| Lacoste a présenté sa collection printemps 2027 le dimanche 4 octobre 2026 sur le court Philippe-Chatrier de Roland-Garros. Le défilé, intitulé « Dress Code : No White Required », est signé Pelagia Kolotouros, directrice de la création. Il introduit l’ACE-T1, une basket ornée d’une balle de tennis. |
Un polo blanc froissé, strié d’ocre, comme sorti d’une glissade en fond de court. C’est l’image qui restera du défilé Lacoste printemps 2027, présenté dimanche 4 octobre sur la terre battue du court Philippe-Chatrier à Roland-Garros. Son titre, « Dress Code : No White Required », donne le ton. Pelagia Kolotouros, directrice de la création de la maison au crocodile, y défend une idée simple et franchement culottée : le sport est sexy. Elle l’a dit en coulisses sans détour. Sa collection masculine le montre sans jamais forcer le trait.
Vous connaissez le polo Lacoste. Vous l’avez sans doute porté au club, lors du mariage d’un cousin ou chez vos beaux-parents, le col sagement rabattu. Kolotouros aimerait justement vous faire oublier cette version-là .


























Le décor pose d’emblée le sujet. Le terrain central est couvert de monticules d’argile, en référence à l’usine où l’on fabrique la terre battue, et le podium forme une boucle en forme d’infini sur le court. Le défilé démarre en douceur. Manteaux légers et amples, tailleurs respirants, vestiaire sportif aérien : on reconnaît la silhouette installée par la créatrice depuis son premier défilé pour la maison, donné début 2024 sur ce même court. Puis la température monte.
Des auréoles de sueur apparaissent sous forme de perforations sur des polos courts et ajustés. Les pantalons de jogging glissent sur les hanches et laissent entrevoir la ceinture du caleçon. Un long blouson et son pantalon assorti, taillés dans une soie lavée, ont l’air d’une tenue qu’on aurait gardée trois jours durant le tournoi. Les cols, eux, sont superposés de travers ou dressés vers le ciel.
Les deux dernières silhouettes concentrent toute l’attention. Jean, polo, tee-shirts, short et baskets, tout est blanc et semble avoir été plaqué contre l’argile du court central. Sous ces traînées orangées, le tissu se plisse comme une peau mouillée. La technique est astucieuse. L’étoffe est prise en sandwich entre du tulle et un thermocollant, puis passée à la vapeur. Les matériaux réagissent à la chaleur chacun à leur façon, se rétractent et gardent pour de bon cet aspect fripé. Le vêtement porte la trace de l’effort, et cette trace ne partira pas au lavage. Ce qu’un joueur considérerait comme une tenue fichue devient ici le propos même de la collection : la salissure n’est plus un accident, mais une signature.
Kolotouros parle de rébellion tranquille. Son point de départ remonte aux années 1920, lorsque René Lacoste a raccourci les manches de sa chemise pour jouer plus librement. Un geste jugé choquant à l’époque où le tennis se jouait en manches longues. La créatrice y voit l’insolence fondatrice de la marque. La collection rend également hommage à une autre insoumise de la même décennie : Suzanne Lenglen. Celle-ci jouait bras nus et jupe courte quand ses rivales s’empêtraient encore dans les jupons. Son nom orne aujourd’hui le deuxième court du stade. Quant au titre, il sonne comme une pique adressée à Wimbledon, le dernier Grand Chelem à imposer le tout-blanc à ses joueurs. Présenter une collection qui salit le blanc sur la seule terre battue du circuit majeur, c’est choisir son camp.
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Le paradoxe saute aux yeux. Né d’un acte de désobéissance, le polo est devenu l’uniforme officiel du style preppy, celui des gendres idéaux et des clubs privés. Kolotouros assume la contradiction et la met à profit. Sur son panneau d’inspiration figuraient une vieille coupure de presse hostile au chic BCBG et quelques slogans moqueurs visant ses adeptes. La créatrice refuse qu’on enferme les hommes dans une manière prescrite de s’habiller.
Concrètement, cela se traduit par des crocodiles retournés sur les polos en piqué. Un fil métallique glissé dans les cols et les ourlets permet de les relever dans tous les sens, avec un désordre qui ferait tiquer n’importe quel comité de club house. Des cravates en maille se nouent lâchement par-dessus les polos. Un nouveau sac adopte un rabat dessiné comme un col.
L’affaire des manches revient aussi en clin d’œil. Des tee-shirts imprimés d’une photographie d’Irving Penn datant de 1984 et montrant un polo Lacoste plié se superposent à des chemises mi-longues couleur argile et à des sous-couches olive descendant jusqu’au poignet. Trois longueurs de manche sur un même homme. René Lacoste aurait sans doute souri.
L’autre moteur de la saison, c’est la vitesse. Kolotouros raconte avoir été frappée par un chiffre affiché sur le radar de service lors d’un match de Novak Djokovic à Athènes, en novembre 2025 : 217 km/h. Ce nombre est devenu un motif graphique sur des sweats à capuche. Le choix n’a rien d’anodin. Djokovic porte le crocodile depuis 2017 et Lacoste a refusé de s’en séparer en 2022, au plus fort de la polémique australienne. Dans une collection qui célèbre l’insolence, la référence au joueur le plus clivant de sa génération est cohérente.
La déformation d’un filet frappé par une balle a donné naissance à la nouvelle basket de la marque, l’ACE-T1. Sa tige est enveloppée d’une structure ajourée rappelant les mailles du filet. Le talon est orné d’une véritable balle de tennis. Le modèle existe en trois déclinaisons : basket, compensée à balle et escarpin lacé. C’est cette dernière qui a fait réagir bien au-delà de la presse spécialisée dès le lendemain du défilé. Pour la vitesse, la créatrice joue aussi sur les volumes et les graphismes percutants, qu’elle considère comme une autre façon de refuser la norme.
La palette reste sobre. Olive, blanc et terre battue dominent. Quelques éclats viennent la relever : bleu cobalt, vert balle de tennis, orange et argent. Certaines pièces se couvrent de paillettes jaune fluo, couleur de balle neuve. Sur le papier, c’est risqué. Sur la terre ocre du court central, ça tient très bien.
Kolotouros résume son ambition de façon limpide : rendre le polo plus individuel, moins propre sur lui, moins parfait. Cette ligne irrigue toute la collection. Les pièces paraissent vécues. Elles ont transpiré, glissé, chuté. Pour un homme qui aime la mode sans vouloir ressembler à un catalogue, c’est une excellente nouvelle.
Le pari semble déjà payant. Outre une sélection de boutiques en propre, la nouvelle direction de Lacoste a convaincu plus de quarante revendeurs, dont Dover Street Market, Selfridges, les Galeries Lafayette, Ssense et le japonais Hankyu. Des adresses pointues, peu habituées à miser sur un label associé au country club. Ce signal est important : il prouve qu’une marque vendue dans tous les centres commerciaux de France peut encore se faire une place chez les acheteurs les plus exigeants.
Côté calendrier, la collection devrait suivre le rythme habituel des collections printemps, avec une arrivée en boutique prévue pour le début de l’année 2027, soit pile à temps pour l’édition 2027 de Roland-Garros, fin mai. Les prix ne sont pas encore communiqués, mais il est logique que les pièces défilé coûtent plus cher qu’un L.12.12 classique. Rien ne vous empêche en revanche de vous approprier l’idée dès maintenant : un polo porté un cran trop court, un col relevé sans cérémonie, une cravate en maille nouée lâchement.
Votre vieux polo blanc dort peut-être au fond d’un tiroir. Ce printemps, Lacoste vous propose de le froisser, de relever son col et de le porter sans vous excuser.
Après des décennies passées à habiller les gendres idéaux, le polo retrouve enfin ce qu’il avait de plus précieux à sa naissance : une légère mauvaise réputation.



