Ce secret de polichinelle était connu depuis plusieurs semaines. Ce mercredi, l’information est devenue officielle : la maison florentine Gucci, propriété du groupe Kering, a annoncé un partenariat avec l’écurie Alpine Formula One Team. Dès 2027, pour le championnat du monde de Formule 1 de la FIA, l’écurie courra sous le nom de Gucci Racing Alpine Formula 1 Team et arborera les couleurs de Gucci. Les termes financiers de cet accord pluriannuel n’ont pas été divulgués. Mais qu’importe les chiffres. Ce qui compte, c’est ce que ce rapprochement représente pour le sport automobile, pour la mode et pour tous ceux qui considèrent la Formule 1 non seulement comme une discipline technique, mais aussi comme un spectacle global.
Gucci signe l’entrée du luxe au sommet de la F1
Ce partenariat est historique : Gucci devient la première maison de luxe de mode à devenir partenaire titre en Formule 1. Ce n’est pas rien. Depuis des années, le monde de la mode rôde autour du paddock, curieux et attiré. Louis Vuitton, Tommy Hilfiger, Hugo Boss ou encore Puma ont tous signé des accords avec des écuries ou des pilotes. Mais aucune grande maison n’avait osé franchir le pas du partenariat titre. Gucci l’a fait. Et ce n’est pas une décision anodine.
Francesca Bellettini, présidente-directrice générale de Gucci, a déclaré que ce partenariat reflétait l’ambition de la marque et le rôle qu’elle souhaite jouer dans ce milieu. La Formule 1 représente aujourd’hui une convergence unique entre performance, culture et rayonnement mondial. Elle a également précisé, lors d’une conférence de presse au siège parisien de Kering, que ce projet dépassait largement la simple présence visuelle sur les flancs d’une monoplace. « Ce n’est pas seulement mettre un logo sur une voiture ou un casque. C’est un véritable partenariat qui implique une collaboration à 360 degrés », a-t-elle affirmé.
Ce que cela signifie concrètement, on le verra se déployer progressivement. Des contenus, des produits, des expériences clients haut de gamme, des engagements exclusifs… Gucci Racing se présente comme une plateforme à part entière, et non comme une simple opération de communication.
Demna prépare une nouvelle esthétique pour Alpine
Le directeur artistique de Gucci, le Géorgien Demna, sera directement impliqué dans la création de cette nouvelle identité. Alpine a déclaré qu’elle « concourrait dans les couleurs Gucci » dès le début de la saison 2027. Un changement radical après plusieurs années sous les couleurs roses de l’ancien partenaire titre, BWT.
Bellettini a confirmé que Demna était un fan de Formule 1 : « Vous pourrez voir, au fil du temps, à quel point sa créativité s’exprimera dans le paddock, sur la grille de départ et dans tout ce que nous allons faire. » Un créateur réputé pour ses partis pris audacieux, son goût pour la subversion esthétique et sa capacité à bousculer les codes. Reste à savoir ce que cela donnera sur une monoplace lancée à 300 km/h.
Luca de Meo orchestre le rapprochement entre Gucci et Alpine
Pour comprendre comment ce partenariat a vu le jour, il faut s’intéresser à une personne en particulier. Luca de Meo, l’ancien directeur général de Renault, a été nommé PDG de Kering, la maison mère de Gucci, en septembre 2025. Durant ses cinq années à la tête du groupe Renault, il a joué un rôle déterminant dans le développement du programme de Formule 1 d’Alpine. Sa nomination à la tête de Kering a donc rendu ce rapprochement presque inévitable. Il connaît Alpine de l’intérieur. Il connaît Gucci depuis qu’il en est l’actionnaire majoritaire.
De Meo a lui-même expliqué sa vision : « La Formule 1 a évolué bien au-delà du sport pour devenir l’une des plateformes de contenu premium les plus puissantes au monde, atteignant plus de 1,5 milliard de personnes chaque saison et inspirant un public en forte expansion, plus jeune et de plus en plus féminin. » Pour lui, c’est une évidence : une marque de luxe qui cherche à toucher les nouvelles générations ne peut plus se passer de la Formule 1.
Briatore relance l’idée d’une F1 façonnée par la mode
Flavio Briatore, conseiller exécutif de l’équipe Alpine F1, a exprimé sa fierté d’accueillir une marque aussi prestigieuse que Gucci en tant que partenaire titre. Il se dit enthousiaste quant aux perspectives qu’ouvre ce partenariat et aux grandes choses qu’ils peuvent accomplir ensemble à l’échelle mondiale.
L’Italien de 76 ans n’est pas arrivé dans le monde de la Formule 1 par hasard. Avant de devenir le patron redouté de Benetton, puis de Renault, il avait contribué massivement au développement de la marque aux États-Unis, où 800 boutiques avaient ouvert leurs portes. C’est précisément cette expérience dans le monde de la mode qui lui a ouvert les portes du paddock. En 1991, il a engagé Michael Schumacher sous les couleurs de Benetton. Les titres mondiaux ont suivi en 1994 et 1995. La mode avait gagné.
« L’écurie d’Enstone a une longue tradition qui consiste à faire les choses différemment des autres, et elle a déjà prouvé que la mode pouvait finir première en Formule 1 », a-t-il rappelé, avec la satisfaction tranquille de quelqu’un qui a vécu cette histoire de l’intérieur.
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La nouvelle audience de la F1 attire les maisons de luxe
Ce qui rend cette alliance particulièrement intéressante, c’est le moment choisi. La Formule 1 connaît en effet depuis quelques années une transformation démographique sans précédent. Briatore lui-même l’a confié : l’âge moyen des fans de F1 a pratiquement été divisé par deux en cinq ans. Les jeunes regardent, les femmes regardent. Et cet engouement est en grande partie dû aux réseaux sociaux, aux pilotes comme Pierre Gasly, qui court pour Alpine, et bien sûr à la série Drive to Survive sur Netflix.
François Provost, le PDG de Renault Group, a quant à lui exprimé l’espoir que Gucci aide Alpine à progresser auprès des consommatrices, qui influencent 70 % de tous les achats automobiles. Ce n’est pas un détail. Derrière la beauté du geste commercial se cache une stratégie froide et précise.
Gucci cultive depuis longtemps son imaginaire automobile
Bellettini l’a rappelé lors du point presse : Gucci et l’automobile entretiennent une longue relation. « En 1970, Gucci a été la première marque de luxe à créer un partenariat avec AMC pour concevoir ensemble une voiture de sport, et cette collaboration allait bien au-delà d’une simple personnalisation. » Les collaborations avec Cadillac, Rolls-Royce et Fiat sont là pour en témoigner. Gucci Racing Alpine Formula 1 Team n’est donc pas une rupture, mais une prolongation logique d’un ADN tourné vers la vitesse et le prestige.
Alpine accélère au moment idéal
Le moment est bien choisi pour l’écurie française. Après quatre courses du championnat 2026, Alpine se classe cinquième du classement des constructeurs avec 23 points, une progression significative. Il s’agit de son meilleur total de points en début de saison. Le prochain rendez-vous est le Grand Prix de Monaco, prévu le 7 juin. Un cadre qui sied à merveille à une écurie désormais liée à l’une des maisons de mode les plus connues au monde.
Ce partenariat est décrit comme une « nouvelle plateforme stratégique et expérientielle, construite autour des valeurs de la performance, de la précision, de la discipline et de l’excellence, à la croisée du luxe et du sport ». Les mots sont soigneusement pesés. La Formule 1 en a l’habitude. Mais cette fois, derrière les formules, il y a quelque chose de tangible : un double G sur une monoplace en 2027, et la certitude que la mode a une nouvelle fois trouvé sa piste.



