Nike Apex, quatre bulles d’air pour repousser les limites du marathon

Sur la ligne de départ du marathon, Nike revient avec l'Apex, une chaussure de compétition aux quatre bulles d'air superposées. Face à adidas, chaque seconde devient un enjeu.

Par
Stéphane Leonelli
Stéphane Leonelli est rédacteur numérique chez Essential Homme, où il se spécialise dans le domaine des sneakers. Son parcours professionnel comprend également la couverture de la...
12 Minutes de lecture
L'Athlète olympique ougandais Jacob Kiplimo s'entraîne avec la Nike Apex - © Photo : Nike
La Nike Apex est une chaussure de marathon à quatre unités Air Zoom superposées, annoncée pour janvier 2027 au prix de 350 dollars. Nike revendique un gain de restitution d’énergie de 40 % par rapport à l’Alphafly 3, selon ses mesures internes. Sa semelle mesure 40 mm au talon et à l’avant-pied, sans drop.

Combien de temps peut-on encore gagner sur 42,195 kilomètres ? Avec la Nike Apex, sa nouvelle chaussure de compétition taillée pour le marathon, Nike pense avoir trouvé la réponse. Elle tient en quatre bulles d’air, une mousse inédite et une semelle qui affiche ses intentions sans aucune pudeur.

Nike Apex, quatre bulles d'air pour repousser les limites du marathon
L’Athlète olympique ougandais Jacob Kiplimo s’entraîne avec la Nike Apex – © Photo : Nike

Le timing n’a rien d’innocent. En avril, à Londres, Sebastian Sawe est devenu le premier homme à passer sous la barre des deux heures sur un marathon officiel, en 1 h 59 min 30 s, suivi de Yomif Kejelcha. Tous deux portaient des chaussures adidas. Fin septembre, adidas a récidivé à Berlin en raflant les podiums masculin et féminin. La marque, qui avait ouvert l’ère des super-chaussures avec la Vaporfly, ne dicte plus le tempo. L’Apex est sa riposte, et elle est lancée à quelques jours du marathon de Chicago, le 11 octobre, une course sponsorisée par Nike.

Je vous le dis tout de suite. Je n’ai pas couru avec. Personne ou presque ne l’a fait, à part une poignée d’athlètes sous contrat. Mais j’ai épluché la fiche technique, lu les chiffres et écouté ceux qui l’ont conçue. Certains de ces chiffres méritent qu’on s’y arrête.

Nike Apex, quatre bulles d'air pour repousser les limites du marathon

Nike revendique 40 % de restitution d’énergie supplémentaire face à l’Alphafly 3

C’est le gain de restitution d’énergie annoncé par rapport à l’Alphafly 3, mesuré sur une pointure homme 44 (10 US). Regardez bien la référence choisie : Nike se compare à l’Alphafly 3 et non à l’Alphafly 4, qui arrivera en boutique cet automne et à laquelle la marque attribue déjà 10 % de retour d’énergie en plus. Face à la génération actuelle, l’écart sera donc moins spectaculaire que ne le laisse croire ce chiffre rond, mesuré en interne. Le poids, lui, baisse de plus de 10 % selon Nike, qui n’a toutefois communiqué aucun chiffre en grammes. La chaussure est donc plus légère et plus nerveuse. Sur le papier, la promesse est énorme. Pour le vérifier sur le bitume, il faudra patienter jusqu’en janvier 2027.

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Nike Apex, quatre bulles d'air pour repousser les limites du marathon

Quatre unités Air Zoom superposées dans une semelle sans drop

Regardez la semelle. Tout se passe à l’extérieur, presque en pleine exhibition. Nike a empilé quatre unités Air Zoom, regroupées en deux paires superposées sous l’avant-pied. La marque parle de la plus grande quantité d’Air jamais placée à cet endroit sur l’une de ses chaussures de running. Les unités Air Zoom ne sont pas une nouveauté en compétition, l’Alphafly en est équipée depuis sa première version. Mais c’est la première fois que Nike les superpose de la sorte. Ici, elles deviennent le cœur du projet.

Le principe est simple. L’air se comprime à l’impact, stocke l’énergie, puis la restitue au coureur. Pourquoi de l’air plutôt qu’une couche de mousse plus épaisse ? Phil McCartney, directeur de l’innovation, du design et du produit chez Nike, répond sans détour: « L’air reste essentiel, car il offre un amorti léger, de la réactivité et un retour d’énergie, tout en conservant ses performances sur l’ensemble du marathon. Cela signifie que les coureurs peuvent profiter d’une sensation de course plus constante, du premier au vingt-sixième mile. »

C’est précisément là que Nike prend le contre-pied d’adidas. L’Adizero Adios Pro Evo 3, la chaussure du premier sub-2 h, pèse à peine plus de 97 grammes et mise tout sur la légèreté. Nike, elle, mise sur l’énergie restituée, quitte à ne pas gagner la bataille de la balance. Deux philosophies opposées que seuls les chronos départageront.

Autre surprise : la géométrie.

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Zéro drop. 40 millimètres d’épaisseur au talon comme à l’avant-pied.

La plupart des chaussures de compétition inclinent le pied vers l’avant. L’Apex, elle, le pose à plat sur un matelas haut et uniforme. Le règlement de World Athletics plafonne justement la hauteur de semelle à 40 millimètres sur route. Nike respecte donc la limite autorisée, au millimètre près.

Nike Apex, quatre bulles d'air pour repousser les limites du marathon

La mousse ZoomX LT travaille avec une plaque carbone Flyplate surélevée

Sous les bulles, on trouve une nouvelle mousse. La ZoomX LT est présentée comme plus souple, plus légère et plus dynamique que la ZoomX classique qui a fait la réputation des super-chaussures de la marque. Au-dessus des unités d’air se trouve une plaque en fibre de carbone Flyplate surélevée, dessinée en vague inversée. Son rôle ? Elle envoie la charge directement dans les bulles tout en poussant le pied vers l’avant et en le stabilisant.

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Ajoutez à cela une semelle extérieure plus large et un profil en bascule. L’objectif est clair. Aider le coureur à tenir son allure quand les jambes commencent à flancher, vers le trentième kilomètre, là où les marathons se gagnent et se perdent.

Reste le caoutchouc. Nike a disposé ses gommes GOATEK et Fast Shot uniquement dans les zones qui en ont besoin. Pas un gramme superflu.

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Le Flyknit X enveloppe le pied sans semelle de propreté

Le dessus suit la même logique d’économie. Tige en Flyknit X légère et respirante, col en maille ajusté, pas de semelle de propreté. Le pied se retrouve enveloppé comme dans un gant. Nike promet qu’on oublie la chaussure une fois les lacets serrés. C’est d’ailleurs le plus beau compliment qu’on puisse faire à une paire de chaussures de course.

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Jacob Kiplimo ne dit pas autre chose. Le coureur ougandais a porté des prototypes ces derniers mois, et pas lors de sorties tranquilles. « J’ai fait confiance aux prototypes Nike lors de certaines des courses les plus importantes de ma carrière ces derniers mois, du record du monde du semi-marathon battu à Lisbonne au marathon le plus rapide de ma vie à Londres. Les meilleures innovations sont celles qui vous permettent de moins penser à ce qui se passe sous vos pieds et davantage au défi qui vous attend. C’est ce que fait la Nike Apex. »

Ce témoignage mérite un peu de contexte. Son record de Lisbonne, 57 min 20 s en mars, a depuis été effacé par Kejelcha à Buenos Aires, en attente d’homologation. Et ce marathon de Londres, bouclé en 2 h 00 min 28 s, s’est soldé par une troisième place, derrière deux coureurs chaussés d’adidas. Un résultat flatteur pour Kiplimo, beaucoup moins pour Nike.

Nike Apex, quatre bulles d'air pour repousser les limites du marathon

Nike Apex à 350 dollars, Alphafly 4 à 280 dollars et Swooshfly à 145 dollars

Nike ne lâche pas l’Apex seule dans la nature. Elle coiffe une gamme de compétition en trois marches. Tout en haut, l’Apex, pour l’élite qui vise le chrono absolu, est proposée à 350 dollars. Juste en dessous, l’Alphafly 4, plus polyvalente, qui cherche le juste milieu entre réactivité, confort et stabilité, est proposée à 280 dollars. Puis, la Swooshfly, porte d’entrée à 145 dollars, pour ceux qui découvrent la course et veulent s’y présenter amortis et confiants. Cette gamme a aussi une lecture commerciale : Nike relève son plafond de prix d’un côté et ouvre de l’autre le segment des super-chaussures à un public qui n’y avait pas accès.

Pour justifier cette ambition, McCartney remonte loin dans le temps: « Depuis des décennies, Nike s’associe aux coureurs pour mieux comprendre les exigences du marathon et transformer ces enseignements en nouvelles solutions de performance. L’évolution de la technologie Air a été au cœur de ce parcours, servant de catalyseur à certaines des avancées les plus importantes en matière de performance en course à pied et aidant à propulser ce sport dans une nouvelle ère de vitesse. Apex s’appuie sur cet héritage et représente l’un des plus grands bonds que nous ayons jamais réalisés dans le marathon, en réunissant tout ce que nous avons appris sur la vitesse, l’efficacité, l’endurance et l’innovation propulsée par l’Air, dans un système conçu pour aider les coureurs à gagner chaque seconde possible. »

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Le discours est rodé. Il s’appuie sur un passé réel, des pointes taillées à la main par Bill Bowerman, cofondateur de la marque, aux premières super-chaussures apparues il y a un peu plus de dix ans. Celles-ci avaient bouleversé les chronos. L’Apex veut rejouer le même coup.

Nike Apex, quatre bulles d'air pour repousser les limites du marathon

La Nike Apex vise l’élite, mais ses innovations intéressent tous les coureurs

Soyons honnêtes. La Nike Apex s’adresse d’abord aux marathoniens capables de descendre sous les 2 h 05. Faut-il la snober quand on boucle le marathon de Paris en 3 h 30 ? Pas forcément. Les chaussures de pointe d’aujourd’hui finissent souvent par inspirer celles qu’on achète deux saisons plus tard. Et pour les passionnés de sneakers, cette semelle aux bulles empilées a déjà tout d’une silhouette à collectionner.

En France, Nike n’a pas encore communiqué de tarif. La marque aligne toutefois souvent ses prix de running à peu près euro pour dollar : l’Alphafly 3 était ainsi passée de 285 dollars à environ 300 euros chez nous. Il faut donc s’attendre à une Apex autour de 350 à 380 euros (estimation non officielle). Sa sortie est annoncée en janvier 2027, sans date précise pour l’instant, sur nike.com, l’application Nike et chez une sélection de revendeurs.

D’ici là, une certitude s’impose. Le marathon n’a pas fini de rétrécir.

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