Tommy Hilfiger et FRGMT, le preppy new-yorkais revu par l’œil de Tokyo

Hiroshi Fujiwara ouvre les archives de Tommy Hilfiger et règle le rugby, le varsity et la veste Regatta comme on ajuste une montre ancienne, sans bruit et au millimètre.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
11 Minutes de lecture
© Photo : Tommy Hilfiger
La capsule Tommy Hilfiger x FRGMT est disponible depuis le 15 octobre 2026 dans une sélection de boutiques Tommy Hilfiger et sur tommy.com. Elle est signée Hiroshi Fujiwara, fondateur du label japonais Fragment design. Elle réinterprète des pièces Tommy des années 90, dont le rugby, le blouson varsity, la field jacket, la veste Regatta et le sac duffel. Le drapeau Tommy y passe au bleu clair.

Un drapeau Tommy Hilfiger bleu ciel. Pour quiconque a grandi avec le tricolore rouge, blanc et bleu cousu sur les maillots de rugby des années 90, ce détail ressemble presque à une faute de goût. Il porte pourtant la signature de l’homme que Tokyo consulte depuis trois décennies pour savoir ce qui mérite d’être porté.

Tommy Hilfiger et FRGMT, le preppy new-yorkais revu par l’œil de Tokyo
© Photo : Tommy Hilfiger

Tommy Hilfiger et FRGMT présentent une capsule exclusive, disponible depuis le 15 octobre 2026. D’un côté, la maison new-yorkaise du preppy américain, propriété du groupe PVH Corp. De l’autre, le label d’Hiroshi Fujiwara, l’homme que Tokyo considère depuis trente ans comme le parrain de sa culture streetwear. Entre les deux, près de onze mille kilomètres. Et une décennie en commun.

Les années 90, justement. Vous vous en souvenez peut-être. Le drapeau rouge, blanc et bleu brodé sur la poitrine, les jeans trop larges, les vestes à capuche portées deux tailles au-dessus… Tommy Hilfiger était alors partout, et surtout là où on ne l’attendait pas. En 1994, Snoop Doggy Dogg monte sur le plateau du Saturday Night Live dans un rugby surdimensionné de la marque, et cet épisode reste aujourd’hui l’une des images fondatrices du mariage entre la marque des country clubs et le hip-hop. Cette collection Tommy Hilfiger x FRGMT revient sur ce moment précis avec un regard venu d’ailleurs.

Tommy Hilfiger et FRGMT, le preppy new-yorkais revu par l’œil de Tokyo
© Photo : Tommy Hilfiger

Pour comprendre ce rapprochement, il faut remonter loin. Bien avant les défilés et les campagnes mondiales, Tommy Hilfiger tenait People’s Place, une petite boutique qu’il avait ouverte à l’âge de 18 ans à Elmira, dans l’État de New York. Les jeunes y passaient pour les vêtements, oui. Mais aussi pour les disques, les conversations et l’air du temps. Un lieu de passage plus qu’un magasin.

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Hiroshi Fujiwara a suivi un chemin similaire. Adolescent, il se tourne vers Londres et sa scène punk. Plus tard, il découvre New York et le hip-hop. Puis il revient à Tokyo et devient, presque malgré lui, l’arbitre du goût de toute une génération. Fragment Design, sa structure, est réputée pour une chose rare : en faire peu, mais bien.

Tommy Hilfiger et FRGMT, le preppy new-yorkais revu par l’œil de Tokyo
© Photo : Tommy Hilfiger

Cette formule mérite toutefois d’être nuancée en 2026. Depuis le printemps, l’éclair de Fujiwara s’est posé chez A.P.C. pour une capsule pensée comme un uniforme complet autour du denim, chez Noma Projects pour une collaboration culinaire imaginée pour célébrer la résidence du restaurant à Los Angeles, chez le coréen ThisIsNeverThat pour une toute première collaboration autour de pièces en polaire et en jersey, et chez Moncler, retrouvé huit ans après leur premier projet commun de 2018. Le rythme n’a plus rien de confidentiel. La rareté, chez Fujiwara, tient désormais moins au nombre de projets qu’au tri : la plupart reposent sur une amitié ou un souvenir personnel plutôt que sur une simple opération de licence. Tommy Hilfiger appartient clairement à cette seconde catégorie, et c’est précisément ce qui rend la capsule crédible.

Deux trajectoires, donc. Deux hommes qui n’ont jamais considéré la mode comme une fin en soi.

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« J’ai toujours été inspiré par l’idée de réunir différents univers », déclare Tommy Hilfiger. « Hiroshi et moi partageons une passion profonde pour la musique, le style et les mouvements culturels qui influencent la manière dont les gens s’habillent. Pour cette collection, nous sommes revenus sur certaines de nos pièces préférées des années 90 et les avons réinterprétées à travers le regard typiquement japonais d’Hiroshi. Le résultat est une collection qui rend hommage à notre héritage tout en créant des passerelles entre les continents, les perspectives et les générations. »

Tommy Hilfiger et FRGMT, le preppy new-yorkais revu par l’œil de Tokyo
© Photo : Tommy Hilfiger

Que trouve-t-on dans cette capsule ? Les fondamentaux d’abord. Un rugby. Une chemise boutonnée. Un blouson varsity. Un chino. Une field jacket. Rien de spectaculaire sur le papier, et c’est précisément le propos. Fujiwara ne réinvente pas ces vêtements, il les règle avec la minutie d’un horloger. La comparaison n’est pas gratuite : collectionneur reconnu de Rolex vintage, il aborde le rugby comme une montre de référence, en cherchant la proportion juste plutôt que l’effet.

Viennent ensuite les modèles tirés des archives, ceux que les connaisseurs guetteront. La veste Regatta. Le polo de voile. Le sac duffel. Trois pièces qui évoquent les week-ends sur la côte Est et les ponts de bateau, revisitées avec une sobriété très japonaise.

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Tommy Hilfiger et FRGMT, le preppy new-yorkais revu par l’œil de Tokyo
© Photo : Tommy Hilfiger

Les signatures de FRGMT apparaissent par touches. L’éclair, bien sûr, devenu au fil des années un signe de reconnaissance pour les initiés. Les pois, plus inattendus. Et puis ce détail qui fera parler : le célèbre drapeau Tommy, d’ordinaire si franc dans ses couleurs primaires, passe ici au bleu clair. Un geste minuscule. Il suffit pourtant à changer toute la lecture du logo. Le tricolore de Tommy a toujours fonctionné comme un drapeau au sens propre, un signe d’appartenance visible de l’autre bout de la rue. En le passant au bleu clair, Fujiwara le fait baisser d’un ton : le logo reste là, mais il ne crie plus. Toute la méthode Fragment tient dans ce changement de couleur.

Côté matières, la collection reprend les classiques de la marque et les travaille avec soin. Des chemises en flanelle à carreaux douces au toucher. Un jersey de coton sec qui tient bien. Du nylon lavé. Un sergé de coton épais fait pour durer. On y reconnaît l’obsession de Fujiwara pour les vêtements qui vieillissent bien.

Tommy Hilfiger et FRGMT, le preppy new-yorkais revu par l’œil de Tokyo
© Photo : Tommy Hilfiger

Le créateur japonais n’a pas découvert Tommy Hilfiger dans un bureau de style. Il l’a vu porté dans la rue et sur scène par des artistes qui le détournaient avec un aplomb désarmant.

« L’attitude Tommy dans les années 90 m’a toujours marqué parce qu’elle allait bien au-delà du simple style », explique Hiroshi Fujiwara. « À l’adolescence, j’étais passionné par la scène punk et la culture londonienne, et je m’intéressais beaucoup à ce que portaient les artistes. Plus tard, j’ai voyagé à New York et découvert le hip-hop. Dans les années 90, j’ai remarqué que de nombreux artistes hip-hop s’appropriaient Tommy Hilfiger à leur manière, et cela m’est toujours resté en mémoire. Cette collection réunit cette nostalgie des années 90 et ma propre réinterprétation de l’univers Tommy. »

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Il y a quelque chose de touchant dans cet aveu. Un homme devenu une référence mondiale qui raconte simplement ce qui l’a frappé quand il avait vingt ans. Et une ironie de l’histoire : il aura fallu un regard japonais pour rappeler à une marque américaine que sa période la plus influente est celle qu’elle n’avait pas planifiée.

La campagne a été tournée dans les rues de New York. Un film court et nerveux, pensé pour les réseaux sociaux. On y voit le preppy des beaux quartiers descendre de son piédestal pour monter sur une planche de skate. La caméra le suit, sans façon. Les codes de Tommy Hilfiger y croisent l’esprit frondeur de FRGMT, et le résultat respire davantage la spontanéité que la pose.

Tommy Hilfiger et FRGMT, le preppy new-yorkais revu par l’œil de Tokyo
© Photo : Tommy Hilfiger

Ce n’est pas la première fois que la marque américaine ouvre ses archives à un regard extérieur. Patta à Amsterdam, Aries à Londres et CLOT à Hong Kong l’ont précédé, chacun avec sa propre lecture du style preppy de la marque. La marque n’a d’ailleurs jamais autant multiplié les partenariats : en 2026, elle est devenue le partenaire vestimentaire officiel de l’écurie Cadillac, onzième équipe de la grille de F1, avec une ligne fanwear mettant en scène Checo Pérez et Valtteri Bottas ; elle a également signé avec CLOT une collection pour le Nouvel An lunaire. D’un côté, le grand public des circuits. De l’autre, les initiés. Tommy Hilfiger joue sur les deux tableaux, et FRGMT relève sans ambiguïté du second. Mais avec Fujiwara, la démarche prend une autre dimension. Il ne s’invite pas chez Tommy Hilfiger. Il y revient, avec trente ans de recul.

La collection Tommy Hilfiger x FRGMT est disponible dans le monde entier depuis le 15 octobre 2026, dans une sélection de boutiques Tommy Hilfiger et sur tommy.com.

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