough résumait l’enjeu : « Nous cherchons à traduire toutes ces idées en quelque chose de plus concret, en une manière de s’habiller. » Lazaro Hernandez a complété la phrase : après deux saisons de construction, il faut maintenant y faire entrer les vêtements.
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Ils y entrent. Une veste de sport à carreaux. Un pull côtelé zippé sur le devant. Des chemises rayées bien nettes, des anoraks aux couleurs pétantes et un pantalon d’inspiration toréador, taille haute, boutonné au-dessus du nombril. Voilà pour le garçon de Nouvelle-Angleterre qu’ils furent. Ce n’est pas un costume de scène, mais une garde-robe que l’on reconnaît. C’est là le vrai tournant de ce défilé : passer du manifeste au vestiaire, de l’idée à la pièce que l’on peut réellement enfiler.
Casquettes portées à l’envers, chaussures de course minimalistes, coupe-vent techniques, casquettes de cycliste, teintes de randonneur : la dimension sportive est très présente. Le double L, nouveau monogramme de la maison, s’affiche sur plusieurs pièces, tantôt en lettres capitales, tantôt sous sa forme plus récente. Il se répète toutefois trop souvent. Le luxe véritable n’a pas besoin de crier son nom.
Heureusement, le reste est plus subtil. Le pantalon à taille haute, par exemple, tombe franchement sur les hanches, donnant une allure presque marine, comme si la tenue de plongée avait été dézippée à mi-torse. L’idée est drôle et le résultat est porté par la coupe, nette et sans fioriture. On comprend ce que cherchent les deux designers : un homme à l’aise, qui n’a pas peur d’une silhouette un peu originale.
Prenez le sweat gris chiné que vous portez le dimanche. Ici, il disparaît sous une broderie de perles minuscules et devient une pièce que l’on garderait vingt ans. Les vestes de type Harrington, rayées comme du coton, sont taillées dans du cuir. Il faut s’approcher pour le comprendre, et l’on s’approche justement, puisque le podium y invite. Ce dispositif n’est pas un gadget scénographique : il oblige à regarder le vêtement comme un client le ferait en boutique, et c’est ce qui rend la démonstration convaincante.
Le style preppy, lui, se fait discret. Des polos retournés sur les épaules, des mocassins de bateau souples comme des chaussons, des chinos… Rien de tapageur, et cette retenue fait du bien après les excès de logos. C’est une désinvolture apprise sur la côte Est, sans effort apparent.
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LOEWE a fêté ses 180 ans cette année. À l’origine atelier de maroquinerie, la maison n’a présenté son premier vêtement qu’en 1960 : un blouson en daim. McCollough et Hernandez le reprennent, épuré, presque sans apprêt. Preuve qu’ils savent aussi se tenir devant un classique et que cet anniversaire sert de socle plutôt que de décor nostalgique.
Le cuir reste d’ailleurs le domaine dans lequel ils sont les plus convaincants. Un blouson généreux, resserré par une ceinture épaisse ou adouci par un drapé en écharpe. Et ce long manteau qui tient de la chemise, en daim caramel. Manteau ou robe ? Sur un homme, la question ne se pose pas : c’est une belle surchemise à porter ouverte sur un pull fin.
Michael Kors, ancien mentor de Lazaro Hernandez, aime à dire que tout le monde cherche un peu d’aisance. Les Français ont même un mot pour cela : le « dégagé ». Les deux designers l’importent chez LOEWE avec une bonne humeur communicative.
Pour votre garde-robe, les leçons sont concrètes. Misez sur la surchemise en daim et le blouson en cuir, des pièces intemporelles. Osez le détail inattendu : un sweat brodé ou une veste dont la matière surprend. Laissez les logos massifs aux autres. Et si vous hésitez devant le pantalon taille haute, essayez-le d’abord avec une chemise rayée simple et une paire de chaussures sobres : vous pourrez ainsi vous faire une idée plus précise devant le miroir, sans le décor du défilé.
Ces deux-là découvrent encore la maison, et cela se voit. Ils s’amusent. Leur prochaine collection dira s’ils tiennent le cap. En attendant, ce printemps leur offre un vestiaire que l’on a envie d’essayer. Si LOEWE garde cette main sûre sur le cuir et desserre l’étreinte du logo, la maison redeviendra vraiment désirable : le luxe que l’on peut toucher vaut mieux que celui que l’on peut voir.



