kolor, printemps 2027 – l’élégance de ceux qui n’appartiennent à personne

Quelque part entre Tokyo et une planète inconnue, un homme enfile un trench-coat retourné, des bottes trop épaisses, un pyjama qu'il n'aurait jamais osé porter dehors. Il ne sait pas encore qu'il vient d'entrer dans l'univers de kolor.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
6 Minutes de lecture

Taro Horiuchi n’a pas cherché à raconter une invasion. Pour la collection printemps 2027 baptisée « Aliens », le directeur artistique de la maison japonaise kolor a préféré interroger une sensation plus intime : celle de ne jamais tout à fait appartenir. « Je suis un alien pour la Maison, mais elle est aussi un alien pour moi », confiait-il à l’issue du défilé, évoquant son arrivée à la tête de la griffe l’été dernier, après le départ de son fondateur, Junichi Abe, au bout de vingt et un ans.

Chez kolor, le vêtement a toujours porté une part de trouble. Cette fois, le trouble est presque anthropologique.

kolor, printemps 2027 - l'élégance de ceux qui n'appartiennent à personne
© Photo : kolor

Des bottes western reçoivent des semelles épaisses et crantées. Les trench-coats se portent avec la doublure apparente et les piqûres à vue, comme s’ils avaient été retournés par mégarde. Les pyjamas à carreaux deviennent des tenues assumées pour l’extérieur. Les cols, poignets et manches des bombers sont ornés de fleurs texturées, presque organiques, comme si le vêtement avait muté sous nos yeux au fil du défilé.

Rien n’est totalement inconnu. Tout est légèrement décalé.

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📌 Repères clés
🛸 Collection — kolor printemps 2027 explore le thème « Aliens » sous un angle humain plutôt que science-fiction.
👔 Direction artistique — Premier grand défilé de Taro Horiuchi après la succession de Junichi Abe.
🧵 Signature — Superpositions, constructions techniques et détails volontairement décalés restent l’ADN de la maison.
🎨 Palette — Des tons sobres évoluent progressivement jusqu’au chartreuse, clin d’œil discret aux extraterrestres.
📍 Contexte — Présentation durant la Fashion Week Homme de Paris avec une vision plus introspective que spectaculaire.

Horiuchi revendique ce trouble volontaire. Il souhaitait que chaque silhouette semble avoir été composée par quelqu’un qui a étudié les codes vestimentaires sans en saisir toutes les nuances. Un mimétisme imparfait, presque touchant, qui évite soigneusement le pastiche facile.

kolor, printemps 2027 - l'élégance de ceux qui n'appartiennent à personne
© Photo : kolor

La palette suit cette même logique de bascule. Un costume noir très sobre ouvre le défilé, presque trop classique pour être honnête. Puis viennent les beiges, les gris et les bleus, dans une progression mesurée. Et enfin, sur plusieurs silhouettes, ce chartreuse acide que l’on associe, dans l’imaginaire collectif, aux petits hommes verts.

On pourrait craindre le déguisement. Ce serait mal connaître Kolor.

La force de la maison réside depuis toujours dans une précision technique qui refuse le premier degré. Les superpositions et les jeux de construction chers à Junichi Abe sont perceptibles dans cette collection. Horiuchi ne les a pas reniés, mais il ne les a pas non plus imités servilement. Une écriture personnelle commence à se dessiner, qui rend hommage aux fondations de la maison sans pour autant s’y soumettre. C’est un exercice délicat que peu de successeurs réussissent avec autant de retenue.

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Pour habiller cette proposition, le créateur s’est entouré de collaborateurs venus d’horizons divers. Le duo taïwanais Mong Tong a signé la bande sonore du défilé. L’artiste germano-grec Klaus Jürgen Schmidt a créé les motifs textiles. Le peintre Yang Bo, né en Chine et installé au Japon, a conçu les graphismes imprimés sur certaines pièces. Cette addition de regards renforce l’idée d’un vêtement pensé comme un lieu de passage entre les cultures plutôt que comme un simple objet de désir saisonnier.

Horiuchi parle d’« exercice d’empathie ». Selon lui, comprendre commencerait par accepter que chacun reste étranger à quelqu’un d’autre, quelque part.

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kolor, printemps 2027 - l'élégance de ceux qui n'appartiennent à personne
© Photo : kolor

Ce propos résonne particulièrement dans le contexte actuel. En imaginant des extraterrestres qui tentent parfois maladroitement de s’intégrer à un monde qui n’est pas le leur, le créateur japonais aborde finalement moins la science-fiction que la condition humaine ordinaire.

Présentée à Paris durant la Fashion Week homme, cette collection s’inscrit dans un vestiaire masculin qui propose une élégance assumant son inconfort. kolor ne cherche pas à séduire immédiatement. La maison préfère intriguer, quitte à déstabiliser ses clients les plus classiques.

Cette approche témoigne d’une forme d’honnêteté rare. Les grandes maisons de couture masculine cultivent trop souvent la certitude. kolor, elle, cultive le doute et en fait une force esthétique à part entière.

Ce parti pris trouve un écho particulier auprès d’une clientèle française de plus en plus attentive aux vêtements qui racontent une histoire, au-delà de la coupe. Le vestiaire japonais continue d’occuper une place à part dans les garde-robes masculines parisiennes, entre rigueur de construction et liberté de propos. kolor y tient un rôle singulier, ni tout à fait avant-gardiste, ni tout à fait sage.

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