Hermès n’a pas cherché à faire de bruit. Pour le printemps 2027, la maison du Faubourg Saint-Honoré a préféré une présentation en showroom à un défilé : quarante silhouettes livrées sans estrade ni tapage. L’année reste pourtant décisive. Véronique Nichanian, artisan discrète du vestiaire masculin depuis 1988, a quitté ses fonctions après trente-sept années passées à façonner l’image de l’homme Hermès. Sa succession a été confiée à Grace Wales Bonner, nommée en octobre dernier, dont le premier défilé pour la maison est attendu en janvier 2027.
Il fallait donc une saison de transition entre les deux.

L’équipe du studio, formée pendant des années aux côtés de Nichanian, a choisi de ne rien brusquer. Elle a maintenu le cap avec un vestiaire construit sur une coupe précise, un travail du cuir minutieux et des jeux de matière sur la soie. La palette reste sobre : étain, bleu passé, blanc glacé, puis quelques teintes plus chaudes : café, caramel, chocolat. Rien d’ostentatoire. Tout est dans la retenue, comme un dernier hommage silencieux à celle qui a longtemps incarné cette pudeur du beau.
Les chemises à col rond et à boutonnage devant se portent superposées sur des débardeurs en maille côtelée.
D’autres, plus habillées, mêlent coton et soie dans des imprimés vichy à grands carreaux. Une chemise imprimée d’un motif cow-boy et cheval joue la carte de la fantaisie sage, tandis qu’une version en soie s’aventure du côté du gaucho, plus théâtral. Les vestes, elles, gagnent en légèreté : non doublées, elles se portent avec des pantalons à cordon, ce qui est un soulagement bienvenu quand les mois chauds approchent. Les blousons, eux, dévoilent des coutures ajourées, presque aériennes.
| 📌 Repères clés |
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| 👜 Hermès présente le printemps 2027 en showroom, loin du format traditionnel du défilé. 👔 Cette collection clôt l’ère Véronique Nichanian, après trente-sept années à la tête du vestiaire masculin. 🎨 Grace Wales Bonner prendra officiellement la direction créative, avec un premier défilé attendu en janvier 2027. 🧵 Le cuir, la précision des coupes et les matières raffinées restent au cœur de l’identité Hermès. 📈 Le printemps 2027 apparaît comme une respiration avant une nouvelle ère créative pour la maison. |

Un pull en grosse maille chevronnée fait office de veste. On aime cette économie de moyens.
La cravate en soie, traditionnellement fine et longue, a été repensée pour la saison : raccourcie et nouée lâchement, elle se porte désormais comme un accessoire décontracté plutôt qu’un code strict. Le cuir, lui, ne cède jamais sa place. Une chemise grise est ornée d’un motif flamant rose ton sur ton, tandis qu’une veste caramel est percée de trous ronds, clin d’œil direct au sac Mangeoire et à ses mangeoires pour chevaux qui l’ont inspiré. Une autre pièce, en veau brun foncé, reprend les coutures blanches contrastées des ballons de basket vintage. D’autres encore se couvrent de perforations en forme de petites boîtes, écho discret aux motifs de certaines cravates de la maison.
Pour les amateurs de grand air, des trenchs en patchwork de matière technique et de cuir ainsi que des anoraks à l’imprimé gaucho subtil complètent une garde-robe pensée pour bouger.
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Le cuir occupe également une place technique inattendue. Un t-shirt lilas perforé selon un motif obtenu au laser adopte une coupe proche de celle d’un sweat, avec une encolure en V surpiquée. Une chemise hawaïenne en cuir gris et un pantalon cinq poches, également en cuir, poursuivent cette recherche. Ces pièces se glissent parfois sous des parkas en ripstop, au style minimaliste et presque utilitaire.
Certaines pièces se démarquent toutefois par leur charge affective plutôt que par leur technicité.

On trouve notamment un bombardier noir aux surpiqûres inspirées du ballon de basket et un blouson zippé en veau lissé au col haut, promis à une longue vie, durant laquelle le cuir se patinera et racontera l’usage qu’on en aura fait. On perçoit également une ambiance western années 1950 dans les chemises-vestes en soie et lin taille haute, les imprimés rodéo naïfs et les cardigans façon gilet en maille de soie ou de lin. Un cardigan chevronné en maille de coton rose passé mérite une mention à part : l’un de ces vêtements qu’on ne voit pas venir et qu’on regrette ensuite de ne pas avoir emporté.
La maison, dont le chiffre d’affaires a progressé de plus de 7 % au premier semestre 2025 pour atteindre 8 milliards d’euros, n’a manifestement aucune urgence à bouleverser sa stratégie. Elle prend son temps. C’est un luxe, au sens propre du terme, que peu de marques peuvent encore s’offrir.
La question qui plane sur cette collection sage est la suivante : que fera Grace Wales Bonner, diplômée de Central Saint Martins et lauréate du prix LVMH, de cet héritage patiemment construit ? Sa propre griffe, nourrie de références caribéennes et d’un tailoring souple, laisse entrevoir une approche plus habitée et moins retenue. La réponse viendra en janvier. D’ici là, ce printemps 2027 fait office d’interlude, une respiration élégante avant le changement d’ère.







































