Tod’s et Matteo Tamburini. Le printemps 2027 et la Villa Necchi Campiglio. Il y a dans cette combinaison quelque chose d’une évidence tranquille. La maison italienne est revenue dans ce lieu chargé de raffinement milanais pour présenter sa collection homme intitulée The Italian Wardrobe (le vestiaire italien). Pas un slogan, mais un programme. Un programme.

Tamburini, originaire d’Urbino, cette ville des Marches que la maison Tod’s considère un peu comme son propre territoire d’origine, a grandi en voyant ses parents porter des chaussures Tod’s pour les grandes occasions. Ce lien charnel avec la griffe transparaît dans ses collections. Il n’est pas en train de jouer à être italien. Il l’est.
Pour construire cette collection, le directeur artistique a choisi un point de départ culturellement ambitieux, mais intellectuellement pertinent : Viaggio in Italia, le projet photographique conçu par Luigi Ghirri en 1984. Ce projet raconte l’histoire d’une génération de photographes qui ont abandonné les voyages exotiques, les reportages sensationnalistes et l’analyse formaliste pour se concentrer sur le paysage italien du quotidien. Ce changement a substitué l’image d’une Italie unique et merveilleuse à une image antiéroïque, antimythique, quotidienne et non rhétorique. C’est précisément ce regard que Tamburini a voulu transposer dans ses créations.
La connexion est limpide. Il s’agissait de regarder l’Italie telle qu’elle est, dans ses textures usées, ses gestes habituels, ses lumières banales et ses détails que l’on ne remarque plus. Pas l’Italie des cartes postales. L’autre. Celle qui ne pose pas.

La collection qui en résulte est italienne jusqu’à la fibre. Détendue, mais précise. Fonctionnelle, mais jamais utilitaire. Le tissu occupe une place centrale : Tamburini a approfondi le projet Pashmy, une recherche sur la souplesse des matières poussée à son extrême légèreté. On y trouve notamment un bomber Brera, un blazer Castello à poches plaquées et une chemise Solferino ultralégère, tous confectionnés dans ce tissu doux qui semble avoir été lavé cent fois et avoir gagné en caractère. La laine double, habituellement réservée aux manteaux et aux cabans, réapparaît ici sous la forme de pulls et de hoodies zippés, agrémentés de détails en cuir cousus à la main. Ce déplacement de matières, qui consiste à faire migrer une matière d’un usage vers un autre, est l’une des signatures discrètes du travail de Tamburini chez Tod’s.
La palette de couleurs dit ce que les mots peinent à formuler : beige, cacao, terracotta, ocre, gris pierre, azur poussiéreux. Des couleurs qui semblent avoir pris le soleil et traîné dans un grenier avant de retrouver une seconde vie. Tamburini a trouvé pour Tod’s le point d’équilibre entre luxe et artisanat, et cet équilibre est particulièrement bien tenu cette saison.
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Le Gommino, le mocassin emblématique de la maison, revient avec un nouveau détail en cuir inspiré de la fermeture entrelacée de la ceinture Greca. Un clin d’œil au patrimoine de la griffe, traité sans révérence excessive. Chez Tod’s, on sait que les références fonctionnent mieux quand elles sont portées avec désinvolture.

Ce qui est frappant dans cette collection, c’est qu’elle refuse la démonstration. Pas d’effets de manche. Aucune pièce ne cherche à tout prix à retenir le regard. L’intelligence réside dans la construction, dans la légèreté des matières, dans la confiance tranquille de vêtements conçus pour durer. Fondée au début des années 1900 par Filippo Della Valle, l’entreprise a connu un succès mondial lorsque son petit-fils Diego l’a rejointe en 1975. Tamburini mobilise ce capital d’artisanat sans l’alourdir.
Cette approche est particulièrement actuelle. À une époque où la mode masculine oscille souvent entre logomania et surenchère technique, Tod’s propose une approche différente : un vestiaire construit et transmissible, que l’on sort de l’armoire parce qu’on lui fait confiance. Non pas des pièces qui veulent se faire remarquer, mais des pièces que l’on retrouve avec plaisir. Une chemise qui épouse les formes du corps. Un bomber qui s’assouplit avec le temps. C’est ce que Ghirri cherchait dans ses photographies : trouver la beauté dans ce qui est déjà là, sans en rajouter. Tamburini a compris le message.



