| L’IMAX 70mm repose sur une projection argentique horizontale au ratio 1,43:1, diffusée par seulement 41 salles dans le monde. En juillet 2026, la France accueille son premier véritable projecteur compatible à Montpellier. Ces machines, qui ne sont plus fabriquées, dépendent désormais de pièces rares et de réparations artisanales. |
Une bobine de plusieurs dizaines de kilos glisse dans un projecteur vieux de près de trente ans et la salle retient son souffle jusqu’à ce que l’image apparaisse. Ce rituel, presque disparu depuis l’arrivée du numérique à la fin des années 2000, connaît un retour spectaculaire grâce à la sortie de l’Odyssée de Christopher Nolan, le dernier film événement tourné entièrement en IMAX 70mm. Partout dans le monde, des spectateurs parcourent des centaines de kilomètres pour assister à cette projection argentique dans l’un des rares établissements encore équipés pour la diffuser.
Ce phénomène dépasse largement le cercle des cinéphiles nostalgiques : il révèle une industrie tiraillée entre l’obsolescence programmée de ses machines et l’appétit du public qui ne faiblit pas.
Un format que le numérique n’a jamais vraiment remplacé
Le principe technique est d’une simplicité trompeuse. La pellicule, large de 70 millimètres, défile horizontalement dans le projecteur plutôt que verticalement, ce qui multiplie la surface d’image exposée à chaque photogramme. Résultat : une définition et une luminosité qu’aucun système numérique grand public n’égale encore aujourd’hui. Le ratio d’image, de 1,43:1, s’approche du carré et s’éloigne des formats larges habituels du cinéma contemporain. Sur un écran géant, ce ratio occupe une portion inhabituelle du champ visuel du spectateur, produisant une sensation d’immersion que beaucoup décrivent comme unique.
Seuls 41 établissements dans le monde peuvent actuellement projeter un film dans ce format, dont 25 aux États-Unis. Cette rareté ne relève pas d’un choix commercial, mais d’une réalité industrielle : les fabricants de projecteurs IMAX 70mm ont cessé toute production depuis des années, tout comme plusieurs de leurs sous-traitants historiques. Une entreprise allemande fournissait autrefois les plateaux qui alimentent la pellicule avec une précision millimétrique. Elle a fermé ses portes depuis longtemps et le parc mondial de pièces détachées se réduit à chaque panne.
La France entre dans la course avec une seule vraie salle
Aucune salle française ne disposait d’un tel projecteur avant ce mois de juillet 2026. Un exploitant montpelliérain a changé la donne en installant le seul appareil de ce type sur le territoire national, dans un multiplexe qui portait, par un curieux hasard, un nom directement inspiré de l’œuvre adaptée à l’écran. Sur un écran de plus de 22 mètres de large pour près de 17 mètres de haut, soit environ 375 mètres carrés de surface projetée, l’image occupe tout le cadre, sans bande noire ni en haut ni sur les côtés.
Pour les spectateurs du nord de la France, une alternative existe de l’autre côté de la frontière belge, où un cinéma bruxellois vient également de s’équiper. La demande y a explosé, au point que l’établissement revendique déjà plus de 17 000 billets vendus en prévente, à un tarif dépassant les 31 euros la place, soit plus du double du prix d’une séance classique. De nombreuses séances affichaient complet plusieurs semaines avant la sortie.
Pour les cinéphiles qui n’ont ni Montpellier ni Bruxelles à portée de voiture, la pellicule 35 mm reste une option accessible dans plusieurs villes françaises, notamment à Paris, Lyon et à Angers. La qualité est légèrement inférieure à celle du 70mm, mais l’expérience conserve ce grain particulier que la projection numérique a définitivement abandonné.
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Les projecteurs IMAX 70mm survivent sans fabricant ni pièces neuves
Derrière l’écran, le vrai défi ne concerne pas seulement la rareté des salles, mais la survie même des machines. Un projecteur IMAX 70mm fonctionne mieux lorsqu’il est utilisé régulièrement, un peu comme une voiture ancienne qu’il vaut mieux entretenir en roulant plutôt qu’en la laissant immobile. Les techniciens qui s’occupent de ces équipements évoquent régulièrement des pannes du système de refroidissement, qui est indispensable pour maintenir la lampe au xénon à une température supportable. Les tuyaux s’usent avec le temps, surtout quand le liquide de refroidissement circule peu, et les fuites apparaissent parfois au pire moment, en pleine séance.
Le remplacement des composants électroniques pose un problème encore plus délicat. Certains systèmes de pilotage reposaient en effet sur des assistants numériques personnels aujourd’hui introuvables sur le marché, ce qui contraint les équipes techniques à recréer des solutions d’émulation sur tablette, tout en gardant les vieux appareils chargés et prêts à l’emploi en secours. Un vieux système audio, qui fonctionnait encore récemment sous un système d’exploitation abandonné depuis longtemps, a également dû être remplacé, dans l’espoir d’ouvrir la voie à des formats sonores plus riches pour ce type de pellicule.
Une nouvelle génération découvre les aspérités de la pellicule
Ce qui frappe le plus dans cette renaissance, ce n’est pas seulement l’attachement des générations qui ont grandi avec la pellicule. De nombreux jeunes spectateurs, nés après la quasi-disparition du format au début des années 2010, découvrent cette expérience pour la première fois et se montrent particulièrement curieux. Certains s’étonnent du scintillement provoqué par l’obturateur mécanique, un détail invisible en projection numérique, mais ces remarques restent minoritaires face à l’enthousiasme général.
Cette curiosité s’explique également par le contexte actuel, où l’image numérique, omniprésente sur les écrans du quotidien, a fini par lisser toute aspérité visuelle. La pellicule, avec ses imperfections, ses grains de poussière et parfois une rayure visible directement sur le négatif, réintroduit une forme de matérialité que le tout numérique avait effacée. Plusieurs autres films récents ont surfé sur cette vague, en étant projetés en 70mm alors qu’ils avaient été tournés en numérique, preuve que le format séduit désormais pour lui-même, au-delà de son origine technique.
Quarante et une salles prolongent la survie mondiale du format
L’avenir du format reste suspendu à un équilibre précaire entre la demande du public et la capacité industrielle à maintenir des machines qui ne sont plus fabriquées. Les exploitants qui possèdent encore un projecteur IMAX 70mm assurent vouloir continuer à le faire fonctionner aussi longtemps que possible, quitte à multiplier les réparations artisanales. Le nombre de jeunes techniciens souhaitant apprendre ce métier augmenterait même, séduits par la dimension mécanique et concrète de ce travail, à contre-courant des métiers entièrement numériques.
Reste toutefois une question en suspens : combien de temps ce parc mondial d’une quarantaine de salles pourra-t-il encore fonctionner sans pièces détachées ? Pour l’instant, chaque sortie de film tourné en pellicule prolonge un peu le sursis de ces machines et donne aux spectateurs une raison supplémentaire de traverser des frontières pour s’installer devant un écran de plusieurs centaines de mètres carrés éclairé par une lampe et traversé par du celluloïd.



