La série Harry Potter de HBO sera-t-elle plus fidèle aux livres que les films originaux ?

À l'heure où HBO dévoile les premières images de son reboot, la question de la fidélité aux livres devient centrale pour les fans de la première heure.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
10 Minutes de lecture
© Photo : Warner Bros.

La question s’est posée dès l’annonce du projet : à quoi bon refaire Harry Potter ? Les films de Chris Columbus, puis ceux d’Alfonso Cuarón, de Mike Newell et de David Yates ont marqué toute une génération. Et pourtant, HBO s’y colle avec une ambition précise : être enfin fidèle aux romans de J. K. Rowling. La première bande-annonce de la série Harry Potter, qui vient d’être tout juste dévoilée, a relancé le débat entre la série à venir et les huit films qui l’ont précédée.

Pourquoi le format série change profondément l’adaptation de Harry Potter ?

C’est là que tout commence. Un film, même généreux, dispose de deux heures et demie pour raconter un livre de cinq cents pages, voire davantage. Une série HBO, elle, dispose d’une saison entière par tome. Ce format change radicalement la donne. Chaque livre reçoit l’espace narratif qui lui est dû : des sous-intrigues abandonnées, des personnages secondaires sacrifiés sur l’autel du montage ou des scènes fondamentales réduites à l’état de répliques expédiées peuvent ainsi retrouver leur place.

Prenons un exemple concret. Dans L’École des sorciers, Harry rencontre Drago Malefoy pour la première fois chez Madame Malkin, la couturière du Chemin de Traverse. Cette scène, absente du film de Columbus, pourrait bien figurer dans la série : selon des informations de Redanian Intelligence, l’actrice Naomi Wirthner aurait été choisie pour jouer ce rôle. Un détail en apparence mineur, mais qui en dit long sur l’intention de la production. La série entend restituer ce que les films ont dû laisser de côté.

La série HBO face à l’héritage des films et aux attentes du public

L’homme qui a posé les fondations cinématographiques de Poudlard n’a pas tardé à donner son avis. Sur le podcast The Rest Is Entertainment, il a confié avoir été « quelque peu déconcerté » par les premières photos du tournage. Ce qui le troublait ? La ressemblance avec ses propres films. « À quoi ça sert ? » Cette formule, reprise abondamment en ligne, résume le malaise partagé par une partie des spectateurs ayant visionné la bande-annonce.

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Il a cependant pris soin d’ajouter qu’il ne ressentait « aucune jalousie » face à la capacité de HBO à adapter les romans sur un format plus large : « Il est temps de passer à autre chose. » Une élégance de façade peut-être, mais qui reconnaît implicitement la légitimité du projet. Les deux premiers films, qui ont été réalisés avec une attention scrupuleuse portée à l’atmosphère des livres, restent des références pour une grande partie des fans, et c’est précisément ce qui rend le travail de HBO si périlleux.

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Un retour aux années 1990 pour renforcer la cohérence avec les livres

L’un des changements les plus visibles entre les films et la série tient au cadre temporel. Les romans de Rowling se déroulent entre 1991 et 1998. Les films, tournés entre 2001 et 2011, se sont ancrés dans une esthétique années 2000 parfois difficile à définir précisément. La série de HBO opère un retour aux sources assumé : les images de tournage et la bande-annonce placent clairement l’action dans les années 1990, avec les codes vestimentaires, les objets du quotidien et l’atmosphère qui vont avec.

Ce détail compte davantage qu’il n’y paraît. L’enfance de Harry, celle de Rowling elle-même, celle que des millions de lecteurs ont projetée sur ces pages, est une enfance des années Thatcher et Major, et non des années Blair. Retrouver cette époque, c’est retrouver quelque chose de plus juste et de plus authentique, même si les spectateurs qui ont grandi avec les films pourraient trouver le décalage déstabilisant.

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Une narration plus proche des romans grâce à une voix extérieure

Autre différence de taille : la série intègrerait une voix off narrative, absente des films. Les premiers chapitres de L’École des sorciers sont écrits dans un ton légèrement humoristique, presque malicieux, qui donne au lecteur l’impression d’être guidé par un conteur bienveillant. Les films ont effacé cette dimension en choisissant de tout montrer plutôt que de raconter. La série, elle, chercherait à retrouver l’esprit du roman et se rapprocherait ainsi du matériau original d’une façon que le cinéma ne pouvait pas atteindre structurellement.

C’est un choix risqué, mais cohérent. Des séries comme Desperate Housewives ont montré que la narration extérieure pouvait créer une intimité particulière avec le spectateur, à condition que la voix soit bien choisie et que son usage reste mesuré. Tout dépendra de l’exécution.

Un casting qui donne une nouvelle dimension à des personnages déjà iconiques

Le casting est peut-être là où le fossé entre les deux adaptations est le plus émotionnellement chargé. Alan Rickman reste une référence absolue dans le rôle de Rogue ; son interprétation a marqué des générations, au point que toute comparaison semble vaine avant même d’avoir commencé. Paapa Essiedu, acteur britannique reconnu pour I May Destroy You et Black Mirror, apporte un profil très différent, ainsi qu’une polémique liée à sa couleur de peau qui a révélé les angles morts d’une partie du fandom. John Lithgow, qui interprète Dumbledore, suscite une curiosité plus sereine : après Richard Harris, décédé pendant le tournage du deuxième film, et Michael Gambon, qui a incarné un Dumbledore plus sombre et impulsif, Lithgow apporte une gravité théâtrale qui se rapproche davantage de la bienveillance décrite dans les livres.

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PersonnageFilms originauxSérie HBO
Harry PotterDaniel RadcliffeDominic McLaughlin
Hermione GrangerEmma WatsonArabella Stanton
Ron WeasleyRupert GrintAlastair Stout
Albus DumbledoreRichard Harris / Michael GambonJohn Lithgow
Severus RogueAlan RickmanPaapa Essiedu
Minerva McGonagallMaggie SmithJanet McTeer
Rubeus HagridRobbie ColtraneNick Frost

La musique au cœur de la mémoire émotionnelle des fans

Un point cristallise plus que tout autre les tensions dans les comparaisons entre films et série : la musique. La partition de John Williams pour les films originaux, avec Hedwig’s Theme en tête, est indissociable de l’univers de Poudlard pour des millions de spectateurs. Hans Zimmer composera la bande originale de la série HBO. Ce n’est pas rien : Zimmer est l’un des compositeurs les plus influents du cinéma contemporain. Mais remplacer Williams sur Harry Potter, c’est remplacer quelque chose qui dépasse le cadre de la musique. C’est toucher à la mémoire affective d’un public très attaché à ses repères sonores.

Le trailer lui-même semble utiliser une musique provisoire, qui ne convainc pas plusieurs commentateurs. « La musique du trailer est si résolument moderne qu’elle brise toute immersion. Je ne ressens ni fantaisie ni émerveillement en regardant cela », écrit l’un d’eux. Ce jugement est sans doute prématuré, car les musiques des teasers sont rarement celles de la série finale, mais le signal est là.

Ce que la série peut raconter que le cinéma ne pouvait pas montrer

La vraie promesse de la série n’est pas de faire mieux que les films. C’est de faire autrement. Autrement dit, donner de l’épaisseur à des personnages que les films effleuraient à peine. Neville Londubat, Percy Weasley, les portraits de la vie à Poudlard entre les grands événements, tout ce tissu romanesque qui constitue le charme des livres, mais qui disparaissait au montage, faute de temps. Une saison de six à dix épisodes par livre offre l’opportunité de construire ce que le format cinéma interdisait structurellement.

Les films ont eu une vertu immense : ils ont rendu Poudlard visible, concret et habitable. Ils ont créé des images qui se sont substituées, pour beaucoup de lecteurs, aux images mentales produites par les mots de Rowling. C’est un héritage encombrant autant que précieux. La série HBO devra trouver sa propre façon d’exister sans écraser ce que Columbus, Cuarón et les autres ont construit. Pas simple. Mais pas impossible.

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