| JUUN.J a choisi l’acteur sud-coréen Ahn Hyo-Seop, son ambassadeur mondial, pour incarner sa campagne automne-hiver 2026. Baptisée NEWSTALGIA, la collection revisite le smoking, le cuir, le tweed et le denim à travers des volumes architecturaux. Présentées sur le podium parisien en janvier 2026, certaines silhouettes figurent dans cette campagne. |
Des millions de spectateurs connaissent sa voix sans forcément avoir retenu son visage. Ahn Hyo-Seop double en effet Jinu, le leader des Saja Boys, dans K-Pop : Demon Hunters, le phénomène d’animation de Netflix. Cet automne, il ne prête plus sa voix, mais son allure, à une maison bien moins grand public que la plateforme américaine.

Je l’avoue d’emblée. Les campagnes de mode me laissent souvent de marbre. Trop lisses, trop sages, trop pensées pour plaire à tout le monde. Celle-ci m’a retenue plus longtemps que prévu. JUUN.J, le label coréen de Jung Wook-jun qui présente ses collections à Paris depuis bientôt vingt ans (son premier défilé parisien remonte à 2007), a confié sa campagne automne/hiver 2026 à Ahn Hyo-seop, son ambassadeur mondial. Le résultat ? Des images qui ne cherchent pas à séduire à tout prix.
Elles s’imposent. C’est autre chose.
L’acteur sud-coréen Ahn Hyo-seop incarne la campagne automne-hiver 2026 de JUUN.J. Smoking, cuirs, tweed et denim pour une collection NEWSTALGIA très maîtrisée 😘 https://t.co/A3mSUjuXvp
— Essential Homme (@EssentialHomme) October 23, 2026

NEWSTALGIA. Contraction de « new » et de « nostalgia ». Le thème de la collection tient en ce mot-valise, un peu facile peut-être, mais qui dit exactement ce qu’il veut dire. Rattachée au groupe Samsung C&T Fashion depuis 2012, la maison s’emploie cette saison à brouiller les frontières entre hier, aujourd’hui et demain. Les classiques du vestiaire masculin sont bien là, reconnaissables au premier coup d’œil : le smoking, le manteau à rayures tennis, le tweed, le jean. Sauf qu’ils semblent provenir d’une époque qui n’existe pas encore.
Vous voyez l’idée ? Un costume que votre grand-père aurait reconnu sans hésiter, mais qui a été conçu par quelqu’un qui aurait lu un peu trop de science-fiction.

On connaît le visage. Ahn Hyo-Seop a conquis un large public avec la série Business Proposal en 2022, diffusée sur Netflix bien au-delà de la Corée. KPop Demon Hunters lui a ensuite ouvert une audience planétaire, grâce à sa voix plutôt qu’à son image. Il a le profil parfait pour les comédies romantiques : une gueule d’ange, un sourire de jeune premier. On pourrait s’arrêter là.
Ce serait une erreur.

Le casting n’a d’ailleurs rien d’anodin. Depuis plusieurs années, les maisons de luxe européennes s’arrachent les acteurs et idoles coréens, dont la base de fans mondiale fait exploser la visibilité de la moindre publication sur Instagram ou X. JUUN.J joue la partition inverse : une marque coréenne qui mise sur une star coréenne, non pas pour conquérir son marché intérieur, mais pour s’adresser au monde entier depuis Séoul. Le soft power revient à la maison et la mode coréenne de création récupère enfin une part de la lumière que la K-culture attire sur elle.
Devant l’objectif, l’acteur change d’humeur d’une image à l’autre. Grave ici, presque désinvolte là. Il ne force jamais le trait. Surtout, il porte les volumes souvent spectaculaires de JUUN.J avec un naturel désarmant, sans se laisser avaler par le vêtement. Ce n’est pas rien. Combien de mannequins professionnels disparaissent sous une épaule trop large ?

La maison ne s’y est pas trompée. « Ahn Hyo-seop allie une présence résolument urbaine à une sensibilité classique, ce qui fait de lui l’incarnation idéale de “NEWSTALGIA”, notre thème automne/hiver 2026 centré sur la coexistence du passé et du présent », explique un représentant de JUUN.J, avant d’ajouter : « Grâce à l’interprétation expressive d’Ahn, les looks expérimentaux qui avaient attiré l’attention sur le podium parisien ont été réinventés en pièces de luxe dotées d’une présence tout aussi forte dans le quotidien. »
Le quotidien. Retenez ce mot, on y reviendra.
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Premier look, et sans doute le plus marquant. Une veste de smoking en laine bleu marine, un pantalon large et, par-dessus, un manteau à fines rayures. Ceux qui ont suivi la Fashion Week de Paris l’auront reconnu : il figurait déjà sur le podium en janvier, lors de la semaine de la mode masculine. Les épaules sculptées, signature de la maison depuis ses débuts, donnent à l’ensemble une carrure presque architecturale. Le smoking quitte la soirée de gala. Il prend de l’épaisseur, du caractère, une forme d’autorité tranquille.
C’est une tenue de cérémonie qui aurait fait un long détour par l’avant-garde.

Changement d’atmosphère. Ahn Hyo-Seop apparaît ensuite vêtu de noir de la tête aux pieds. Le cuir, travaillé avec un soin d’orfèvre, se superpose en couches de textures et d’épaisseurs différentes. Lourd au toucher, il contraste avec des coupes fluides qui tombent sans raideur. L’allure est nette. Luxueuse aussi, mais sans ostentation.
C’est le genre de silhouette qu’on imagine très bien traverser une rue de Séoul à minuit.

Le troisième look, plus doux, réunit deux matières que tout oppose : un tweed de laine bouclé, épais et généreux, et l’Ultrasuede, ce suède synthétique d’une grande souplesse. Une palette de neutres chauds, des proportions détendues. Rien ne crie. Tout respire. C’est le raffinement discret, celui qu’on remarque à la deuxième rencontre, jamais à la première.
Reste le plus inattendu. Une maille, une chemise et surtout un pantalon en denim parcouru de plis inspirés de l’origami qui donnent au tissu un relief presque sculptural. Aux pieds, les fameuses baskets ARC de JUUN.J, massives et assumées. On tient là la version la plus sportive du vocabulaire de la maison. La plus portable aussi.
Et voilà le quotidien dont parlait JUUN.J.

Smoking, cuir, tweed, denim. Quatre familles de vêtements que l’on range d’ordinaire dans des tiroirs séparés. Ici, elles appartiennent au même homme. Celui-ci refuse de choisir entre l’élégance de ses aînés et le confort de sa génération, et il a bien raison. La nostalgie, chez JUUN.J, n’a rien de poussiéreux. Elle sert de point d’appui pour avancer.
L’ensemble de la campagne et les pièces présentées seront progressivement déployés dans les boutiques JUUN.J en Corée du Sud, ainsi que sur la plateforme SSF Shop, l’e-shop de Samsung C&T Fashion. Les lecteurs français devront donc guetter les revendeurs et concept stores qui distribuent la marque, ou s’approprier l’idée plutôt que la pièce. Au moment où les premiers vrais froids arrivent, la leçon est facile à retenir : un manteau à rayures sur un costume sombre, un pantalon large, une épaule marquée et une paire de baskets pour casser le tout. Le smoking du soir devient alors une tenue de semaine.
Pour ma part, je pense encore à ce smoking marine. À ces épaules qui semblent avoir été dessinées au compas. La plupart des vêtements s’oublient sitôt la page tournée. Celui-là me suit depuis ce matin. C’est peut-être la meilleure définition d’une campagne réussie : on la referme en ayant envie d’un vêtement, pas seulement d’un visage.






