JISBAR revient avec une série de sculptures aussi inattendues que réjouissantes. L’idée ? Couler la puissance brute d’une Formule 1 dans la matière et les teintes d’un bonbon acidulé. Résine pleine, verre pilé, palette de confiseur. Ces sculptures F1 aux couleurs acidulées n’ont pas grand-chose à voir avec ce que l’on attend d’un artiste dont les toiles se négocient à plusieurs centaines de milliers d’euros. Et c’est précisément là que réside tout l’intérêt.

Jean-Baptiste Launay, plus connu sous le nom de JISBAR, est un artiste pop-street français né en 1989 qui vit et travaille entre Paris et Lisbonne. Depuis une décennie, il s’est forgé une réputation sur des paradoxes assumés : il réinterprète des chefs-d’œuvre de l’art classique, comme la Joconde de Léonard de Vinci, Frida Kahlo ou Gustav Klimt, en y apportant sa touche personnelle de pop art et de street art. Mais cette fois, JISBAR quitte la toile pour la sculpture et choisit de confronter deux obsessions personnelles que rien, a priori, ne destinait à se rencontrer.
Tout commence par une conviction simple. La Formule 1 est un sport de tension pure : lignes aérodynamiques tendues, vitesse qui défie les sens, mécanique portée à son extrême. Le bonbon acidulé, lui, n’est que douceur et nostalgie. L’un serre les mâchoires, l’autre les détend. JISBAR a décidé de faire coexister les deux dans un même objet.

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« J’ai grandi avec la Formule 1 comme bande-son et les bonbons acidulés comme carburant. Ces sculptures, c’est exactement ça : la puissance d’un bolide coulée dans la douceur d’un bonbon. La résine, le verre pilé, les couleurs qui claquent… c’est l’enfance qui s’exprime », déclare JISBAR.
Ce n’est pas la première fois que l’artiste s’approche de l’univers automobile. Pour rendre hommage au légendaire pilote Ayrton Senna, il avait créé une œuvre intégrant la F1 du champion, vendue 130 000 dollars par F1 Authentics. Il avait également offert une prestation en direct lors des 24 Heures du Mans, en peignant une voiture sur la grille de départ, une première dans l’histoire de la compétition. La course automobile irrigue son travail depuis longtemps. Ce qui change ici, c’est le basculement vers la sculpture tridimensionnelle, et surtout vers une matière qu’il pousse dans ses retranchements.
Techniquement, le projet relève du défi. La résine pleine est une matière imprévisible. Elle chauffe, se contracte, peut se fissurer ou emprisonner des bulles d’air au moindre écart de température ou de protocole. Peu d’artistes s’y risquent à cette échelle. JISBAR l’incruste de verre pilé, ce qui ajoute une couche supplémentaire d’imprévisibilité : chaque fragment de verre capte la lumière différemment selon l’angle et l’heure. Les surfaces des sculptures oscillent ainsi entre la carrosserie laquée d’un bolide et la texture grumeleuse, presque comestible, d’une confiserie géante.

Cette technique rappelle le « Diamond Dust » rendu célèbre par Andy Warhol, qui consiste à saupoudrer de verre broyé sur une surface pour créer des reflets mouvants et une lumière vibrante. Jisbar s’en était déjà approché lors de son exposition « Diamonds & Icons » à la galerie OA Fine Art en 2025. Ici, il transpose le procédé à la sculpture avec une ambition différente : non pas le scintillement chic du Diamond Dust sur la toile, mais la rugosité granuleuse du bonbon acidulé sur une miniature de Formule 1.
Les couleurs choisies accentuent ce décalage. Bleu électrique, rose bonbon, vert pomme, jaune citron. Rien de sobre, rien de neutre. Ce sont les tons des confiseries de notre enfance, celles qui tachent les doigts et restent dans la mémoire.
JISBAR documente l’intégralité du processus de fabrication en trois vidéos publiées sur son compte Instagram (@jisbar). Ce choix en dit long sur la démarche : le geste compte autant que l’objet fini. La fabrication est une partie intégrante de l’œuvre.

Cette approche s’inscrit dans une réflexion plus large que l’artiste mène depuis ses débuts. Ses sculptures passent par le dessin, un croquis préparatoire, mais aussi par la modélisation 3D sur ordinateur, avant d’être réalisées en résine ou en bronze. La nouvelle série marque une rupture avec le bronze, une matière noble, froide et sérieuse, au profit de la résine colorée et du verre pilé, qui évoquent l’immédiateté et le plaisir.
Son art reflète la société de consommation contemporaine. Il utilise les icônes les plus célèbres de l’art, de la musique, de la mode, du cinéma, des dessins animés et du sport, qu’il réinterprète et transpose dans son univers personnel. La Formule 1 n’est donc pas un sujet anodin pour lui. C’est une icône visuelle, un symbole de puissance technologique et de spectacle de masse. La transformer en bonbon acidulé, c’est la désacraliser, sans la ridiculiser. C’est la rapprocher d’une expérience commune, universelle et immédiatement reconnaissable.
La régression n’est pas une faiblesse ici. C’est une stratégie. Revenir à l’enfance, à ses couleurs franches et à ses plaisirs immédiats, permet d’atteindre une complicité instantanée avec le spectateur, ce que ni le bronze ni la peinture à l’huile ne permettent facilement.

JISBAR avait déjà présenté un spectacle exclusif sur le thème « Unperfect » lors d’un Grand Prix de Formule 1 à Miami, en hommage à la spontanéité et à la beauté brute de l’imprévu. L’imperfection comme territoire artistique, c’est aussi ce que réclame la résine pleine : aucune pièce n’est identique, aucune inclusion de verre ne se répète exactement.
Ses œuvres sont exposées aux quatre coins du monde, de New York à Singapour en passant par Venise et Genève, et il a collaboré avec des marques prestigieuses telles que Patek Philippe, BMW ou les 24 Heures du Mans. Mais ce qui distingue cette nouvelle série, c’est son refus du prestige conventionnel. On est loin de l’Italie de la Renaissance et des sites patrimoniaux. On est du côté du circuit, du kiosque à bonbons, du souvenir d’enfance.
JISBAR aime créer des synergies entre plusieurs univers, mélanger deux mondes pour créer quelque chose de commun. Avec ces sculptures F1 aux couleurs acidulées, il pousse cette logique à son paroxysme. Deux univers que tout oppose sont ainsi réunis dans un seul objet d’une vingtaine de centimètres qui brille différemment selon l’heure de la journée et rappelle à la fois le paddock et la récréation.
C’est cela, au fond, la singularité de JISBAR : il ne cherche pas à impressionner par la sophistication du propos. Il cherche à vous attraper par quelque chose d’enfoui et d’immédiat. Et il y parvient.



