| Ferrari Hypersail a dévoilé ce dimanche 20 septembre 2026 les trois premiers membres de son équipage : Giulia Conti, Shannon Falcone et Enrico Voltolini. Le projet, lancé en 2023, développe un monocoque à foils de 100 pieds (30 mètres) dessiné par l’architecte naval Guillaume Verdier. Sa mise à l’eau est prévue dans les prochains mois, avec un premier programme d’essais fixé pour début 2027. |
Un cheval cabré qui vole au-dessus de l’eau plutôt que sur le bitume : telle est l’image que Ferrari cultive depuis ce dimanche, jour où la marque a dévoilé les trois premiers membres d’équipage de son projet Hypersail. Giulia Conti, Shannon Falcone et Enrico Voltolini ne sont pas de simples recrues sportives : ils forment le noyau d’un pari technique que Maranello n’avait encore jamais tenté, à savoir transposer sur l’océan l’obsession de la précision qui fait sa réputation sur circuit.
L’annonce n’a rien d’improvisé. Depuis 2023, le constructeur italien prépare en silence, dans un chantier naval tenu secret, un monocoque à foils de 30 mètres dessiné par l’architecte naval français Guillaume Verdier, déjà responsable de plusieurs coques d’IMOCA et de bateaux de la Coupe de l’America. Sa mise à l’eau est attendue dans les prochains mois, avec un premier programme d’essais prévu pour le début de l’année 2027. D’ici là , la mission de ce trio est simple à énoncer et vertigineuse à exécuter : transformer un concept technique ambitieux en machine capable de tenir la mer.
| 📌 Repères clés |
|---|
| ⛵ Ferrari Hypersail est un monocoque à foils de 100 pieds dessiné par l’architecte naval français Guillaume Verdier. 👥 Giulia Conti, Shannon Falcone et Enrico Voltolini constituent les trois premiers membres annoncés de l’équipe Ferrari Hypersail. ⚙️ Le bateau doit utiliser une quille basculante à foil, un safran porteur et des foils latéraux pendulaires pour naviguer principalement au-dessus de l’eau. 🔋 Ferrari vise une autonomie énergétique complète du voilier pendant la navigation, sans source extérieure d’énergie. 📅 Les premiers essais de Ferrari Hypersail sont annoncés pour le début de 2027 après une mise à l’eau attendue dans les prochains mois. |
Ferrari Hypersail mise sur un monocoque Ă foils de 100 pieds
Hypersail ne ressemble à aucun autre voilier de course au large. Sa coque, inspirée des AC75 de la Coupe de l’America, doit passer l’essentiel de son temps hors de l’eau, portée par trois points d’appui : une quille basculante équipée d’un foil, un safran à plan porteur et des foils latéraux pendulaires qui alternent selon le bord. Le tout fonctionne, en théorie, en autonomie énergétique totale, sans dépendre d’une source extérieure durant la navigation – une exigence directement héritée de la culture Ferrari en compétition automobile, où chaque watt gagné se traduit en performance.
Ce choix technique explique le profil recherché par l’équipe de conception. Il ne suffisait pas de recruter de bons barreurs : Ferrari voulait des marins capables de comprendre un bateau pensé comme un laboratoire flottant et de faire remonter des informations exploitables aux ingénieurs de Maranello.
Enrico Voltolini reliera les essais en mer aux ingénieurs de Maranello

Nommé chef de projet en avril dernier après avoir rejoint Hypersail en 2025, il incarne cette double culture. Ingénieur naval de formation, il a également mené une carrière de navigateur de haut niveau, avec deux participations aux Jeux olympiques dans les classes Star et Finn, un titre de champion d’Europe et trois titres nationaux italiens. Son parcours en America’s Cup, entamé en 2018 chez Luna Rossa Prada Pirelli comme régleur et grinder, s’est poursuivi en 2024 avec un rôle de capitaine sur l’AC40, vainqueur de la première Youth America’s Cup.
Sa mission chez Ferrari dépasse largement la coordination sportive : Voltolini supervise la constitution de l’équipe de voile et fait le lien permanent entre les opérations en mer et le centre technique de Maranello. Les données récoltées lors des essais devront transiter par lui avant d’alimenter les choix d’ingénierie. « Avec Ferrari Hypersail, nous nous lançons dans une aventure sans précédent dans le monde de la voile », a-t-il déclaré lors de la présentation, ajoutant que pousser un bateau comme celui-ci à son niveau maximal demande bien plus que du talent pur à la barre : l’intelligence nautique associée à la maîtrise d’une technologie inédite en pleine mer fait toute la différence.
Giulia Conti prendra en charge les systèmes de vol et l’automatisation

Aux côtés de Voltolini, l’arrivée de Giulia Conti n’a surpris personne dans le milieu. Née à Rome en 1985, l’Italienne a participé quatre fois aux Jeux olympiques en tant que barreuse, entre Athènes 2004 et Rio 2016, dans les classes Yngling et 470, puis dans la classe 49er FX à partir de 2013. C’est dans cette dernière catégorie qu’elle a bâti sa réputation, décrochant l’or aux championnats d’Europe et du monde en 2015 aux côtés de sa coéquipière Francesca Clapcich.
Son fait d’armes le plus marquant reste toutefois plus récent : en 2024, elle a mené l’équipage de Luna Rossa Prada Pirelli à la victoire lors de la toute première édition de la Coupe de l’America féminine. Cette expérience du 49er FX lui confère une sensibilité particulière pour ce que les marins appellent « voler sur l’eau », compétence aujourd’hui indispensable sur des coques ultraperformantes comme celle d’Hypersail.
Chez Ferrari, Conti sera chargée de la gestion des systèmes de vol et de l’automatisation à bord, ainsi que de la planification des essais sur simulateur et en mer. Un rôle exigeant qu’elle a accepté avec une lucidité qui tranche avec l’enthousiasme habituel de ce genre d’annonce : « Faire partie de Ferrari Hypersail est un défi incroyable, cela signifie contribuer à tracer une nouvelle voie pour la voile », a-t-elle expliqué. Selon elle, l’objectif est de faire en sorte que la technologie ne remplace jamais l’intuition humaine, mais qu’elle permette au contraire aux navigateurs de pousser le bateau à son maximum dans toutes les situations.
Shannon Falcone supervisera les opérations en mer et la sécurité

Le troisième nom dévoilé, Shannon Falcone, apporte une expérience différente, forgée lors des traversées les plus dures de la planète. Né en Angleterre en 1981, il a grandi sur l’eau, ou plutôt dans l’eau, puisqu’il a traversé l’Atlantique pour la première fois à seulement trois ans, à bord d’un voilier familial en route vers Antigua. Il a débuté la compétition dans la classe Star aux côtés de son père, l’olympien Carlo Falcone, avec lequel il a disputé trois championnats du monde consécutifs entre 1998 et 2000.
Sa carrière s’est ensuite construite autour de la course au large et de l’America’s Cup, deux mondes qu’il a su concilier sans jamais en sacrifier un pour l’autre. Il compte six participations à la Coupe de l’America, de ses débuts avec Mascalzone Latino en 2003 à ses deux victoires avec Oracle Team USA en 2010 et 2013, en passant par des passages chez Luna Rossa. Côté large, il a participé à plusieurs éditions de la Volvo Ocean Race, a terminé deuxième en 2008-2009 à bord de PUMA, puis a rejoint l’équipage du maxi-monocoque Comanche en 2015 — bateau avec lequel il a établi le record toujours invaincu de la traversée transatlantique entre Ambrose Light (New York) et le cap Lizard (Royaume-Uni), tout en remportant les courses Sydney-Hobart et Transpacifique.
Chez Ferrari, Falcone n’occupera pas uniquement un poste à bord : il coordonnera aussi l’équipe à terre, avec une responsabilité spécifique sur les opérations en mer et la définition des procédures de sécurité. « La navigation hauturière exige une organisation rigoureuse, une préparation constante et l’application des normes de sécurité les plus élevées », a-t-il rappelé lors de la présentation, avant d’ajouter que la synergie entre l’équipe à terre et l’équipage à bord ne représente pas un simple soutien opérationnel, mais la condition même permettant au monocoque d’exprimer tout son potentiel en mer.
Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.
Ferrari réunit trois expertises pour maîtriser un monocoque volant
Ce qui frappe dans la présentation de ces trois profils, c’est la cohérence recherchée par Ferrari. Aucun des trois n’a été choisi uniquement pour son palmarès. Voltolini apporte la passerelle technique entre l’eau et l’usine. Conti maîtrise l’automatisation et le comportement dynamique d’un bateau volant. Falcone, lui, connaît par cœur la gestion du risque en haute mer. Trois compétences distinctes réunies pour répondre à un même défi : faire voler un monocoque de 100 pieds sans jamais perdre le contrôle.
Le communiqué officiel de la marque résume assez bien la philosophie du projet en rappelant que l’innovation technologique et l’expertise humaine ne sont pas des éléments distincts chez Hypersail, mais les composantes d’un même système intégré. Une formule qui pourrait sembler convenue si elle ne correspondait pas, dans les faits, au choix concret de recrutement effectué par Ferrari.
Les premiers essais de Ferrari Hypersail sont prévus début 2027
Il reste maintenant à transformer cette annonce en résultats concrets. Le bateau, actuellement en construction en Italie, devrait être mis à l’eau dans les prochains mois. Sa coque a été fermée début 2026 et des panneaux solaires ont depuis été installés sur une grande partie du pont, confirmant ainsi l’ambition d’autonomie énergétique totale du projet. Selon Marco Guglielmo Ribigni, responsable technique de Ferrari Hypersail, ce voilier a pour objectif de devenir le premier monocoque à foils de course au large à atteindre une autonomie énergétique complète. Les essais sur simulateur ont déjà commencé sous la supervision directe de Giulia Conti.
Le programme de compétition n’a pas encore été détaillé dans son intégralité, mais les regards se tournent naturellement vers le Trophée Jules Verne, record du tour du monde en équipage que le fondateur du projet, Giovanni Soldini, vise ouvertement depuis l’annonce initiale du bateau. Un objectif à la hauteur des ambitions affichées par Ferrari : sortir du monde de la course automobile pour aller chercher, sur l’océan, une autre forme de records que le circuit ne pourra jamais offrir.
Pour l’instant, l’équipage se concentre sur l’essentiel : apprendre à connaître un bateau qui n’existe dans aucune autre configuration de course au large. Les prochains mois diront si le pari technique de Maranello, associé à l’expérience de ces trois marins, suffira à faire d’Hypersail une machine à records. Une chose est sûre : le monde de la voile observe ce projet avec une attention rarement accordée à un nouvel entrant.



