L’équipe du Japon n’est plus une surprise. Elle est même, à quelques semaines de la Coupe du Monde 2026, l’une des nations asiatiques les plus redoutées de la planète football. Les Samouraïs Bleus débarquent aux États-Unis avec une génération de joueurs évoluant dans les plus grands clubs européens, un bilan récent impressionnant et l’ambition affichée de ne plus s’arrêter aux huitièmes de finale. Depuis 1998, le Japon a disputé sept Coupes du monde. Jamais il n’a dépassé le dernier carré du premier tour à élimination directe. Cette fois, quelque chose a changé.
Le Japon impose déjà son rythme mondial
Le Japon est le premier pays, hors nations hôtes, à avoir décroché son billet pour la Coupe du monde 2026. Une victoire face au Bahreïn (2-0) en mars 2025 a suffi à officialiser une qualification qui, dans les faits, ne faisait guère de doute, tant la sélection de Hajime Moriyasu écrase ses adversaires asiatiques. Ce statut de qualifié précoce en dit long sur le niveau atteint par cette équipe : elle ne lutte plus pour sa place, elle impose son rythme.
Depuis la Coupe du monde 2022 au Qatar, les Samouraïs Bleus ont battu l’Allemagne, le Brésil, l’Angleterre et l’Espagne. Ce ne sont pas des résultats anecdotiques. Ce sont des victoires contre les poids lourds du football mondial, obtenues grâce à une organisation défensive solide et à une réelle efficacité offensive. En mars dernier, à Wembley, le Japon a battu l’Angleterre 1-0 grâce à un but de Kaoru Mitoma. Thomas Tuchel, le sélectionneur anglais qui n’avait pas connu la défaite lors de toute sa campagne de qualification, essuyait là sa deuxième contre-performance depuis sa prise de fonctions. Pour une rencontre amicale, cette humiliation avait la saveur d’un avertissement.
Mitoma absent, un équilibre offensif à reconstruire
Tout cela, c’était avant la mauvaise nouvelle. Kaoru Mitoma, ailier de Brighton et figure emblématique de cette génération, s’est blessé aux ischio-jambiers lors de la victoire de son club contre Wolverhampton en mai dernier. Le diagnostic est sans appel : il manquera la Coupe du monde 2026. C’est un coup dur, difficile à minimiser. Mitoma était l’homme en forme, l’électron libre capable de déséquilibrer n’importe quelle défense en deux touches de balle. Il avait déjà été blessé à la cheville en début de saison, et cette rechute aux ischio-jambiers survient au pire moment.
Pour le Japon, perdre Mitoma, c’est perdre un titulaire indiscutable, un joueur de l’élite de la Premier League, qui marquait justement à Wembley quelques semaines avant de se blesser. La douleur est réelle. Mais le groupe japonais a les ressources humaines pour y répondre.
Kubo devient le nouveau visage de l’ambition japonaise
Takefusa Kubo, âgé de 24 ans, a pris la parole publiquement pour assumer la responsabilité qui lui incombe désormais. « La blessure de Mitoma est tellement décevante. Je l’ai contacté directement. C’est une période difficile pour lui. C’est un joueur tellement important », a-t-il déclaré, cité par les médias japonais. « Je veux porter les sentiments de Mitoma avec moi et donner tout ce que j’ai, avec un sens des responsabilités encore plus grand. »
Des mots forts. Et un joueur qui a les épaules pour les porter. À la Real Sociedad, Kubo a vécu une saison solide, disputant 27 rencontres toutes compétitions confondues et contribuant activement aux performances de son équipe. En janvier, il avait lui aussi été victime d’une blessure aux ischio-jambiers qui l’avait éloigné des terrains pendant près de deux mois. Il est de retour. Il est prêt. L’ailier droit japonais possède la technique, la vitesse et le sens du dribble nécessaires pour mettre à mal les défenses adverses. Sur le flanc gauche, Mitoma avait le feu sacré. Sur le flanc droit, Kubo a la finesse. L’attaque japonaise ne sera pas orpheline.
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Un milieu européen taillé pour les grands rendez-vous
Ce qui frappe dans cette équipe, c’est la densité du milieu de terrain. Wataru Endo, leader reconnu, apporte la structure défensive et le leadership vocal. Daichi Kamada, de Crystal Palace, est le créateur de jeu, celui qui voit le jeu avant les autres. Enfin, Ao Tanaka, de Leeds United, incarne l’énergie et l’engagement physique dans les duels. Trois profils différents, trois apports complémentaires, une armature solide.
En défense, le retour de Takehiro Tomiyasu est une excellente nouvelle. L’ancien joueur d’Arsenal, désormais à l’Ajax Amsterdam, n’avait plus porté le maillot des Samouraïs Bleus depuis près de deux ans, en raison d’une série de pépins physiques. Sa présence dans la liste des 26 est un signal clair : le sélectionneur, Moriyasu, voulait son expérience et sa polyvalence pour ce tournoi.
Une animation offensive séduisante malgré une faille persistante
Sur le front de l’attaque, Daizen Maeda a réalisé une saison remarquable avec le Celtic, inscrivant 14 buts et offrant six passes décisives en championnat, dont un but décisif lors du dernier match qui a contribué au sacre écossais. Il peut évoluer en pointe ou sur l’aile gauche, ce qui offre des options tactiques au sélectionneur.
Cependant, l’absence d’un véritable avant-centre de classe mondiale reste la principale limite offensive de cette équipe. Lorsque le Japon joue en contre-attaque, l’absence d’un attaquant de référence capable de peser physiquement dans la surface peut se révéler coûteuse face à des défenses bien organisées. C’est un point à surveiller lors des matchs à enjeu direct.
Le groupe F place immédiatement le Japon sous pression
Le Japon est dans le groupe F avec les Pays-Bas, la Tunisie et la Suède. Le premier match, contre les Pays-Bas le 14 juin à Dallas, sera un test. Les Oranje sont une nation de premier plan capable de jouer à haute intensité. Ce match permettra de mesurer le niveau des Samouraïs Bleus par rapport à l’élite européenne.
La Tunisie et la Suède ne devraient pas poser les mêmes problèmes sur le papier. Mais le football a cette fâcheuse tendance à punir les équipes qui se laissent aller à la confiance excessive. Moriyasu le sait. La qualification pour le tour suivant semble à la portée du Japon. La vraie question est de savoir ce que la sélection fera ensuite.
Le Japon face à son dernier verrou psychologique
Sept participations à la Coupe du monde. Quatre fois les huitièmes de finale. Jamais plus loin. En 2022, malgré des victoires spectaculaires face à l’Espagne et à l’Allemagne, les Samouraïs Bleus se sont de nouveau heurtés à la Croatie lors de la séance de tirs au but. Ce mur psychologique existe. Il se construit match après match, élimination après élimination. Pour cette génération, qui est probablement la plus talentueuse que le Japon ait jamais alignée, franchir ce cap ne serait pas une surprise. Ce serait une confirmation.
Les Japonais vont devoir gérer le poids de ce palmarès qui ne va jamais assez loin sur le terrain. Pas en en parlant, mais en jouant. Et cette Coupe du monde 2026, avec ses matchs à Dallas et à Monterrey, leur offre justement l’occasion d’écrire une nouvelle page.
Équipe du Japon complète
Gardiens : Zion Suzuki, Keisuke Osako, Tomoki Hayakawa.
Défenseurs : Yuto Nagatomo, Shogo Taniguchi, Ko Itakura, Tsuyoshi Watanabe, Takehiro Tomiyasu, Hiroki Ito, Ayumu Seko, Yukinari Sugawara, Junnosuke Suzuki.
Milieux de terrain : Wataru Endo, Junya Ito, Daichi Kamada, Ritsu Doan, Ao Tanaka, Kaishu Sano, Takefusa Kubo, Yuito Suzuki.
Attaquants : Daizen Maeda, Koki Ogawa, Ayase Ueda, Keito Nakamura, Kento Shiogai, Keisuke Goto.



