Milan, juin 2026. La chaleur est écrasante et les guests trempés de sueur s’installent dans un théâtre milanais où un écran géant projette Taormina et l’Isola Bella, de l’aube à la pleine lumière. On pense à une autre façon de fuir la canicule. Puis le premier look sort. Et tout redevient clair.

Dolce&Gabbana printemps 2027, c’est d’abord une question d’ancrage. Depuis bientôt quarante ans, Domenico Dolce et Stefano Gabbana puisent dans la même source : la Sicile. Non pas comme un décor de substitution, mais comme une matrice. L’île a tout formé – le goût du noir profond, l’amour du baroque exubérant, la mémoire des artisans et la lumière blanche des côtes. Cette collection-ci ne dérogera pas à la règle.
Goethe l’avait écrit avant eux : « La Sicile est la clé de tout. » Les créateurs ont reproduit cette phrase sur leurs show notes. Elle résume mieux que n’importe quel communiqué ce que la maison a toujours défendu. Domenico Dolce est né à Polizzi Generosa, dans les Madonies. Cette géographie, il ne l’a jamais vraiment quittée.

La collection « Vacanze Siciliane » s’inspire des premières vagues de touristes modernes qui découvraient l’île dans les années 1950 et au début des années 1960. Le cinéma néoréaliste rôde dans les coulisses. Les silhouettes sont larges, hautes sur la taille, décontractées sans négligence. Les mannequins défilent sur la musique du Parrain — un clin d’œil appuyé, assumé, qui fait sourire autant qu’il revendique une appartenance.
Le noir ouvre le show. Celui des plages volcaniques de Stromboli, disent les créateurs. Austère, intense, presque cérémoniel. Puis vient le blanc — celui des façades baroques de Noto, du stuc de Serpotta, des bateaux séchant au soleil. Entre les deux, une palette qui convoque le bleu méditerranéen, le vert pistache (l’or vert de l’île), le sable et le calcaire. Chaque couleur a son ancrage géographique précis. Rien n’est arbitraire.

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L’ornementation, elle, est de retour sans complexes. Des broches en corail ornent les vestes de lin. Des jeans délavés début années 2000 sont incrustés de strass multicolores pendants. Des chemises en maille ajourée façon crochet, des t-shirts aux imprimés de citrons et de cartes postales cohabitent avec de superbes vestes en daim tissé. Le savoir-faire des artisans de la maison est omniprésent, lisible au premier regard.

Les maillots de bain sont en soie rose ou bleue. Les sacs de week-end sont amples. Les bijoux portés jusqu’aux sandales. C’est clinquant, oui. Volontairement. Avec cette confiance tranquille des gens qui ont depuis longtemps cessé de chercher l’approbation d’autrui.
Car c’est là que réside la vraie force de ce défilé : il arrive à un moment particulièrement sensible pour la maison. D&G vient d’annoncer l’arrivée de Stefano Cantino, ex-patron de Gucci, au poste de co-directeur général aux côtés d’Alfonso Dolce. La marque renégocie une dette de 450 millions d’euros auprès de ses créanciers, et la presse évoque une possible vente d’actifs immobiliers à Milan.

Dans ce contexte, d’autres maisons auraient pu pivoter, chercher un nouveau souffle conceptuel. Pas Dolce&Gabbana. La réponse est frontale : ils ne corrigent pas le tir, ils affirment les codes fondateurs. Cantino lui-même a été clair : la stratégie consiste à se concentrer sur l’identité fondamentale de la maison, dont la lisibilité constitue un avantage compétitif réel.
C’est une posture rare dans l’industrie du luxe actuelle. Quand presque tout le monde cherche à se renouveler pour exister, choisir de rester soi-même avec cette clarté relève presque du courage. Dolce&Gabbana sait qui il est. Et pour printemps 2027, il l’affirme sans détour.

Devant le théâtre, des centaines de fans acclamaient Soobin, le chanteur coréen, présent parmi les invités aux côtés du footballeur Robert Lewandowski et de plusieurs acteurs. Un mélange de cultures, de générations, d’univers – preuve que l’esthétique de la maison continue de rayonner bien au-delà de ses frontières habituelles.
On ressort de ce défilé avec une certitude : Dolce&Gabbana ne changera pas. Pas parce qu’il en serait incapable, mais parce qu’il a compris quelque chose que beaucoup ignorent encore. La fidélité à soi-même, quand elle est portée avec cette conviction-là, n’est pas une limitation. C’est une force.








