Iran-Nouvelle-Zélande : un nul qui vaut bien plus qu’un point au Mondial 2026

Sous les lumières de Los Angeles, l’Iran et la Nouvelle-Zélande avancent sans retenue, portés par une foule électrique et une soirée où chaque attaque semble pouvoir renverser l’histoire.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
11 Minutes de lecture
© Photo : FIFA

Lundi soir, dans un SoFi Stadium électrisé par 70 000 spectateurs, l’Iran et la Nouvelle-Zélande ont rendu une copie que personne n’attendait. Deux buts marqués, deux fois rattrapés. Un match spectaculaire qui laisse les deux équipes avec un point chacune au classement du groupe G, mais surtout avec l’impression d’avoir assisté à un événement rare pour un premier tour de Coupe du monde.

Avant même le coup d’envoi, le contexte avait tout d’un film. L’Iran, pays en guerre depuis les frappes américano-israéliennes de février dernier, avait rejoint les États-Unis dans un contexte chaotique, avec des obstacles diplomatiques à chaque étape, et un peuple divisé jusque dans les tribunes. La Nouvelle-Zélande, elle, pointait à la 82e place du classement FIFA au début du tournoi, l’une des équipes les moins bien classées de toute la compétition. Sur le papier, le match sentait le punching-ball. Sur le terrain, ce fut tout le contraire.

Elijah Just entre dans l’histoire de la Nouvelle-Zélande

Sept minutes. Il n’a fallu que sept minutes à la Nouvelle-Zélande pour ouvrir le score. Chris Wood, l’attaquant de Nottingham Forest et capitaine des All Whites, récupère une longue balle en profondeur, contrôle proprement, avance et décale Elijah Just. Le joueur de Motherwell, âgé de 26 ans, n’hésite pas une seconde : il frappe plein cadre et loge le ballon sous la barre. Première sélection en phase finale de Coupe du monde. Premier but. Comme si c’était naturel.

Ce qu’on sait moins, c’est le chemin parcouru pour en arriver là. Né à Auckland, Elijah Just a quitté sa ville natale très jeune pour le Danemark, a joué en Autriche en deuxième division, puis a trouvé sa vitesse de croisière en Écosse, à Motherwell, sous les ordres de l’entraîneur danois Jens Berthel Askou, qui l’avait déjà dirigé au club danois de Horsens. Lundi soir, il est devenu le premier joueur de Motherwell à marquer un but en Coupe du monde. Et comme si cela ne suffisait pas, il en a ajouté un deuxième en seconde période, devenant ainsi le premier Néo-Zélandais à marquer deux fois dans un même match de Coupe du monde. Wood, lui, a compilé deux passes décisives lors de cette seule rencontre – une première également pour son pays dans la compétition.

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Statistiques du match
Temps plein
🇮🇷
2 – 2
🇳🇿
17
Tirs
14
48,3 %
Possession
51,7 %
4
Tirs cadrés
8
1
Cartons jaunes
0
0
Cartons rouges
0

Ramin Rezaeian orchestre la réponse de l’Iran

On aurait pu penser que cette ouverture du score allait plonger l’Iran dans le doute. Pas du tout. Les Iraniens ont répondu par un pressing intense et un engagement sans faille, soutenus par une majorité de supporters acquis à leur cause dans les gradins. Mehdi Taremi a frappé le poteau peu avant la demi-heure de jeu. L’égalisation était dans l’air. Elle est arrivée à la 32e minute, signée Ramin Rezaeian.

Le latéral droit de 36 ans, qui n’avait pourtant pas été le plus discret en première période, a conclu d’une frappe du pied droit, bord extérieur, à la suite d’une action collective. Une action élégante dans la forme, décisive dans le fond. Puis, moins de dix minutes après la reprise, Wood a remis la Nouvelle-Zélande devant d’une frappe croisée après un une-deux avec Thomas. Et re-belote : la réponse iranienne n’a mis que dix minutes. Rezaeian, cette fois en passeur, a centré depuis le côté droit avec une précision chirurgicale pour Mohammad Mohebbi qui a guidé le ballon de la tête sur le poteau rentrant. 2-2. Statu quo.

La crise iranienne s’invite dans les tribunes de Los Angeles

Il serait inexact de raconter cette soirée sans mentionner ce qui s’est passé avant et pendant le match. Le contexte politique entourant l’équipe d’Iran n’a jamais été aussi tendu. Depuis les frappes de février sur le territoire iranien, la Team Melli évolue dans un environnement particulier à chaque déplacement. À Los Angeles, certains supporters brandissaient des drapeaux de l’Iran pré-révolutionnaire — le lion et le soleil —, malgré l’interdiction de la FIFA, qui avait remporté une procédure judiciaire d’urgence le matin même du match. D’autres arboraient fièrement les couleurs de la République islamique.

Un groupe de supporters a déployé des banderoles sur lesquelles était écrit « MINAB168 », en référence aux 168 enfants tués dans une école du sud de l’Iran au début du conflit. Ces banderoles ont été confisquées par les stewards. Interrogé sur sa célébration (il avait caché son visage sous son maillot), Ramin Rezaeian a simplement répondu que ce geste n’était « pas politique », sans en dire davantage. Un silence qui en dit long.

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Temps plein
Iran Nouvelle-Zealand
Buts
Iran 2
2 Nouvelle-Zealand
Possession
Iran 48,5 %
51,5 % Nouvelle-Zealand
Tirs
Iran 17
14 Nouvelle-Zealand
Tirs cadres
Iran 4
8 Nouvelle-Zealand
Corners gagnes
Iran 4
1 Nouvelle-Zealand

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Le nul entre l’Iran et la Nouvelle-Zélande relance le groupe G

Ce match nul intervient dans un groupe G que personne ne maîtrise encore vraiment. Plus tôt dans la journée, la Belgique et l’Égypte s’étaient quittées sur le score de 1-1. Résultat : les quatre équipes se retrouvent à égalité parfaite avec un point chacune après la première journée. Belgique, Iran, Égypte, Nouvelle-Zélande : tout le monde repart à zéro, ou presque.

L’Iran, classé 25e mondial, avait entamé cette Coupe du monde avec une statistique peu flatteuse : la sélection présentait le ratio de buts marqués le plus faible parmi toutes les équipes ayant disputé plus de 15 matchs, soit 0,72 but par rencontre. Un chiffre qui semblait condamner les Iraniens à jouer en contre, à attendre et à subir. Lundi, ils ont prouvé qu’ils pouvaient aussi construire et répondre coup pour coup. La Nouvelle-Zélande, de son côté, compte désormais sept matchs de Coupe du monde sans la moindre victoire – seuls le Honduras (9 matchs) et l’Égypte (8 matchs) font moins bien. La prochaine chance pour les All Whites de décrocher une première victoire historique ? Ce sera contre l’Égypte, à Vancouver, dimanche prochain.

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Une soirée où les outsiders ont défié leur statut

Il y a des matchs dont on se souvient pour les chiffres, et d’autres pour les images. Celui-ci appartient aux deux catégories. Certes, les statistiques sont là, solides : Wood et Jones ont tous deux établi des records pour la sélection néo-zélandaise, tandis que Rezaeian est devenu le premier joueur iranien à marquer et à délivrer une passe décisive dans un même match de Coupe du monde. Mais au-delà des records, il y a eu ce spectacle : deux équipes qui ont joué sans calcul, qui ont attaqué, marqué, encaissé et répondu.

On parle souvent des favoris : la France, l’Angleterre, le Brésil. Mais c’est parfois dans ces rencontres entre outsiders que la Coupe du monde se révèle la plus généreuse. Lundi soir, à Los Angeles, dans une nuit californienne chargée d’électricité et de politique, l’Iran et la Nouvelle-Zélande ont offert au public quelque chose de précieux : du vrai football, sans filet.

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