Lionel Messi entre dans la légende tandis que la France poursuit son rendez-vous avec l’histoire

Lionel Messi n'a plus rien à prouver, et pourtant il prouve encore. À 38 ans, au sommet d'un record que personne ne touchera de sitôt, il court après la seule ligne manquante d'un palmarès déjà hors du temps.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
9 Minutes de lecture
Messi célèbre son premier but contre l'Autriche - © Photo : Depositphotos

Lionel Messi est seul. Il est seul au sommet d’une montagne que personne n’avait jamais gravie avant lui. Lundi soir, à Dallas, face à l’Autriche, l’Argentin a inscrit ses 17e et 18e buts en Coupe du monde, devenant, à 38 ans, le meilleur buteur de l’histoire de la compétition. De son côté, la France avance à grands pas vers ce qui pourrait être une troisième finale mondiale consécutive, un exploit sans précédent. Ce Mondial 2026 n’en est qu’à ses prémices, mais il promet déjà l’essentiel.

Lionel Messi s’empare du record le plus convoité du Mondial

On savait depuis le premier match de l’Argentine que quelque chose d’exceptionnel se préparait. Après son triplé contre l’Algérie lors du premier tour, Messi avait déjà égalé le record de 16 buts détenu par Miroslav Klose depuis le Mondial brésilien de 2014. Il lui restait un pas à franchir. Il l’a fait d’une frappe froide, lucide et inévitable. Deux fois plutôt qu’une.

Le chiffre donne le vertige. Dix-huit buts en six participations à la Coupe du monde, de l’édition allemande de 2006 à celle nord-américaine de 2022. Une statistique d’autant plus remarquable que Messi n’a jamais été un pur attaquant de surface. Il a établi ce record grâce à des gestes techniques, des penaltys, des buts en dehors de la surface et des frappes du gauche qui semblent toutes appartenir à une autre catégorie. Certains de ces buts sont encore dans toutes les mémoires. Ceux de Messi ont cette particularité d’être à la fois simples et inoubliables.

Avec cinq buts en seulement deux matchs dans cette compétition, il est le premier joueur à atteindre ce total après deux journées de phase de poules depuis Just Fontaine, le Français, lors de la Coupe du monde 1958. Cette référence n’est pas anodine. Fontaine avait terminé avec 13 buts, un record absolu pour une seule édition, record qui tient encore aujourd’hui. Messi, lui, court après le Soulier d’or, le seul trophée individuel qui manque encore à son palmarès.

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Lionel Messi entre dans la légende tandis que la France poursuit son rendez-vous avec l'histoire
Ousmane Dembele et Kylian Mbappé éclatent de joie après un but contre l’Irak – © Photo : Depositphotos

Le Soulier d’or, l’ultime ligne manquante au palmarès de Messi

Son palmarès est vertigineux. Il a remporté des titres en Serie A, en Liga et en Ligue 1, quatre Ligues des champions, trois Coupes du monde des clubs, une Coupe du monde, deux Copa América et huit Ballons d’Or. La liste est si longue qu’elle en devient presque abstraite. Pourtant, il lui manque une ligne : le Soulier d’or de la Coupe du monde. Jamais Messi n’a terminé meilleur buteur d’une Coupe du monde. Il a reçu le Ballon d’or de la compétition en 2014, en Argentine, mais sans le titre ni le trophée de meilleur buteur. Ce Mondial 2026 pourrait bien rectifier cette anomalie.

Mais deux concurrents de taille ont décidé de ne pas s’effacer entre lui et ce trophée. Kylian Mbappé d’abord, qui a signé un doublé contre l’Irak pour atteindre 16 buts en Coupe du monde, égalant au passage le record de Klose, battu quelques heures plus tôt par Messi. Et Erling Haaland, avec deux buts également, lors d’une victoire 3-2 de la Norvège contre le Sénégal, arrachée dans le temps additionnel. Trois monstres offensifs, chacun avec quatre buts au compteur, à un but du record du tournoi. La course au Soulier d’or n’a pas encore atteint son rythme de croisière, et elle est déjà le spectacle dans le spectacle.

La France retrouve son éclat et affirme ses ambitions

Pendant que Messi écrit l’histoire, la France la construit à sa façon. Deux matchs, deux victoires nettes, six buts marqués, aucun encaissé. Sur le papier, c’est propre. Sur le terrain, c’est souvent bien plus que ça.

Ce n’est plus la même équipe qu’à l’Euro 2024. Cette équipe-là avait réussi l’exploit de rendre ennuyeux un groupe comprenant Mbappé, Dembélé, Griezmann et les meilleurs attaquants français du moment. Elle avait atteint la demi-finale sans marquer le moindre but en jeu ouvert, uniquement sur penalty et contre-son-camp. Un paradoxe douloureux pour un football qui se veut attractif. Didier Deschamps avait alors essuyé de nombreuses critiques. Elles sont aujourd’hui moins audibles.

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Car cette édition 2026 révèle une équipe bien plus déliée. Mbappé semble heureux. Dembélé court, percute et déséquilibre. Michael Olise, propulsé parmi les meilleurs joueurs du monde en l’espace de trois saisons, apporte une nouvelle dimension technique. Désiré Doué, plus jeune mais déjà confirmé, confirme que la profondeur de cet effectif est bien réelle. Cinq des six buts français ont impliqué une combinaison entre Mbappé, Dembélé et Olise. Le dernier a été inscrit par Bradley Barcola, entré en cours de jeu. Même les remplaçants font la différence.

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Didier Deschamps face à un héritage sans équivalent

Didier Deschamps a en effet décidé que cette Coupe du monde serait la dernière sous son mandat. Il avait lui-même annoncé son départ à l’issue de la compétition. La question se pose donc : comment veut-il partir ? Avec une troisième finale consécutive, il serait le premier à y parvenir. L’Allemagne de l’Ouest avait atteint trois finales de suite en 1982, 1986 et 1990, mais avec deux sélectionneurs différents. Deschamps serait le seul à avoir accompli cet exploit à la tête d’une même sélection.

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Certains observateurs persistent à ne pas le considérer comme un grand entraîneur. L’argument revient régulièrement : il aurait simplement eu la chance d’avoir à sa disposition les meilleurs joueurs français de leur génération. Cet argument mérite qu’on s’y attarde, mais il a ses limites. Beaucoup de sélectionneurs ont eu les meilleurs joueurs du monde à leur disposition. Peu ont transformé cela en deux titres mondiaux et plusieurs finales. Et si la France devait aller jusqu’au bout de cette Coupe du monde, le débat perdrait une grande partie de sa substance.

Erling Haaland, lui, n’a pas fait dans la nuance après la victoire de la Norvège sur le Sénégal. « Franchement, je ne pense pas trop au match contre la France », a-t-il confié à Fox Sports. « Ils vont probablement nous battre et remporter tout le tournoi. » Une forme de capitulation avant l’heure ou le regard lucide d’un attaquant qui sait reconnaître une équipe supérieure quand il la voit ?

Le climat nord-américain s’invite dans le destin du tournoi

Ce Mondial a un intrus dans son scénario. Pas un adversaire sportif, mais les conditions climatiques nord-américaines. À Philadelphie, lors du match France-Irak, l’orage a d’abord rendu le terrain glissant, puis la foudre a provoqué une interruption de deux heures et onze minutes avant la reprise de la seconde mi-temps. Le temps qu’il faut pour jouer un match entier, pauses comprises. Des flaques d’eau stagnaient sur la pelouse quand les joueurs sont revenus sur le terrain.

Ce n’est pas un incident isolé. Les prévisions météorologiques annoncent en effet des perturbations sur la côte nord-est des États-Unis dans les jours à venir. La finale est prévue le 19 juillet au MetLife Stadium, dans le New Jersey. Une interruption ou une annulation à ce stade du tournoi serait un coup dur pour une compétition qui tient toutes ses promesses sur le plan sportif. La question climatique est peut-être le seul véritable nuage qui plane au-dessus d’un Mondial sans temps mort.

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