| Ann Demeulemeester présente pour le printemps 2027 la collection Lonesome Heaven, dessinée par Stefano Gallici. Le vestiaire masculin associe costumes travaillés par l’usure, denim délavé et références historiques. Ethel Cain a conçu deux looks avec Stefano Gallici. Chelsea Wolfe chante en direct pendant le défilé. Josh Homme défile dans un costume rayé. |
Avec Ethel Cain aux manettes de deux looks, Chelsea Wolfe en live sur le podium et Josh Homme en costume rayé, le défilé Ann Demeulemeester du printemps 2027 avait des airs d’affiche de festival, bien plus que de premier rang de Fashion Week. Un défilé Ann Demeulemeester ne ressemble à aucun autre événement de la semaine. Pour la saison, Stefano Gallici a présenté une collection homme d’une grande sobriété : du noir, du blanc, du denim bleu, et rien d’autre. Cette palette réduite vient du désert californien où le créateur s’est rendu seul en décembre dernier.
Gallici aime partir avant de dessiner. La saison précédente, il était retourné à Teor, son village italien, pour retrouver sa jeunesse. Cette fois, il a loué une cabane au milieu du désert. Il en a rapporté une collection baptisée Lonesome Heaven.


















« Quand on se trouve au milieu de nulle part, on comprend que la vie se résume à peu de choses », a-t-il confié avant le défilé. Privé de couleurs, il s’est donc tourné vers les matières et les superpositions. Pour le printemps 2027, le pari est clair : miser sur le toucher et la construction plutôt que sur la teinte.
La première moitié du défilé s’habille de blanc, de crème et d’écru. Un gilet en dentelle blanche est associé à un pantalon en coton crème. Un gilet Napoléon blanc sans manches. Un cargo crème, une blouse victorienne et un smoking court sans manches par-dessus.
La seconde moitié reprend ces silhouettes en noir. Le principe est simple et permet de comprendre la collection sans effort.
Les pièces ne sont pas neuves pour autant. Les cargos paraissent délavés, le denim est passé et les vêtements de travail portent des taches de rouille. Un pantalon crème, ample et court, arbore des traces brunes imprimées. Gallici dit avoir retrouvé dans ses propres archives de vieux vêtements dont il voulait restituer l’aspect. On le croit sans peine.
Voilà un créateur de la maison belge qui s’inspire de Los Angeles. Gallici l’admet lui-même : c’est « un peu étrange ». Pendant son séjour, il a regardé Sunset Boulevard, le film de Billy Wilder sorti en 1950, et a cessé de voir la ville sous son jour solaire. Pour lui, elle est le fantôme d’une cité jadis éclatante, « usée jusqu’à la corde ».
Cette idée se lit sur les costumes. Les vestes, les gilets et les cummerbunds en soie laissent apparaître des plages de doublure en coton blanc, comme si le tissu avait cédé avec le temps. Le créateur reconnaît que ce résultat a demandé un travail de fusion à la chaleur assez délicat. D’autres smokings paraissent détruits, la doublure étant retournée vers l’extérieur. L’usure n’est donc pas un accident de style, mais le vrai sujet de la collection, travaillé comme une technique à part entière.
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Autre étape du voyage : le hangar historique d’Howard Hughes à Playa Vista. On y trouve des blousons d’aviateur en cuir patiné, portés sur des gilets de costume et des pantalons de tailleur. Plus loin, des cols édouardiens et des jabots du XVIIe siècle sortent de vestes napoléoniennes noires, courtes et ajustées. Le tailleur strict croise du denim clair, parfois en double épaisseur, avec des chemises et des vestes dans la même toile.
Si vous cherchez les codes d’Ann Demeulemeester, vous les trouverez dans les pièces les plus souples : des pantalons à l’entrejambe bas, du jersey frangé, des bottes de combat. Ces dernières plaisent aux célébrités comme à la jeune clientèle de la marque. Gallici en propose une variante de motard, lourde, avec plusieurs boucles et zips. La plupart des silhouettes sont chaussées de sandales gladiateur à grosses boucles, certaines avec une semelle compensée.
Tout n’est pas d’une égale finesse. Le stylisme, voulu spontané, tombe parfois dans l’excès. Les plumes noires et bleu pétrole, en bordure ou en épaulettes, semblent appartenir à une autre saison. Les t-shirts à franges nouées à la taille auraient gagné à rester seuls, sans fioritures. Je préfère nettement les costumes éclaircis par l’usure.
Gallici n’est pas seul bien longtemps. Ethel Cain, artiste américaine, a conçu avec lui, par Zoom, deux looks au printemps. L’un d’eux est masculin : chemise et pantalon en soie, cummerbund et t-shirt à franges glissé d’un côté. Elle a également développé une capsule vendue exclusivement dans la boutique parisienne de la marque, récemment ouverte, ce qui donne une raison très concrète de pousser la porte de l’adresse. Chelsea Wolfe, que le créateur écoutait en Californie, s’est produite en direct sur le podium.
Josh Homme, du groupe Queens of the Stone Age, a défilé en costume rayé avec une chemise en denim clair. Au premier rang, on remarquait Jamie Campbell Bower, Kodi Smit-McPhee et Rhian Teasdale du groupe Wet Leg. Tous confirment l’ancrage du créateur dans le milieu créatif, loin des cercles habituels de la mode. C’est ce casting, plus que le podium lui-même, qui fait circuler la collection au-delà du public de la mode, vers celui de la musique et du cinéma.
Quatre saisons après son arrivée, Gallici se sent assez à l’aise pour oser davantage. « J’essaie toujours d’aborder cette maison avec respect et révérence, mais j’aime aussi être moins orthodoxe », explique-t-il. Il parle d’une communauté jeune et dynamique qui se forme autour de la marque et d’une liberté grandissante à chaque nouvelle saison.
De cette collection, je retiendrai le costume rayé porté avec une chemise en denim clair, comme Josh Homme l’a montré. Vous pourrez l’enfiler sans effort dès les premiers beaux jours de 2027. C’est aussi la pièce la plus facile à transposer hors podium : une veste de costume, une chemise en denim, aucun risque de déguisement.
Gallici prouve qu’Ann Demeulemeester n’a pas besoin de couleur pour se faire remarquer : du noir, du blanc et un peu de poussière du désert suffisent.



