| La collection Montblanc Great Characters Homage to Bruce Lee compte quatre modèles, en vente depuis octobre 2026 en boutique et en ligne. Le stylo plume Special Edition coûte 1 500 euros. Les versions roller et bille se situent entre 1 100 et 1 260 euros. Trois éditions limitées sont tirées à 1 940, 93 et 8 exemplaires. La collection est conçue avec Bruce Lee Enterprises. |
Un dragon tracé à main levée entre deux prises. Un survêtement jaune barré de noir. Deux mots notés pour se relever après une blessure qui aurait pu tout arrêter. Voilà la matière première de la nouvelle collection Montblanc Great Characters, consacrée cette saison à Bruce Lee. Reste à savoir comment faire tenir une vie aussi courte et intense dans quatorze centimètres de résine et d’or. La maison de Hambourg présente quatre instruments d’écriture : un stylo plume en édition spéciale, également décliné en roller et en stylo bille, ainsi que trois éditions limitées, en vente depuis le mois d’octobre 2026 dans ses boutiques et sur son site. Nous les avons examinés de près, pièce par pièce.

Lancée en 2009 avec un hommage à Gandhi, la ligne Great Characters a depuis salué Alfred Hitchcock, Albert Einstein, James Dean ou encore Enzo Ferrari. Muhammad Ali a rejoint la galerie en 2023. Le principe reste le même d’une année à l’autre : traduire une biographie en vocabulaire d’objet, par la couleur, la matière et la gravure, plutôt que par un simple portrait apposé sur le capuchon. Après le boxeur de Louisville, le choix d’un autre combattant n’a rien d’un hasard. Les deux hommes ont en effet fait de leur discipline une tribune et de leur corps un argument.
La collection est née d’un partenariat avec Bruce Lee Enterprises, la société fondée en 2008 et dirigée par Shannon Lee, la fille de l’acteur. Un détail qui compte. Les symboles retenus ne sortent pas d’un catalogue d’images toutes faites. Ils puisent dans des archives personnelles, des dessins et des carnets.
Bruce Lee est né le 27 novembre 1940 à San Francisco, l’année du Dragon selon le calendrier chinois. Ses parents l’élèvent à Hong Kong, où il joue dans une vingtaine de films durant son enfance. On le surnomme déjà « Petit Dragon ». À l’âge de dix-huit ans, il repart vers les États-Unis.

Seattle devient alors son port d’attache. Il y étudie la philosophie à l’université de Washington et gagne sa vie en enseignant le kung-fu. Sa décision d’ouvrir ses cours à des élèves qui ne sont pas d’origine chinoise fait grincer des dents. Il tient bon. C’est à cette époque qu’il fonde le Jun Fan Gung Fu Institute, première étape d’une réflexion qui aboutira au Jeet Kune Do, une méthode de combat refusant les formes figées.
La télévision américaine le découvre en Kato, l’acolyte du Frelon vert, à la fin des années 1960. Le vrai succès viendra de Hong Kong avec The Big Boss, La Fureur de vaincre et La Fureur du dragon, qu’il écrit et réalise lui-même. Puis Opération Dragon, coproduit par Warner. Il ne le verra jamais en salles. Bruce Lee meurt le 20 juillet 1973, à l’âge de 32 ans, quelques semaines avant la sortie du film.
Deux ans plus tôt, le 9 décembre 1971, il accordait au présentateur canadien Pierre Berton son unique entretien télévisé en anglais. Il y parle de la difficulté d’être un acteur asiatique à Hollywood. Il y prononce aussi la formule restée célèbre : « Be water, my friend. » Soyez l’eau, mon ami. Cette idée d’adaptation traverse les quatre stylos.
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Premier modèle et le plus accessible, le stylo plume Special Edition célèbre l’homme d’écran. Conçu par le studio de création de Montblanc et fabriqué dans la manufacture hambourgeoise de la maison, il fait partie de l’ensemble de la collection. Son corps en résine noire précieuse porte un dragon moulé d’après un dessin réalisé par Bruce Lee sur le tournage d’Opération Dragon. Le capuchon jaune renvoie à la tenue du Jeu de la mort, celle de la scène de la pagode, un survêtement devenu si emblématique que Quentin Tarantino le fera porter à Uma Thurman dans Kill Bill en 2003. Les fines lignes géométriques reprennent la bordure de l’affiche originale d’Opération Dragon.
Les clins d’œil se nichent dans les détails. Un frelon en vol est gravé sur le cône ruthénié, en référence à la série qui a lancé sa carrière américaine. L’agrafe prend la forme d’un nunchaku. L’anneau du capuchon imite une tige de bambou. La plume en or 14 carats, ruthéniée, porte le yin et le yang.
Petite curiosité relevée au passage. Le communiqué évoque un caractère chinois signifiant « petit dragon » sur l’emblème blanc, alors que la fiche produit en ligne parle simplement de « dragon ». Comptez 1 500 euros pour une pointe F ou M. Les versions roller et stylo bille, qui reprennent le même décor, sont un peu moins chères, avec des prix situés entre 1 100 et 1 260 euros selon les boutiques en ligne européennes de la marque.
Limitée à 1 940 exemplaires en référence à l’année de naissance de l’acteur, la Limited Edition 1940 regarde du côté de la caméra. Le capuchon et le corps dorés sont recouverts d’une laque jaune striée de deux bandes noires. Bruce Lee avait choisi le jaune à dessein pour Le Jeu de la mort. Dans la culture chinoise, cette couleur évoque l’éveil spirituel et le savoir.

Le dragon s’étire sur toute la longueur. Sa disposition rappelle le combat de la salle des miroirs d’Opération Dragon, où les reflets trompeurs finissent par voler en éclats. Cette séquence s’inspire elle-même de la fusillade finale de La Dame de Shanghai d’Orson Welles, tournée en 1947 dans un palais des glaces : un stylo qui cite un film qui en citait un autre, la mise en abyme est assumée. Le cône doré mat reprend les stries des bagues de mise au point d’un objectif. L’emblème est en nacre. La plume, en or 18 carats, est gravée du yin et du yang.
Seulement 93 pièces. Montblanc ne détaille pas le choix de ce chiffre dans la présentation de la Limited Edition 93. Ici, le travail de la main prend le dessus. Le capuchon et le corps sont entièrement décorés en maki-e sur laque urushi, deux techniques japonaises d’une grande exigence. L’urushi est une laque naturelle tirée de la sève d’un arbre d’Asie, tandis que le maki-e est une technique de poudrage apparue à l’époque de Heian, il y a plus de mille ans, et longtemps réservée aux objets de cour. Les artisans superposent des couches de laque, saupoudrent des pigments sur la surface encore humide, puis poncent et polissent. Le résultat reproduit les tourbillons du coussin de frappe utilisé par Bruce Lee pour travailler ses réflexes. Le choix d’un savoir-faire japonais pour honorer un maître chinois n’est d’ailleurs pas anodin : Bruce Lee puisait en effet sans complexe dans toutes les traditions martiales pour bâtir la sienne.
Le cône rouge porte le sceau du Jun Fan Gung Fu Institute de Seattle. Un anneau en or 18 carats traité PVD noir évoque la toile des sacs d’entraînement. Plus discrète, une incrustation de cèdre renvoie aux colonnes de l’université de Washington. Sur la plume figure l’emblème du Jeet Kune Do : le yin et le yang cerclés de flèches.
Huit exemplaires au total pour la Limited Edition 8. Le chiffre 8 porte chance dans la culture chinoise, et cette pièce concentre les savoir-faire de la maison. Son corps est en or massif 18 carats. Un dragon s’y enroule, avec des écailles de chêne et de bambou incrustées à la main.
Le choix des essences n’est pas décoratif. Il s’inspire d’une pensée chère à Bruce Lee : « Le chêne rigide se brise dans la tempête, tandis que le roseau flexible plie sous le vent. » Sous le dragon, une surface texturée imite le mouvement de l’eau. Le cône laqué rappelle les lunettes à monture écaille qu’il portait durant les années difficiles. L’emblème devient un yin et yang de saphirs jaunes et de grenats rouges.
Reste la plume. Elle porte l’inscription « Walk On », surmontée d’un diamant taille brillant. Bruce Lee se répétait ces deux mots après une grave blessure au dos survenue en 1970 lors d’un entraînement. Les médecins lui conseillaient alors d’abandonner les arts martiaux. Il a continué d’avancer.
Soyons concrets. Si vous écrivez au quotidien et que vous cherchez un bel objet chargé de sens, la Special Edition reste l’option la plus raisonnable. Elle se glisse sans crainte dans une poche de veste, et la version stylo bille offre une porte d’entrée un peu moins coûteuse pour ceux qui n’utilisent pas d’encre liquide. Les trois éditions limitées visent un autre public : les collectionneurs de stylos et les passionnés de cinéma de Hong Kong. Leurs tarifs ne sont pas indiqués en ligne et sont communiqués en boutique, où il est aussi possible de voir les pièces avant de se décider.
Une remarque toutefois. La quantité de symboles peut sembler dense sur la version d’entrée de gamme. Il faut la tenir en main pour se faire une idée. Les références se lisent alors comme des indices, et non comme une accumulation. C’est d’ailleurs la vraie réussite de l’exercice : rien n’y relève du cliché du kung-fu, tout renvoie à un film, un lieu ou une date précise.
Bruce Lee notait ses idées dans des carnets, avec une écriture serrée et régulière. Ces écrits ont été publiés après sa mort et sa fille Shannon en a tiré, en 2020, l’ouvrage Be Water, My Friend. Qu’une maison d’édition s’empare de son nom a donc une certaine logique. Le combattant était aussi un homme de plume. Et de tout l’or, la nacre et les saphirs de cette collection, c’est finalement l’inscription la plus modeste, deux mots gravés sur une plume, qui lui rend le plus justement hommage.



