Taro Horiuchi nâa pas cherchĂ© Ă raconter une invasion. Pour la collection printemps 2027 baptisĂ©e « Aliens », le directeur artistique de la maison japonaise kolor a prĂ©fĂ©rĂ© interroger une sensation plus intime : celle de ne jamais tout Ă fait appartenir. « Je suis un alien pour la Maison, mais elle est aussi un alien pour moi », confiait-il Ă lâissue du dĂ©filĂ©, Ă©voquant son arrivĂ©e Ă la tĂȘte de la griffe lâĂ©tĂ© dernier, aprĂšs le dĂ©part de son fondateur, Junichi Abe, au bout de vingt et un ans.
Chez kolor, le vĂȘtement a toujours portĂ© une part de trouble. Cette fois, le trouble est presque anthropologique.

Des bottes western reçoivent des semelles Ă©paisses et crantĂ©es. Les trench-coats se portent avec la doublure apparente et les piqĂ»res Ă vue, comme sâils avaient Ă©tĂ© retournĂ©s par mĂ©garde. Les pyjamas Ă carreaux deviennent des tenues assumĂ©es pour lâextĂ©rieur. Les cols, poignets et manches des bombers sont ornĂ©s de fleurs texturĂ©es, presque organiques, comme si le vĂȘtement avait mutĂ© sous nos yeux au fil du dĂ©filĂ©.
Rien nâest totalement inconnu. Tout est lĂ©gĂšrement dĂ©calĂ©.
| đ RepĂšres clĂ©s |
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| đž Collection â kolor printemps 2027 explore le thĂšme « Aliens » sous un angle humain plutĂŽt que science-fiction. đ Direction artistique â Premier grand dĂ©filĂ© de Taro Horiuchi aprĂšs la succession de Junichi Abe. đ§” Signature â Superpositions, constructions techniques et dĂ©tails volontairement dĂ©calĂ©s restent lâADN de la maison. đš Palette â Des tons sobres Ă©voluent progressivement jusquâau chartreuse, clin dâĆil discret aux extraterrestres. đ Contexte â PrĂ©sentation durant la Fashion Week Homme de Paris avec une vision plus introspective que spectaculaire. |
Horiuchi revendique ce trouble volontaire. Il souhaitait que chaque silhouette semble avoir Ă©tĂ© composĂ©e par quelquâun qui a Ă©tudiĂ© les codes vestimentaires sans en saisir toutes les nuances. Un mimĂ©tisme imparfait, presque touchant, qui Ă©vite soigneusement le pastiche facile.

La palette suit cette mĂȘme logique de bascule. Un costume noir trĂšs sobre ouvre le dĂ©filĂ©, presque trop classique pour ĂȘtre honnĂȘte. Puis viennent les beiges, les gris et les bleus, dans une progression mesurĂ©e. Et enfin, sur plusieurs silhouettes, ce chartreuse acide que lâon associe, dans lâimaginaire collectif, aux petits hommes verts.
On pourrait craindre le déguisement. Ce serait mal connaßtre Kolor.
La force de la maison rĂ©side depuis toujours dans une prĂ©cision technique qui refuse le premier degrĂ©. Les superpositions et les jeux de construction chers Ă Junichi Abe sont perceptibles dans cette collection. Horiuchi ne les a pas reniĂ©s, mais il ne les a pas non plus imitĂ©s servilement. Une Ă©criture personnelle commence Ă se dessiner, qui rend hommage aux fondations de la maison sans pour autant sây soumettre. Câest un exercice dĂ©licat que peu de successeurs rĂ©ussissent avec autant de retenue.
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Pour habiller cette proposition, le crĂ©ateur sâest entourĂ© de collaborateurs venus dâhorizons divers. Le duo taĂŻwanais Mong Tong a signĂ© la bande sonore du dĂ©filĂ©. Lâartiste germano-grec Klaus JĂŒrgen Schmidt a créé les motifs textiles. Le peintre Yang Bo, nĂ© en Chine et installĂ© au Japon, a conçu les graphismes imprimĂ©s sur certaines piĂšces. Cette addition de regards renforce lâidĂ©e dâun vĂȘtement pensĂ© comme un lieu de passage entre les cultures plutĂŽt que comme un simple objet de dĂ©sir saisonnier.
Horiuchi parle dâ« exercice dâempathie ». Selon lui, comprendre commencerait par accepter que chacun reste Ă©tranger Ă quelquâun dâautre, quelque part.

Ce propos rĂ©sonne particuliĂšrement dans le contexte actuel. En imaginant des extraterrestres qui tentent parfois maladroitement de sâintĂ©grer Ă un monde qui nâest pas le leur, le crĂ©ateur japonais aborde finalement moins la science-fiction que la condition humaine ordinaire.
PrĂ©sentĂ©e Ă Paris durant la Fashion Week homme, cette collection sâinscrit dans un vestiaire masculin qui propose une Ă©lĂ©gance assumant son inconfort. kolor ne cherche pas Ă sĂ©duire immĂ©diatement. La maison prĂ©fĂšre intriguer, quitte Ă dĂ©stabiliser ses clients les plus classiques.
Cette approche tĂ©moigne dâune forme dâhonnĂȘtetĂ© rare. Les grandes maisons de couture masculine cultivent trop souvent la certitude. kolor, elle, cultive le doute et en fait une force esthĂ©tique Ă part entiĂšre.
Ce parti pris trouve un Ă©cho particulier auprĂšs dâune clientĂšle française de plus en plus attentive aux vĂȘtements qui racontent une histoire, au-delĂ de la coupe. Le vestiaire japonais continue dâoccuper une place Ă part dans les garde-robes masculines parisiennes, entre rigueur de construction et libertĂ© de propos. kolor y tient un rĂŽle singulier, ni tout Ă fait avant-gardiste, ni tout Ă fait sage.














