L’équipe iranienne de football prête pour la Coupe du monde 2026 malgré un contexte géopolitique sous tension

Alors que les bruits de bottes s'estompent à peine, le stade de Seattle se prépare à accueillir une équipe iranienne déterminée à représenter son peuple malgré l'adversité géopolitique.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
9 Minutes de lecture

L’équipe iranienne de football, qualifiée pour la Coupe du monde, traversera-t-elle l’Atlantique cet été ? La question, posée depuis la fin du mois de février, ressemblait à un mur sans issue. Aujourd’hui, la réponse semble enfin pencher du bon côté. Mais la route reste semée d’embûches et rien n’est encore totalement acquis.

Un conflit armé qui bouleverse l’équilibre du football international

Le 28 février dernier, les frappes aériennes conjointes des États-Unis et d’Israël sur le territoire iranien ont plongé le monde du football dans une crise sans précédent, à moins de quatre mois du coup d’envoi de la Coupe du monde. Le championnat iranien a été suspendu. Le président de la Fédération iranienne de football, Mehdi Taj, a déclaré dans la foulée : « Avec ce qu’il s’est passé et après cette attaque des États-Unis, il est peu probable que nous puissions envisager la Coupe du monde. » Une phrase lourde de sens qui a immédiatement lancé la machine à doutes.

Pendant plusieurs semaines, les déclarations se sont succédé, souvent contradictoires. En mars, le ministre iranien des Sports et de la Jeunesse, Ahmad Donyali, a tranché lors d’une intervention à la télévision iranienne : « Compte tenu des actions néfastes des États-Unis, il nous est impossible de participer à ce tournoi. » Dans ces conditions, il est difficile d’imaginer la Team Melli fouler les pelouses américaines en juin.

La FIFA maintient sa ligne face aux demandes iraniennes

Face à la tempête, la FIFA n’a pas dévié d’un centimètre. L’instance mondiale a rapidement fait savoir qu’aucune modification du calendrier ne serait envisagée. La Fédération iranienne de football (FFIRI) avait pourtant demandé que les matchs de groupe soient délocalisés au Mexique, invoquant les restrictions de visa et la menace sécuritaire pesant sur les joueurs. Réponse de la FIFA : niet. Les contraintes logistiques rendaient cette délocalisation impossible et les rencontres se joueraient bien là où elles avaient été programmées.

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Le secrétaire général, Mattias Grafström, a tenu à rassurer tout le monde en affirmant que la FIFA « maintenait un contact étroit avec les gouvernements co-organisateurs afin de garantir la sécurité absolue de toutes les équipes ». Des mots que les dirigeants iraniens ont accueillis avec prudence.

Infantino impose une position claire et accélère les décisions

C’est Gianni Infantino qui a réussi à inverser la tendance. Fin mars, le président de la FIFA s’est rendu en personne en Turquie pour assister à un match amical de la sélection iranienne, près d’Antalya. Un geste fort, voulu comme un message. « J’ai vu l’équipe, j’ai parlé aux joueurs et à l’entraîneur, donc tout va bien », a-t-il déclaré depuis la tribune. Puis, sans ambiguïté : « L’Iran sera à la Coupe du monde. »

Le 16 avril, lors du forum Invest in America de la CNBC, il a enfoncé le clou. « L’Iran doit venir. Ils représentent leur peuple. Ils se sont qualifiés. Les joueurs veulent jouer. Le sport doit rester en dehors de la politique », a-t-il martelé. Des mots directs et sans détour qui tranchent avec les semaines de flottement qui ont précédé.

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Une pression politique persistante venue des États-Unis

Donald Trump n’a pas facilité la tâche. En mars, le président américain a publié sur Truth Social : « L’équipe nationale d’Iran est la bienvenue à la Coupe du monde, mais je ne pense vraiment pas que leur présence soit appropriée pour leur propre sécurité. » Une position ambivalente qui en dit long sur le contexte politique tendu entourant cette Coupe du monde pas comme les autres.

Infantino, qui entretient de bonnes relations avec Trump, a dû naviguer entre Washington et Téhéran pour éviter que le football ne devienne le otage d’une confrontation géopolitique. Le fait que le président de la FIFA ait lui-même reçu de Trump la confirmation que l’Iran était « bien entendu le bienvenu » laisse penser que des garanties ont été données en coulisses.

Un cessez-le-feu fragile relance les préparatifs iraniens

Le 8 avril, un cessez-le-feu fragile est entré en vigueur entre l’Iran et ses adversaires. Des discussions directes ont eu lieu à Islamabad les 11 et 12 avril, sans accord, mais la trêve a été prolongée par Washington. Dans ce contexte encore incertain, le gouvernement iranien a changé de ton. Cette semaine, la porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, a déclaré à la télévision d’État IRIB que les institutions iraniennes étaient « pleinement préparées » pour la participation de l’équipe nationale à la Coupe du monde. Le ministère de la Jeunesse et des Sports a confirmé que tous les dispositifs nécessaires avaient été mis en place sous la direction du ministre, « avec un accent mis sur les moyens d’une performance réussie ».

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Le ministre Donyamali lui-même, qui avait pourtant sonné l’alarme en mars, a revu sa position. « Si la sécurité des joueurs de l’équipe nationale est assurée aux États-Unis, nous irons à la Coupe du monde », a-t-il déclaré à l’agence Tasnim. Il a ensuite ajouté, avec une lucidité froide : « La décision sera prise par le gouvernement et le Conseil suprême de sécurité nationale. »

Une sélection déterminée à jouer malgré l’incertitude

Au milieu de tout ce bruit diplomatique, il y a des hommes qui veulent simplement taper dans un ballon. Le camp d’entraînement de l’équipe nationale iranienne, Team Melli, débutera le 10 mai pour une durée de plus d’une semaine. L’Iran a déjà disputé deux matchs amicaux en Turquie le mois dernier, sous haute surveillance et dans un accès média très restreint (source des articles fournis). Une façon de garder le groupe en forme, quelle que soit l’issue des négociations.

Le calendrier de la phase de poules est connu : l’Iran affrontera la Nouvelle-Zélande le 16 juin, puis la Belgique le 21 juin, lors de deux rencontres qui se dérouleront au stade de Los Angeles. Le 27 juin, l’Égypte attendra la sélection iranienne à Seattle. Le camp de base sera installé à Tucson, en Arizona. En cas de qualification pour les huitièmes de finale, les matchs à élimination directe se joueraient également sur le sol américain.

Une participation hautement symbolique dans un contexte inédit

Participer à cette Coupe du monde 2026 représente bien plus qu’un enjeu sportif pour l’équipe iranienne de football. Être sur la pelouse de Los Angeles, dans un pays qui frappe le leur depuis plusieurs semaines, est un acte hautement symbolique. Ce Mondial à 48 équipes, le premier de ce format, s’annonce déjà comme l’un des plus politiquement complexes de l’histoire du football.

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Le dossier iranien illustre mieux que tout autre jusqu’où les tensions géopolitiques peuvent s’immiscer dans les grandes compétitions. La FIFA avait pourtant promis de tenir le sport à l’écart des conflits. Elle est aujourd’hui au pied du mur. Le coup d’envoi de la Coupe du monde est prévu le 11 juin. Il reste peu de temps pour que les certitudes se transforment en réalité.

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