L’Automne 2024 de Yohji Yamamoto : une promenade intemporelle dans les souvenirs

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
AprĂšs s'ĂȘtre formĂ© en langues (anglais et vietnamien) et en Ă©conomie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, portĂ© par sa passion pour l'Ă©criture. C'est une...
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Dans la semaine de la mode parisienne, oĂč les tendances fugaces clignotent comme les projecteurs des dĂ©filĂ©s, Yohji Yamamoto reste un titan de l’intemporalitĂ©. À 80 ans, sa collection Automne 2024, une mĂ©ditation teintĂ©e de fumĂ©e sur la famille, la tradition et l’écho de l’histoire, constitue un contrepoint poignant Ă  la course Ă  la jeunesse de l’industrie.

En coulisses, dans l’air chargĂ© de l’arĂŽme de ses cigarettes non filtrĂ©es, Yamamoto, enfant de la Seconde Guerre mondiale aux souvenirs gravĂ©s dans l’obscuritĂ©, s’est souvenu des liens qui l’unissaient Ă  son ami, le cinĂ©aste Wim Wenders, enfant de la guerre. Ce passĂ© commun est devenu le cƓur battant du dĂ©filĂ©, reflĂ©tĂ© par un casting diversifiĂ© de mannequins qui n’ont pas seulement dĂ©filĂ©, mais ont partagĂ© un mĂȘme chemin familial.

Jeunes et vieux, grands et petits, paires masculines et fĂ©minines se sont promenĂ©s avec une parentĂ© facile, leurs silhouettes enveloppĂ©es dans les longs manteaux et les vestes boxy caractĂ©ristiques de Yamamoto. Il ne s’agissait pas de simples vĂȘtements, mais de canevas d’expression. Des pin-up peintes apparaissaient sous les revers, des broches en plumes dorĂ©es ornaient les Ă©paules et des messages Ă©nigmatiques tels que “I love Yohji but he is for sale” (“J’aime Yohji mais il est Ă  vendre”) ou “YoYo loves black. Is your underwear black? Is it transparent?” (“YoYo aime le noir. Tes sous-vĂȘtements sont-ils noirs ? Est-il transparent ?”) sont devenus des chuchotements d’identitĂ© portables.

“Les gens devraient ĂȘtre libres de s’exprimer”, a affirmĂ© Yohji Yamamoto, et ses vĂȘtements reflĂštent ce sentiment. Les Ă©paules, point central de la saison, sont devenues des dĂ©clarations audacieuses – sculptĂ©es Ă  partir de formes semblables Ă  de l’argile, construites Ă  partir de laniĂšres de cuir, ou gonflĂ©es dans une grandeur victorienne. Chaque crĂ©ation, qui tĂ©moigne de la maĂźtrise du crĂ©ateur, a dĂ©fiĂ© la tyrannie des tendances.

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Sur le mĂȘme sujet : La Collection Printemps/ÉtĂ© 2024 de Yohji Yamamoto rapprocher la beautĂ© et la laideur

Si la beautĂ© poĂ©tique a imprĂ©gnĂ© le dĂ©filĂ©, l’abondance des lignes a pu en Ă©touffer plus d’un. Un montage plus serrĂ©, un rythme plus soutenu de la bande sonore auraient pu rehausser l’expĂ©rience. Pourtant, dans l’univers de Yamamoto, le temps se plie Ă  un rythme diffĂ©rent.

“Le calme est important”, dit-il, la voix rauque et assurĂ©e. “Je ne veux pas surprendre les gens par le son. Je veux les surprendre avec mes vĂȘtements”. Et c’est ce qu’il a fait. Dans la cacophonie de la nouveautĂ©, l’Automne 2024 de Yohji Yamamoto se prĂ©sente comme une Ă©lĂ©gie sereine, une conversation intemporelle entre le passĂ© et le prĂ©sent, un rappel que certaines histoires mĂ©ritent d’ĂȘtre savourĂ©es Ă  un rythme plus lent. Il ne s’agit pas seulement d’un dĂ©filĂ© de mode, mais d’une promenade sur le chemin de la mĂ©moire, bras dessus bras dessous avec la famille, les amis et les fantĂŽmes de ceux que nous aimons. C’est le monde de Yohji Yamamoto, et nous avons la chance d’y ĂȘtre invitĂ©s.

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© Yohji Yamamoto

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