Il y a des créateurs qui cherchent à convaincre, et il y a Umit Benan. Pour sa collection printemps 2027 présentée dans son showroom milanais de la Via Bigli, le designer n’a pas cherché à épater. Il a simplement voulu que l’on ressente quelque chose. C’est peu, et c’est immense.
La collection a été dévoilée hors des podiums traditionnels, dans le cadre de la Milan Fashion Week homme – un choix délibéré, cohérent avec la philosophie d’un créateur qui préfère la proximité à la spectacle. Umit Benan y a présenté des vêtements que l’on ne comprend pleinement qu’en les touchant. Le regard ne suffit pas. Avec lui, c’est le bout des doigts qui juge.

La question du luxe traverse toute la mode masculine en ce moment. Les grandes maisons cherchent leur clientèle ultra-fortunée, ajustent leurs prix, repositionnent leurs lignes. Benan, lui, a tranché depuis longtemps. Son objectif unique, c’est la qualité – et la qualité exige du temps, elle ne se produit pas en six mois entre deux collections. Il conçoit des pièces destinées à rester dans les garde-robes, et dans les mémoires, pendant au moins dix ans.
Pour y arriver, il pousse le processus de fabrication à des extrêmes que peu de maisons oseraient afficher. Un jean passe par trente-deux lavages avant d’atteindre le toucher pêche recherché par le créateur. Ce n’est pas de l’obsession : c’est de la méthode. Et cette méthode produit des vêtements qui, une fois sur la peau, font comprendre ce que signifie réellement porter quelque chose de bien fait.

Benan utilise une laine Super 200s, environ trois fois plus coûteuse que le cachemire, puis refuse la coupe ajustée que ce tissu imposerait habituellement. Son idée : s’il n’y a pas d’espace entre la peau et le tissu, on ne peut pas vraiment le sentir. Ce paradoxe, investir dans la matière la plus fine pour ensuite lui laisser de l’air, dit tout de son rapport au vêtement. Le luxe n’est pas dans la compression. Il est dans la liberté.
Le polo en maille, réalisé dans un mélange soie et lin d’un rose poudré, offrait une légèreté trompeuse à l’œil et séduisante au toucher. Le blouson coach matelassé en soie jaune beurre avait la main d’un oreiller de palace. La doublure en soie, révélée à l’intérieur, n’avait rien d’accessoire : chez Benan, on ne fait pas d’économies sur les tissus.
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Les blazers légèrement amples, les pantalons de pyjama en soie rehaussés par leur coupe tailleur, la chemise cubaine portée avec une cravate serrée, les vestes en daim patiné – autant de signatures reconnaissables que Benan, perfectionniste dans l’âme, continue d’affiner saison après saison.
La palette de cette collection printemps 2027 portait deux souvenirs simultanément. Le jaune désaturé qui traversait la présentation évoquait le Miami du début des années 1990, celui de Gianni Versace et de South Beach, un territoire auquel Benan revient régulièrement. En face, des bruns terreux, des tans, une sobriété italienne vers laquelle le créateur tend de plus en plus.

Les bonnets tricotés présents dans la collection portaient deux histoires. L’une remonte à un homme que Benan a observé tout un été à Saint-Tropez, écrivant chaque matin avec un bonnet de prière et des couleurs naturelles, l’élégance de l’Afrique, selon ses propres mots. L’autre est un souvenir de sa mère, qui les tricotait elle-même.
Ces références ne sont pas des anecdotes de collection. Elles sont constitutives de la façon dont Benan pense ses vêtements, non pas comme des objets de mode, mais comme des prolongements d’une sensibilité construite au fil du temps. Né en Allemagne de parents turcs, formé en Suisse, à Boston et à Milan, le créateur a toujours cherché quelque chose de moins éphémère que le calendrier saisonnier, quelque chose d’ancré dans des récits humains.
Les présentations saisonnières intéressent Benan moins que les commissions sur mesure pour des clients qu’il habille directement et longuement. C’est devenu le cœur de la maison. Sa clientèle ultra-haut de gamme dépense sans compter : des T-shirts à 450 euros achetés par dizaines, des blazers à quatre chiffres, des chaussettes vendues par set de trois pour mille euros. Des prix qui n’ont de sens que si le produit est sans égal, et c’est là tout le pari de Benan.
Depuis qu’il a rebooté sa marque en 2022, il a suivi son instinct : éviter les cycles de tendances, lancer puis suspendre une ligne femme, ouvrir sa première boutique à Milan Via Bigli, et chercher de nouvelles ouvertures aux États-Unis malgré les turbulences du secteur. Cette boutique milanaise, pensée comme un club privé plutôt que comme un point de vente, avec son entrée dissimulée dans une cour intérieure, incarne parfaitement la philosophie de la maison.



























