Il y a des maisons qui résistent à l’air du temps non par entêtement, mais par conviction profonde. MSGM printemps 2027 est de celles-là. Présentée à Milan dans la galerie Ordet, la nouvelle collection de Massimo Giorgetti marque une étape décisive – première approche unisexe de la marque, matières rehaussées, refus assumé du « quiet luxury » – sans jamais renier l’énergie qui a fait la singularité de la griffe depuis 2009. Un tournant que le créateur a pris sans coup d’éclat. C’est souvent le signe que c’est le bon.

L’invitation portait deux mots : « Oh, Somewhere ». Une formule qui, loin d’être anodine, trahit l’état d’esprit dans lequel Giorgetti aborde cette nouvelle phase de la marque, après des changements récents dans sa structure actionnariale, ses équipes et sa distribution. Le fonds Style Capital a en effet discrètement renforcé sa position au capital de MSGM, à la suite du départ du groupe de fabrication Manifattura Paoloni. Cette restructuration, loin de fragiliser le projet, semble avoir redonné au fondateur la liberté qu’il réclamait.
La présentation s’est tenue à l’Ordet, la galerie d’art milanaise dont Giorgetti est le principal mécène depuis ses débuts. Ce lieu n’était pas un simple décor : il illustre l’attachement durable du créateur à la scène artistique contemporaine et la façon dont cette proximité avec les artistes a façonné son approche de la mode. On ne choisit pas une galerie au hasard. On la choisit parce qu’elle dit quelque chose de soi.

Cette saison, Giorgetti a commandé à l’artiste californien P. Staff un remontage de Hevn, une œuvre immersive qui mêle cinéma numérique et analogique, animation peinte à la main et sons industriels. Projetée autour des mannequins, l’installation créait un contrepoint déconcertant face à la légèreté de la collection. Le travail de P. Staff explore les thèmes du rêve, de l’ivresse et de l’épuisement, autant d’états que la mode de Giorgetti ne connaît pas. Son registre reste délibérément optimiste.
C’est d’ailleurs là sa signature la plus constante. Dans une industrie traversée par l’incertitude, il n’a pas le réflexe de se replier dans le cynisme. Il mise sur la couleur et la légèreté, des vêtements conçus pour remonter le moral. Ce n’est pas de la naïveté. C’est un choix.
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Pour la première fois, la marque a adopté une approche unisexe, présentant simultanément les collections Resort 2027 pour femme et Printemps 2027 pour homme. Les références circulent librement, passant du preppy anglais au western américain, en passant par la coupe italienne, le tartan et les imprimés tie-dye. On y trouve des paisleys néon, une multitude de rayures souvent superposées dans une même tenue, ainsi que des vestes western à clous côtoyant des ensembles en tweed. Des codes connus, travaillés avec une nouvelle maturité.
Car c’est précisément là que réside l’ambition de cette collection : des codes familiers, mais abordés avec une patine plus aboutie, signe d’une volonté d’élever le niveau d’exigence du produit. Les pièces phares témoignent de cette attention particulière : des trenchs à inserts en cuir régénéré, des vestes zippées à carreaux en double épaisseur, des mailles hybrides et des pièces en satin qui apportent de la fluidité aux robes en popeline et aux vestes en tweed habituelles de la maison.

Le choix de présenter des mannequins statiques plutôt que vivants avait également son sens : il montrait que les costumes, les polos rugby et les chemises rayées brodées pouvaient s’adresser à tout le monde. Homme ou femme, la question est secondaire. Ce qui compte, c’est l’envie de porter.
Roberta Benaglia, PDG de MSGM et fondatrice de Style Capital, a résumé sans détour la période passée : « Nous sommes une entreprise colorée et audacieuse, et dans un monde où le beige était devenu le nouveau noir et où le « quiet luxury » s’était imposé à tous les niveaux de prix, il n’était pas facile de trouver notre place. » La marque n’a pas cédé. Et c’est peut-être ce qui lui vaut aujourd’hui une nouvelle crédibilité.
Fondée en 2009, MSGM repose sur une idée simple mais tenace : la légèreté n’est pas synonyme de superficialité. « Leggerezza non è superficialità » peut-on lire sur certains de ses t-shirts iconiques. Quinze ans plus tard, le message n’a pas changé. Ce qui a changé, c’est la façon de le porter.
Cette collection n’est qu’un premier pas dans le nouveau voyage de Giorgetti. Elle indique clairement la direction que Giorgetti souhaite prendre : revenir aux fondamentaux de sa marque tout en les réinterprétant avec une conscience nouvelle, plus mûre, sans jamais trahir l’énergie jeune qui est la marque de fabrique du créateur comme de sa griffe.
Dans un secteur qui aime les coups d’éclat, Giorgetti a choisi la continuité. C’est souvent plus difficile.



















