Ce vendredi soir, il n’y avait pas de voiture de collection dans la cour du palazzo milanais de Ralph Lauren. À la place, un hors-bord en acajou verni trônait sous les projecteurs. Un geste qui résumait tout. Pour la collection printemps-été 2027 présentée lors du premier jour de la Fashion Week masculine de Milan, Ralph Lauren a en effet proposé une vision intemporelle du luxe américain, mariant la coupe classique à des codes plus jeunes et plus sportifs.
Ralph Lauren, printemps 2027. Deux lignes, deux esprits, une seule conviction : l’élégance se gagne sur le terrain.

L’embarcation en acajou n’était pas là par hasard. Elle faisait référence à un livre que l’équipe de création avait découvert et qui documentait un groupe de magnats italiens faisant la course à bord de leurs Riva sur le lac de Côme dans les années 1920. Cette référence maritime a irrigué toute la ligne Purple Label, la plus haut de gamme des deux, avec une élégance de navigateur fortuné, celle qui ne se remarque que si l’on sait regarder.
La collection s’est ouverte sur des ensembles deux pièces aux tons neutres et indigo, alliant une coupe impeccable à des silhouettes plus décontractées. Tailoring en tweed de soie et de lin porté avec des sandales de pêcheur. Vestes en satin indigo lavé sur chemise de smoking. Le directeur créatif senior, John Wrazej, résumait l’ambition en coulisses : « Lauren ne veut pas de la perfection froide, il veut un homme qui a du caractère, qui trouve quelque chose qui soit à la fois utile et rugueux. »
Vient ensuite la ligne Polo. Et là, le ton change.

Des clins d’œil à la pêche, aux sports nautiques et à l’esthétique preppy de Nantucket traversaient la collection Polo Ralph Lauren, comme cet ensemble composé d’un blouson matelassé orange et d’un pantalon camouflage, inspiré d’une tenue que Lauren portait lui-même à Montauk il y a quelques décennies. L’anecdote en dit long. Chez lui, les références ne sont jamais de simples prétextes culturels. Ce sont des souvenirs.
Des madras dans des tons vifs, des chinos rouge Nantucket, des chemises patchwork en tissu écossais, des pulls brodés d’insignes de club : une explosion de pièces colorées qui revisitent les codes classiques américains à travers des patchworks, des tissus texturés et des détails décoratifs. Ce n’est pas du vintage réchauffé. C’est une Amérique rêvée, cohérente et habitée.
La cravate faisait un retour remarqué. Larges, souples, presque des écharpes, elles apparaissaient aussi bien sous forme de nœuds velours à touche western que de cravates whorled en tissu de chemise. Certaines étaient découpées et recousues sur des sacs ou des escarpins. Ralph Lauren a toujours su que l’accessoire n’est pas un détail, mais une déclaration.
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Une capsule en collaboration avec la maison japonaise Kuon mérite une mention particulière. Cette capsule s’appuie sur la technique traditionnelle du boro, l’art japonais du rapiéçage et de la réparation, appliquée à des pièces très Lauren, comme une veste de soirée à col châle. L’artisanat à la main, le tissu fabriqué au Japon, l’assemblage réalisé en Italie : trois pays pour un seul vêtement. Ce genre de détail ne se dit pas, il se perçoit.
Ce défilé intervenait à un moment où Ralph Lauren affichait une relative vigueur, avec des résultats en hausse et une forte demande en Chine, alors que le secteur du luxe dans son ensemble peinait à sortir d’une période de ralentissement. La marque habillait également l’équipe américaine pour les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina cette année, renforçant ainsi un positionnement sportif-chic qui correspond parfaitement à l’esprit de cette collection.

Les invités, parmi lesquels Tom Hiddleston, Nick Jonas et d’autres, prenaient place sur des banquettes en cuir dans le siège européen de la marque, un joyau de l’ère rationaliste. Lewis Hamilton est arrivé peu avant le début du défilé, vêtu d’une chemise et d’un pantalon en lin assortis — une tenue parfaite pour monter à bord d’un hors-bord en acajou, aurait dit Lauren lui-même.
« Mon approche a toujours été cinématographique, créant des univers visuels et aspirants », écrivait le fondateur Ralph Lauren, absent du défilé, dans sa note d’intention. Absent du podium, oui. Mais il était présent dans chaque couture.
La collection printemps 2027 de Ralph Lauren montre que la mode masculine américaine peut encore parler d’élégance sans ennuyer, de sport sans grossièreté et de tradition sans nostalgie. Un hors-bord en acajou au milieu d’une cour milanaise. Après tout, pourquoi pas ?













































































