| Jil Sander a présenté sa collection printemps 2027 lors de la Fashion Week de Milan. Il s’agit de la troisième collection de Simone Bellotti pour la maison depuis sa nomination comme directeur artistique le 10 mars 2025. Le défilé s’est tenu au siège milanais de la marque. La collection revisite les codes du vestiaire militaire masculin à travers des vestes cintrées à boutonnage remonté vers le col. |
Mercredi matin à Milan, Simone Bellotti n’avait épinglé aucune image sur son moodboard blanc. Pour sa troisième collection chez Jil Sander, le créateur italien a en effet préféré partir des mots plutôt que des images. Un pari qui se lit directement dans les vêtements présentés lors de ce défilé printemps 2027, où l’homme Jil Sander perd un peu de sa rigidité habituelle sans jamais renoncer à sa précision. C’est peu dire que l’exercice est risqué : la maison a bâti sa légende sur l’exactitude des lignes, pas sur l’accident.

Le vestiaire militaire, l’uniforme, la veste taillée au cordeau : voilà les codes que Bellotti a choisi de bousculer. Selon lui, l’uniforme reste trop souvent associé à la force et à la puissance. Pour cette collection printemps 2027, il a cherché l’inverse. Les vestes cintrées à simple boutonnage voient leur ligne de boutons remonter vers le col, presque jusqu’à la gorge. Ce geste n’est pas anodin : il referme le vêtement sur lui-même et suggère une silhouette qui se protège plutôt qu’elle n’impose.
Les modèles croisés, plus amples, reprennent cette même logique avec deux boutons positionnés très haut, près de la pomme d’Adam. Le pan de la veste, laissé libre, s’enroule parfois autour du buste comme une écharpe. L’effet est surprenant et casse la ligne nette qu’on attend d’une maison bâtie sur la rigueur.
Bellotti a également travaillé sur la suppression de la taille sur les manteaux et les vestes tailleur, avec des fronces volontaires qui n’ont rien de flatteur au sens classique du terme. Le créateur le reconnaît sans détour : certaines pièces ne conviendront pas à toutes les morphologies. D’autres versions, plus portables, seront disponibles en showroom, précise-t-il.

Cette prise de risque assumée s’inscrit dans une réflexion plus large sur le minimalisme, que Bellotti juge aujourd’hui trop répandu pour rester distinctif. Sa réponse : introduire une forme d’imperfection contrôlée, un déséquilibre choisi au sein d’une silhouette par ailleurs très construite. Les vestes et manteaux se resserrent et se gonflent au niveau du buste, les cols des chemises débordent volontairement des revers, comme si le vêtement avait déjà été porté.
Malgré ces expérimentations, Bellotti tient à ce que la collection conserve un socle familier : vestes tailleur, manteaux structurés et pantalons de costume. Il revendique une filiation directe avec l’esprit de la maison, qu’il décrit comme une alternative au classicisme pur, toujours un peu détournée. Les matières légères et la palette de couleurs apaisantes adoucissent l’ensemble, donnant à ce vestiaire habituellement très maîtrisé une chaleur inhabituelle.
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Le créateur, qui a travaillé pour Bottega Veneta, Gucci et Bally avant de prendre la direction artistique de Jil Sander en mars 2025, a bâti l’essentiel de sa carrière dans le prêt-à -porter masculin. Cette collection printemps 2027 porte la marque de cette expérience : une attention portée aux proportions, aux emmanchures et à la façon dont une veste tombe sur l’épaule, qui trahit un œil habitué aux exigences du tailoring. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, saison après saison, Bellotti choisit de présenter ses collections au siège milanais de la maison plutôt que dans un lieu neutre : chaque défilé s’inscrit comme un chapitre d’une histoire qu’il construit méthodiquement depuis ses débuts, en septembre 2025.
Construite comme un mouvement d’ensemble, la collection s’ouvre et se referme sur des pièces sobres, presque reconnaissables comme des archives de la maison : une veste en cuir sans col, boutonnée haut, en ouverture, et une chemise à col ouvert et un pantalon légèrement évasé en clôture. Entre les deux, la perturbation. Des vestes qui se resserrent à la taille, des pans qui se déploient sous des boutons remontés près du col, une silhouette qui semble avoir traversé un coup de vent ou sortir tout juste d’un lit défait. Le col trop large d’une chemise dépasse volontairement du revers d’une veste par ailleurs impeccable. Ce contraste entre technique rigoureuse et allure débraillée donne à la collection sa tension la plus intéressante.

Pour les hommes qui suivent la maison depuis les années Raf Simons ou l’ère Lucie et Luke Meier, ce printemps 2027 marque une nouvelle étape dans le travail de Simone Bellotti. Après une première collection concentrée sur la soustraction et une deuxième plus expérimentale, celle-ci semble chercher un point d’équilibre entre les deux : garder la précision qui a toujours défini la maison, tout en laissant entrer une part d’accident, de vulnérabilité, voire de désordre maîtrisé.
Reste que ce désordre-là n’a rien d’improvisé : trois collections après son arrivée, Bellotti ne cherche plus à prouver qu’il maîtrise les codes de Jil Sander ; il cherche à savoir jusqu’où il peut les tordre sans les briser. C’est précisément cette tension, plus que le vêtement lui-même, qui rend cette maison passionnante à suivre.




















