Paul Smith n’a jamais cessé de porter un costume. Même pendant la pandémie, alors que le monde entier se tournait vers le jogging et la robe de chambre, il enfilait sa veste tous les matins. Pas par discipline. Pas par nostalgie. Par plaisir. Ce détail, anodin en apparence, éclaire toute la collection printemps 2027 qu’il a présentée lors de la Milan Menswear Fashion Week, le 20 juin dernier. Une saison qui pose une question simple : et si le costume n’avait jamais vraiment disparu ?

La réponse de Paul Smith tient en une photo. Celle de son grand-père, sur une plage britannique, en costume clair, cravate nouée, pantalon remonté jusqu’aux genoux pour ne pas mouiller le tissu. Telle est l’imagerie de départ : un homme bien mis qui n’a pas peur de se salir. L’élégance sans raideur. Un style sans effort apparent.
Ce n’est pas un concept abstrait. C’est presque un programme de vie. La note d’intention évoque une anecdote toscane : Smith, en costume de lin blanc, aide un vigneron lors des vendanges et le tissu vire au bordeaux sous l’effet du jus de raisin. La tache comme badge d’honneur. Des vêtements qui portent les traces du vécu plutôt que celles du pressing.

Sur le podium milanais, cette philosophie s’est traduite par une silhouette souple, aérée, jamais coincée. Des vestes aux épaules tombantes, des gilets ouverts, des chemises non rentrées dans le pantalon, des cravates glissées dans la pochette plutôt que nouées autour du cou. Tout le vocabulaire du tailoring est là, mais traité avec la même liberté qu’on s’accorderait un dimanche matin. Ce n’est pas du négligé, c’est du décontracté assumé. La nuance est importante.
Les matières participent également à cet équilibre. Panama, mouliné, seersucker, laine tropicale d’origine écossaise : des textiles qui respirent et se froissent avec grâce. La palette de couleurs reste dans des tonalités discrètes et sableuses. L’œil accroche plutôt sur les détails : des boutons en verre vert sur des vestes en faux croco (un clin d’œil à David Bowie, pour qui ce modèle a été conçu en 1982), des breloques suspendues aux boutonnières, des ceintures ornées de lapins en relief. C’est là que réside le fameux « twist » de Paul Smith : cette façon de placer l’inattendu là où personne ne l’attend.
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L’équipe de design a puisé dans les archives : un gilet en maille accompagné de son cache-col assorti figure parmi les pièces les plus fortes du défilé, et un imprimé qui ressemble à du camouflage de loin révèle, de près, un croisement entre peinture de la Renaissance et palette seventies. Déroutant. Séduisant.

Paul Smith lui-même observe que les jeunes groupes britanniques veulent à nouveau porter des costumes, que les ventes de costumes et de cravates repartent à la hausse et que les tissus de tailleur appliqués à des pièces décontractées connaissent eux aussi un regain d’intérêt. Ce printemps 2027 arrive donc au bon moment, ou plutôt, il confirme que Smith avait raison depuis le début.
La collection a été présentée dans un cadre intime, à la manière d’un salon privé, un choix qui correspond parfaitement à son propos. Pas de mégashow, pas de performance spectaculaire. Juste des vêtements bien faits, portés par des hommes qui semblent les habiter depuis toujours.





























