Le 17 juin 2026 au soir, Florence a vibré d’une énergie singulière. DSM Kei Ninomiya a présenté sa collection printemps 2027 lors du Pitti Immagine Uomo 110, et l’on peut dire que ce troisième chapitre marque un tournant.
La scène choisie était le couvent Sant’Orsola, reconverti en musée, un lieu chargé d’histoire que Ninomiya a transformé en terrain de jeu subversif. Des jeunes gens déambulaient dans la cour, se bousculaient, s’asseyaient à côté des invités et escaladaient les gradins. Ce désordre calculé avait un nom : le punk. Pas le punk muséifié, celui des affiches et des encyclopédies, mais le punk comme posture face à la création.

DSM est la première marque maison de Dover Street Market, lancée en 2025, dont la ligne directrice est volontairement floue : « Untitled, Untethered, Undefined ». Depuis ses débuts, la griffe porte l’ambition d’un vestiaire pensé pour tous, sans âge ni genre défini. Pour cette troisième collection, Ninomiya a choisi de concentrer cette liberté autour d’une sous-culture précise : le punk, avec tout ce qu’il charrie de rébellion, de communauté et de revendication identitaire.
Le défilé lui-même fonctionnait comme une déclaration. Les mannequins ne marchaient pas. Ils existaient dans l’espace, créant une friction volontaire avec le public, rappelant que le punk a toujours refusé la distance entre celui qui regarde et celui qui est regardé.

Les pièces portaient l’empreinte du mouvement sans en copier servilement les codes. On y trouvait des kilts écossais raccourcis à mi-cuisse, des pantalons parachute avec des attaches reliant les deux jambes et des épingles à nourrice disposées en rangées si régulières qu’elles évoquaient la broderie haute couture. Des blousons et des chemises en cuir travaillés à la main et tagués du mot « chaos » ont été créés en collaboration avec Schott N.Y.C. Des chaussons en cuir noir co-signés avec Vans côtoyaient des creepers développés avec George Cox, le fournisseur historique de la chaussure punk.
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L’œuvre de Jamie Reid, l’artiste britannique indissociable des Sex Pistols et de leur esthétique visuelle, a également nourri la collection, ancrant DSM Kei Ninomiya dans une généalogie culturelle assumée. Ce n’est pas de l’emprunt, c’est une filiation revendiquée.
Les coiffures signées Pablo Kümin ont failli voler la vedette aux vêtements. Des mohawks et des afros ornés de fleurs estivales, un contraste suffisamment fort pour déstabiliser le regard. Le punk en fleurs semble contradictoire. Ce n’est pas le cas. Le mouvement a toujours su retourner les symboles contre eux-mêmes.

Certains observateurs avaient réduit DSM à une simple opération de merchandising. Ninomiya balaye cette lecture avec une clarté désarmante. La marque ne cherche pas à séduire un profil de consommateur unique. Elle cherche à rassembler. Dans ce contexte, le punk n’est pas un style parmi d’autres, mais une philosophie d’ouverture attentive aux minorités, aux marges, à ceux que la mode mainstream ignore volontiers.
Pour le designer, qui dirige également la griffe Noir sous l’égide de Comme des Garçons, chaque collection de DSM s’adresse à une communauté différente. Ce printemps 2027, c’est la communauté punk qui lui a tendu la main. Et il l’a saisie.


































