Margaret Howell, printemps 2027 – le vestiaire des lundis matin

Margaret Howell coud encore des chemises comme au premier jour. Pour le printemps 2027, elle convoque Thomas Mason, Fox Brothers et John Smedley pour un vestiaire masculin qui ignore les saisons.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
11 Minutes de lecture
Margaret Howell présente pour le printemps 2027 un vestiaire masculin construit autour de chemises, tailoring souple, pantalons amples et matières britanniques. La collection arrivera à Paris et en ligne au printemps 2027. Elle introduit également trois sacs en cuir fabriqués en Italie — Harley, Cavendish et Welbeck — inspirés des archives de la maison.

Imaginez que vous deviez refaire votre garde-robe à partir de rien. Pas celle des soirs de fête. Celle des lundis matin, des trains de 7 h 40 et des déjeuners qui s’éternisent. Je vous conseillerais de commencer par Margaret Howell. Sa collection printemps 2027 a été présentée à Paris, dans la boutique de la marque transformée en showroom le dimanche de la Fashion Week. Alors que d’autres maisons rivalisent de décors, de castings et de premiers rangs pensés pour Instagram, ce choix ressemble presque à une provocation. Il confirme ce que les fidèles savent depuis longtemps : la créatrice britannique fabrique avant tout des vêtements, au sens le plus noble du terme.

Margaret Howell, printemps 2027 - le vestiaire des lundis matin

Sur les portants, les pièces étaient accrochées par silhouettes, dans l’ordre du lookbook. Pas de mise en scène, pas de podium. Des chemises, des vestes et des pantalons que l’on pouvait toucher et retourner pour examiner les coutures. J’ai toujours trouvé cette méthode plus honnête qu’un défilé. Une photo ne dit rien du poids d’un lin ni de la tenue d’une couture. Une main, si.

Chez Margaret Howell, tout commence par la chemise. Au sens propre : c’est en cousant des chemises d’homme dans son appartement londonien, au tout début des années 1970, que la créatrice a lancé sa marque. C’était vrai hier, ça l’est encore aujourd’hui. Le London Workroom, l’atelier londonien de la maison qui avait fait sensation la saison dernière, propose cette fois une fine rayure ticking tissée dans un coton Thomas Mason. Ce tisseur anglais a été fondé à la fin du XVIIIe siècle et est devenu une référence pour les cotons chemise haut de gamme. Le motif sort tout droit des archives. Il a la discrétion des choses bien faites.

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Toute une famille de chemises l’entoure. Des modèles à trois boutons, d’autres à col grand-père ou aux manches montées d’un seul tenant reviennent en lin, en popeline ou en coton lavé. Pour l’été, le col revere s’ouvre largement. Certaines chemises se passent même de col. D’autres empruntent à l’uniforme militaire ses poches et sa rigueur. Un détail me plaît beaucoup : les cravates sont taillées dans les chutes de tissu des chemises, un peu plus larges qu’avant. Rien ne se perd. À une époque où la moindre marque brandit le mot « upcycling » dans ses communiqués, Margaret Howell le pratique sans en faire un argument de vente.

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Vous détestez les costumes qui vous tiennent comme une armure ? Vous allez adorer ces vestes. Elles sont coupées dans un lin teint en fil, avec une construction souple qui épouse les formes du corps. Les blazers en coton et soie sont extrêmement légers. On les enfile avec la même désinvolture qu’une chemise, et c’est exactement l’idée.

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Pour les tissus, Margaret Howell s’est tournée vers Fox Brothers, un vieux drapier du Somerset installé à Wellington depuis 1772 et réputé pour sa flanelle. Ensemble, ils ont mis au point une laine à carreaux multi-tissages, plus légère que d’habitude, qui donne du relief à des pièces déstructurées. Une laine pensée pour le printemps plutôt que pour l’hiver, ce qui dit beaucoup de l’ambition de la collection : un vestiaire qui ne se range pas au placard dès les premiers beaux jours. Le pied-de-poule miniature, que les Anglais appellent « puppytooth », est aussi de la partie. Il faut s’approcher pour le voir. C’est tout l’intérêt.

Le pantalon reste l’arme secrète de la maison. Il est ample sans jamais tomber dans le négligé. Certains modèles ont une taille partiellement élastiquée, d’autres des pattes de serrage au dos ou des passants de ceinture élargis. Les coupes vont de la jambe large à la jambe plus étroite, et les shorts suivent la même logique. Côté matières, on trouve du sergé de coton et de chanvre, du coton compact, du lin et de la laine-lin. Des tissus qui vieillissent bien et se froissent juste ce qu’il faut. Le volume n’est pas ici une tendance attrapée au vol : la maison le cultive depuis bien avant que les podiums ne redécouvrent le pantalon large.

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Les vêtements d’extérieur Mackintosh font leur retour cette saison. La maison écossaise, dont le nom est devenu synonyme d’imperméable depuis le XIXe siècle, signe un trench croisé d’un bleu profond, net et solide. Elle propose également un car coat, cette veste courte pensée à l’origine pour la conduite. Les deux ont des doublures amovibles. Vous pourrez donc les porter de mars à octobre, voire plus longtemps si l’automne traîne. Pratique et franchement élégant.

Sweatshirts, T-shirts et maille forment le socle de la garde-robe. Margaret Howell leur consacre un soin que beaucoup de marques réservent à leurs manteaux. La rayure ticking des archives revient ici sur un jersey de coton biologique. Avec John Smedley, manufacture du Derbyshire qui tricote depuis 1784, la maison a développé un T-shirt en coton Sea Island à maille fine, une fibre rare à soie extra-longue d’une douceur presque soyeuse. Un T-shirt, oui. Mais de ceux qu’on garde dix ans.

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Des polos légers, des débardeurs côtelés en coton et soie, des cols roulés sans coutures et des mélanges de cachemire complètent la collection. Ces pièces se superposent sans effort. On ne les remarque pas, et c’est justement pour ça qu’on finit par ne plus porter que ça.

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La vraie nouveauté de la saison se trouve du côté de la maroquinerie. Les sacs portent les noms des rues de Marylebone, le quartier de Londres où le studio de création est installé depuis plus de vingt ans. Dessinés à Londres et fabriqués en Italie dans un cuir aniline pleine fleur foulonné, ils ont des tranches peintes à la main et des pièces métalliques en acier inoxydable créées spécialement pour eux. Le fermoir reprend une boucle de ceinture Margaret Howell des années 1980.

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Trois modèles retiennent l’attention. Le Harley réinterprète un sac extensible en Ventile, ce coton anglais au tissage si serré qu’il a été mis au point pendant la Seconde Guerre mondiale pour équiper les pilotes de la RAF, et qui a été tiré ici des archives du début des années 2000. Le Cavendish s’inspire des anciennes sacoches de cueillette. Le Welbeck reprend la forme du cartable traditionnel. Rien de spectaculaire, tout est utile. Le cuir est conçu pour s’assouplir et se patiner avec le temps. On le sent dès qu’on les prend en main. C’est aussi, commercialement, un choix logique : la maroquinerie permet à une marque de vêtements de toucher des clients qui n’achèteront peut-être jamais ses chemises.

Ce qui frappe, au fond, c’est la cohérence. Margaret Howell puise dans ses archives sans jamais tomber dans la nostalgie. Elle ajuste une proportion, change une matière, revoit un montage. Le résultat paraît évident. Il ne l’est pas. Il faut des décennies d’expérience pour qu’un vêtement ait l’air aussi simple. Ce que l’industrie a rebaptisé « quiet luxury » il y a quelques saisons, avant de passer à autre chose, la créatrice le pratique depuis plus de cinquante ans sans jamais lui avoir donné de nom.

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Pour les lecteurs français, l’accès est plus simple qu’on ne le croit : la marque dispose d’une boutique à Paris, celle-là même qui servait de showroom, et la collection y arrivera au printemps 2027, en parallèle de la boutique en ligne. Les prix restent ceux d’une maison de créateur : comptez plusieurs centaines d’euros pour une chemise de la ligne principale. Mais la ligne MHL, plus accessible et plus orientée vêtement de travail, offre une porte d’entrée. Le bon réflexe est de commencer par ce que la maison fait de mieux : une chemise et un pantalon ample. Le reste suivra.

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Les tendances passent. Les hommes qui s’habillent chez Margaret Howell le savent et cela leur est un peu égal. Ils achètent une chemise, un pantalon, une veste en lin, et les portent jusqu’à ce qu’ils soient usés. Cette collection ne leur promet pas de changer de vie. Elle leur promet d’être bien habillés demain matin, puis le lendemain. Ce n’est pas rien. Et dans un univers de la mode qui renouvelle ses obsessions tous les six mois, c’est peut-être la proposition la plus radicale de toute la saison.

Margaret Howell, printemps 2027 - le vestiaire des lundis matin
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