Jeudi soir, à Florence, quelque chose s’est produit qu’on n’attendait pas. La créatrice irlandaise Simone Rocha a présenté pour la première fois une collection entièrement dédiée à l’homme, en tant que designer invitée du Pitti Uomo, dans le magnifique écrin du Teatro della Pergola. La créatrice irlandaise, connue surtout pour ses robes à froufrous et ses broderies délicates destinées aux femmes, s’est emparée de la mode masculine avec une conviction tranquille. Simone Rocha et le printemps 2027 : un rendez-vous inattendu et pourtant évident.

Il faut dire qu’elle avait prévenu. « Séparer les collections plutôt que de les montrer ensemble a vraiment changé ma façon de penser la mode masculine. Cela m’a permis de lui consacrer une attention totale, car le vêtement masculin est de toute façon bien plus orienté vers le détail. Il n’y a vraiment nulle part où se cacher avec lui », confiait-elle à Wallpaper la semaine précédant le défilé. Nulle part où se cacher. Cette phrase en dit long.
Le lieu choisi pour l’occasion n’était pas anodin. Le Teatro della Pergola, l’une des scènes culturelles les plus célèbres de Florence, a accueilli la présentation de la créatrice dans le cadre de la 110e édition de Pitti Uomo. Sur cette scène d’opéra du XVIIe siècle, les coulisses entièrement ouvertes révélaient les entrailles du bâtiment. Le dépouillement de l’espace faisait écho à l’intention de la collection : aller droit à l’essentiel, sans artifice.

L’inspiration venait d’un film : A Room with a View, de James Ivory, adapté du roman d’E. M. Forster, sorti en 1985. Celui de James Ivory, adapté du roman d’E. M. Forster, A Room with a View, sorti en 1985. Un jeune Britannique débarque à Florence, sort de sa rigidité insulaire et se laisse traverser par la beauté et la lumière. Voilà l’homme que Simone Rocha voulait habiller. « Je voulais que l’homme soit le personnage principal de ce chapitre, qu’il se produise, qu’il s’expose sur scène… Ce voyage depuis l’Irlande, d’où je viens, jusqu’à Florence, c’est cela, le sentiment », a-t-elle expliqué.
Ce sentiment se lisait dans chaque pièce. Des costumes sombres, avec de larges vestes ornées de boutons-pression en forme de marguerites, et des pantalons à jambe large déclinés en différentes longueurs. Le tout adouci par des hauts blancs en soie, ornés de fronces et de broderies subtiles. Des maillots de rugby à volants, des chemises à cols rigides en lin rayé, des culottes larges comme on n’en voyait plus depuis les années 1920 anglaises. Et puis, des tabliers en cuir ou en lin, boutonnés de perles, comme portés par un artisan ou un jardinier d’une autre époque.
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Ce qui frappe, c’est l’absence totale de provocation gratuite. Simone Rocha ne cherche pas à choquer. Elle propose. Elle suggère que la tendresse n’est pas une faiblesse et que la délicatesse peut habiter un corps d’homme sans le diminuer. Les mannequins avançaient lentement, avec une autorité calme, tenant des bouquets de bleuets cueillis dans la campagne florentine ou des rouleaux d’artiste glissés sous le bras. Selon le Business of Fashion, Simone Rocha a véritablement volé la vedette de cette saison avec une présentation masculine empreinte d’une rébellion tranquille.

Certains hausseront les épaules. Cette vision de la masculinité, si féminine et si ornée, n’est pas pour tout le monde. Ce que la manosphère détesterait probablement, le public florentin l’a adoré, comme l’a noté WWD. La salle, où les spectateurs étaient disposés dans le hall, sur les balcons et sur scène, a réservé un accueil chaleureux à la créatrice.
Parmi les invités, Adrian Joffe, de Dover Street Market, l’un de ses premiers mentors. Un rappel discret que cette mode exigeante et libre a une généalogie. Elle vient de quelque part et va quelque part.





































