Willy Chavarria n’aime pas les shorts en public. C’était une règle. Il s’était promis, en prenant de l’âge, de garder un peu de tenue, un peu de gravité vestimentaire. Et puis, cet été-là, Paris a traversé une vague de chaleur record, et le designer new-yorkais d’origine mexicaine a rangé cette résolution avec le reste de ses certitudes. Pendant deux semaines, il a travaillé à son défilé printemps 2027 en caleçon, dans un atelier parisien où la climatisation avait rendu les armes. Le résultat est une collection qui transforme cette canicule parisienne en plaidoyer en faveur d’un tailleur plus souple, de sous-vêtements assumés et d’une nouvelle définition de la masculinité basée sur la vulnérabilité.

Le défilé s’intitulait Comunión. Un mot espagnol qui ne se traduit pas tout à fait, et qui évoque à la fois le rassemblement, le partage, et quelque chose qui touche presque au sacré. Chavarria n’a rien laissé au hasard en choisissant l’Espace Niemeyer, ce vaisseau de béton dessiné par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer pour le Parti communiste français. On n’installe pas une collection appelée « Communion » dans un lieu pensé pour le collectif sans y voir un geste. Les vêtements, eux, racontaient autre chose que des idées : des chemises amples et croustillantes, des vestes en cuir brillant, des pantalons larges laissant deviner, à la taille, l’élastique d’un boxer siglé. Le vêtement intime devenait une pièce maîtresse, presque une revendication.

| 📌 Repères clés |
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| 🔥 Le défilé naît d’une canicule parisienne et d’un atelier sans climatisation. 🩲 Le boxer apparent devient une pièce centrale, presque revendicative. 🎨 La palette puise dans les souvenirs domestiques, des cuisines aux linges brodés. 👥 Le casting prolonge la famille créative construite par Chavarria depuis 2015. 🏛️ Comunión a été saluée par Complex comme meilleure collection de la semaine masculine à Paris. |
Les couleurs, elles, venaient d’ailleurs. Pas des podiums, mais des maisons. Chavarria a puisé ses teintes dans le papier peint fané des cuisines, les nappes fleuries et le linge brodé transmis de génération en génération, des nuances baptisées Willy Red, Purple Cielo ou Copper Green, des couleurs de souvenir plutôt que de saison. Un rose qui sent l’enfance. Un vert qui sent la maison de la grand-mère. Rien de calculé dans cette nostalgie, ou alors une nostalgie qui aurait choisi ses armes avec soin.
Le casting, lui, appartenait à cette famille recomposée que Chavarria construit depuis dix ans. Depuis le lancement de sa marque en 2015, le créateur fait défiler les mêmes visages, saison après saison, dont Shaid Anaya, un ouvrier du bâtiment qui pose ses outils le temps d’un podium. Pour ce printemps 2027, on retrouvait également le basketteur des Knicks, Jordan Clarkson, auréolé du titre NBA de son équipe, ainsi que Romeo Beckham et la designer britannique, Bella Freud. Une assemblée où les silhouettes professionnelles côtoyaient celles empruntées à la vraie vie, sans hiérarchie visible.
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On aurait pu s’attendre à du spectacle. Chavarria en a offert par le passé, notamment lors de son précédent défilé homme automne-hiver 2026, pensé comme une performance quasi théâtrale.
Cette fois, il a choisi l’intime.
Après ce défilé spectaculaire, Chavarria a resserré le format pour ce printemps 2027, dans un lieu plus petit et sans artifice, recentrant l’attention sur le vêtement lui-même. Pas de mise en scène tapageuse, pas d’effets. Juste des vêtements portés par des gens qui semblaient y croire.

La question du vêtement pour l’homme d’aujourd’hui reste posée, celui qui s’habille à Paris comme à Los Angeles, entre deux mondes. Chavarria y répond par une garde-robe assumant ses tensions : le tailoring hérité du workwear mexicano-américain, la précision du costume et le laisser-aller d’un vêtement porté trop longtemps sous la chaleur. Une veste en cuir ouverte sur un torse tatoué. Un short qui descend sous le genou, presque une jupe. Rien n’est figé.
Pour l’homme qui suit les défilés masculins depuis Paris, ce printemps 2027 rappelle une évidence trop souvent oubliée : la mode n’a pas besoin de faire de bruit pour faire passer un message. Il lui suffit parfois d’un boxer qui dépasse, d’une couleur qui rappelle la cuisine de l’enfance et d’une poignée de visages que l’on reconnaît d’une saison à l’autre. Willy Chavarria ne cherche pas à convaincre en cela. Il rassemble.













