Sebago reprend le large Ă  Pitti Uomo pour cĂ©lĂ©brer 80 ans d’allure amĂ©ricaine

Sur l’Arno, un bateau Ă©lectrique fend Florence tandis que Sebago fait dialoguer ses archives amĂ©ricaines avec les ambitions d’une maison en pleine reconquĂȘte europĂ©enne.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
AprĂšs s'ĂȘtre formĂ© en langues (anglais et vietnamien) et en Ă©conomie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, portĂ© par sa passion pour l'Ă©criture. C'est une...
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La croisiÚre en bateau « Sebago » le long des canaux d'Amsterdam - © Photo : Sebago

Quatre-vingts ans. Ce chiffre aurait pu n’ĂȘtre qu’une date sur un calendrier. Pour Sebago, il est devenu le prĂ©texte Ă  quelque chose de plus grand – et de plus inattendu. En ce mois de juin 2026, alors que Pitti Uomo attire les pointures de la mode masculine au pied des collines toscanes, la marque amĂ©ricaine a fait voguer sur l’Arno un bateau construit Ă  l’image de sa chaussure la plus cĂ©lĂšbre : la Docksides. Ce n’est pas un hasard si Sebago a choisi cette scĂšne pour cĂ©lĂ©brer son anniversaire. « Florence compte, car nous y avons rĂ©cemment ouvert une boutique et parce que Pitti Uomo est connu dans le monde entier », explique Lorenzo Boglione, codirecteur gĂ©nĂ©ral de BasicNet, le groupe turinois propriĂ©taire de la marque depuis 2017.

Tout commence en 1946 Ă  Westbrook, dans le Maine. Daniel J. Wellehan Sr. s’associe Ă  deux amis, William Beaudoin et Joseph Cordeau, et dĂ©cide de fabriquer des chaussures cousues main, solides et polyvalentes. C’est dans cet atelier artisanal qu’est nĂ© le Beefroll Penny Loafer, un mocassin dont le design s’inspire des chaussures amĂ©rindiennes et qui est rapidement devenu un best-seller de son Ă©poque. L’usine construite en 1952 devait produire jusqu’à 2 000 paires par jour pour rĂ©pondre Ă  la demande. Puis, en 1970, arrive la Docksides, une chaussure bateau pensĂ©e pour les marins, qui finit par s’imposer sur les campus amĂ©ricains avant de traverser l’Atlantique. En 1983, le navigateur lĂ©gendaire Gary Jobson la porte lors de la Coupe de l’America. La boucle est bouclĂ©e : Sebago est une marque de mer.

Le bateau qui sillonne actuellement les eaux europĂ©ennes n’est pas un objet de communication sorti de nulle part. Il avait Ă©tĂ© conçu Ă  l’origine par les Ă©quipes historiques de la marque, puis oubliĂ© dans un entrepĂŽt prĂšs de Londres aprĂšs le Brexit. Lorsque BasicNet rachĂšte Sebago Ă  Wolverine Worldwide pour 14,25 millions de dollars en 2017, le groupe dĂ©couvre tout un patrimoine semi-abandonnĂ© dans des entrepĂŽts Ă  travers le monde. « Lorsque nous avons acquis la marque, l’une de nos premiĂšres prioritĂ©s a Ă©tĂ© de la sĂ©curiser et de l’enregistrer correctement Ă  l’échelle internationale. Nous nous sommes ensuite penchĂ©s sur ces actifs, dont ce bateau qui avait servi de siĂšge europĂ©en avant le Brexit », raconte Lorenzo Boglione Ă  WWD. RestaurĂ© et converti Ă  la propulsion Ă©lectrique, le bateau a repris du service. Il a notamment fait escale Ă  Milan pendant la Design Week en avril, Ă  Amsterdam fin mai et Ă  Florence pour Pitti Uomo en juin. Un coup marketing, certes, mais assumĂ© et cohĂ©rent avec l’ADN nautique de la marque.

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DerriĂšre cet anniversaire se cache une philosophie de marque rigoureuse. « Lorsqu’une marque atteint un anniversaire important, nous ressentons une vraie responsabilitĂ©. Cela signifie que nous n’en sommes pas simplement les gestionnaires, mais les gardiens. Nous espĂ©rons ajouter des chapitres significatifs Ă  son histoire tout en protĂ©geant son patrimoine », affirme Lorenzo Boglione. Pour l’édition 2025 de Pitti Uomo, Sebago avait dĂ©jĂ  annoncĂ© un tournant stratĂ©gique : Ă©largir son offre avec une ligne de prĂȘt-Ă -porter aux esthĂ©tiques preppy et Americana. Les rĂ©sultats semblent encourageants. « La chaussure connaĂźt une croissance extraordinaire, et bien que le prĂȘt-Ă -porter double d’une annĂ©e sur l’autre, la chaussure progresse encore plus vite », souligne-t-il. « En parallĂšle, le vĂȘtement nous aide Ă  sensibiliser le consommateur Ă  la chaussure, et nous sommes convaincus que l’habillement est une composante essentielle de l’identitĂ© de la marque. »

Pour marquer le coup, Sebago a lancĂ© une capsule limitĂ©e entiĂšrement fabriquĂ©e aux États-Unis, composĂ©e de deux coloris de Docksides en cuir pleine fleur de qualitĂ© supĂ©rieure. Une dĂ©marche symbolique autant que commerciale. « C’est pour nous un exercice de reconnexion avec les origines de la marque. L’AmĂ©rique est un marchĂ© en croissance, notamment dans le domaine du numĂ©rique », prĂ©cise Boglione, tout en reconnaissant les limites industrielles de l’exercice : la capacitĂ© de production amĂ©ricaine ne permet pas encore d’envisager des volumes significatifs. La capsule est complĂ©tĂ©e par une sĂ©lection d’accessoires en cuir — sous-verre, couverture d’agenda, porte-clĂ©s, valet — fabriquĂ©s aux États-Unis selon des mĂ©thodes artisanales traditionnelles. Elle est disponible en Ă©dition limitĂ©e sur le site e-commerce de la marque et dans quelques boutiques en Italie, en France et en Espagne.

La France occupe une place particuliĂšre dans la stratĂ©gie de Sebago. Ces douze derniers mois, la marque a ouvert des boutiques Ă  Paris, Nice, Lyon, Biarritz, Arcachon, Toulouse et Dinard. D’ici la fin 2026, Bordeaux, Saint-Malo, Rouen et Saint-Tropez devraient rejoindre le rĂ©seau. Trente flagships en Europe au total, dont 30 % des ventes sont rĂ©alisĂ©es en ligne. Pour clore cette annĂ©e anniversaire en beautĂ©, Sebago publie le troisiĂšme volume de son projet Ă©ditorial, le Sebago Yearbook, consacrĂ© aux lieux et aux personnalitĂ©s qui ont façonnĂ© l’identitĂ© de la marque. « Nous puisons Ă©normĂ©ment dans les archives, car il semble plus que jamais pertinent de regarder ce qui a Ă©tĂ© fait par le passĂ©. En mĂȘme temps, nous essayons d’écrire les 80 prochaines annĂ©es de la marque », conclut Boglione.

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