Brunello Cucinelli livre pour le printemps 2027 une réflexion subtile sur la liberté vestimentaire. Entre cachemires patinés, tailoring assoupli et silhouettes affranchies des catégories, la maison italienne démontre qu’une élégance contemporaine peut exister sans uniforme ni démonstration de force.

Il y a des collections qui se portent comme une armure. Celles de Brunello Cucinelli ressemblent davantage à une seconde peau. Pour le printemps 2027, le fondateur de la maison a dédié sa proposition à « l’homme contemporain qui refuse les définitions imposées », une formulation brève, presque shakespearienne. Absent de sa propre présentation milanaise ce soir-là, il se trouvait à Shanghai pour la projection du documentaire qui lui a été consacré par le réalisateur oscarisé Giuseppe Tornatore. La maison tournait sans lui. Et elle a parfaitement tourné.
Ce détail n’est pas anodin. Brunello Cucinelli a toujours incarné quelque chose qui dépasse le cadre de la mode stricto sensu : un rapport au travail, à l’artisanat et à l’éthique. Le film de Tornatore, intitulé Brunello : The Gracious Visionary, retrace le parcours de ce fils de paysan umbrien devenu directeur créatif d’une marque dont la capitalisation boursière dépasse les 7,8 milliards de dollars. Un parcours que la collection printemps 2027 reflète sobrement, sans artifice.
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Le cachemire est l’ADN de la maison. Pour ce printemps, une douzaine de cardigans, de cols ronds et de demi-zips étaient suspendus à des tiges de bambou verni, dans une palette de couleurs allant du bleu au vert sauge, en passant par l’abricot, l’orange et la framboise. Rien de spectaculaire en apparence. Mais regardez de plus près : chaque pièce a subi une teinture en plusieurs étapes, avec un traitement à la résine, créant un contraste entre la partie saillante du tricot, plus claire, et les zones plus sombres en dessous. Un effet d’espace négatif dans la maille. Une subtilité qui se révèle à la lumière, pas sous les flashs.

C’est exactement ce que Cucinelli recherche depuis des années : des vêtements qui semblent avoir déjà vécu. Pas usés. Habités.
Cette logique se décline également sur le cuir et le tailleur. Des vestes en jean indigo lavé y côtoient des pièces en lin blanc, toutes structurées avec les grands revers caractéristiques de la maison. Le formel et le décontracté ne s’opposent pas ici ; ils coexistent avec une déconcertante naturel. Un veston de smoking marine est ainsi porté avec un pantalon blanc plissé plutôt qu’avec le bas de costume traditionnel. Un blazer rayé blanc est assorti d’un pull pâle noué sur les épaules et d’un pantalon cargo délavé.
Ce n’est pas un mélange pour le plaisir de mélanger. C’est une façon de défaire les uniformes imposés et les codes rigides qui voudraient qu’un homme d’affaires s’habille d’une seule façon et qu’un homme en week-end en ait une autre.
Les vestes safari et de terrain apparaissent en coton gris clair lavé ou en daim brun foncé, portées avec une chemise et une cravate, parfois sous des tricots câblés de la saison, et associées à des shorts ou des pantalons tailleur. Le pantalon cargo, souvent relégué au rang de pièce utilitaire, trouve ici une nouvelle légitimité. Associé à un costume et à une cravate, il participe à un ensemble cohérent, relevé et convaincant.

C’est là que Cucinelli démontre son talent : rendre désirable ce que l’on croyait incompatible avec l’élégance.
Depuis ses origines, la marque repose sur un concept que Cucinelli appelle le « capitalisme humaniste » : une approche de l’entreprise fondée sur le respect de l’artisan, du temps de travail et de la dignité humaine. Il a fondé sa maison en 1978, après avoir découvert qu’il n’existait pas encore de cachemire coloré pour femmes, et a bâti toute une esthétique à partir de cette intuition. Quarante-neuf ans plus tard, la collection printemps 2027 en est l’héritière directe.
Quand on connaît tout cela, on regarde les vêtements différemment. Ce n’est pas simplement un pantalon cargo en lin ou un cardigan teinté à la résine. C’est la matérialisation d’une idée : l’homme qui s’habille bien n’a pas à choisir entre ce qu’il est et ce qu’il paraît.












































