Saint Laurent printemps 2027 – Anthony Vaccarello et l’art de sĂ©duire sans jamais forcer

Dans la brume de la Bourse de Commerce, Anthony Vaccarello dĂ©montre ce que dix ans Ă  la tĂȘte de Saint Laurent lui ont appris — la sobriĂ©tĂ©, portĂ©e Ă  ce degrĂ© de prĂ©cision, devient la forme de dĂ©sir la plus irrĂ©sistible.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
AprĂšs s'ĂȘtre formĂ© en langues (anglais et vietnamien) et en Ă©conomie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, portĂ© par sa passion pour l'Ă©criture. C'est une...
5 Minutes de lecture

Anthony Vaccarello n’a pas besoin de crier pour se faire entendre. Mardi, Ă  la Bourse de Commerce, il l’a dĂ©montrĂ© une fois de plus avec une sobriĂ©tĂ© qui tranche dans le paysage de la mode masculine actuelle. Les mots-clĂ©s de la saison ? Retenue. FluiditĂ©. Et une sensualitĂ© qui ne se dĂ©voile jamais.

Saint Laurent printemps 2027 - Anthony Vaccarello et l'art de séduire sans jamais forcer
© Photo : Saint Laurent

Il faut d’abord parler du dĂ©cor. L’Ɠuvre Cloud #07145 de l’artiste japonaise Fujiko Nakaya enveloppait la rotonde dans un voile de brume. Cette atmosphĂšre brumeuse, créée par l’installation immersive, soulignait l’univers aĂ©rien et minimaliste de la collection. Les mannequins en Ă©mergeaient par vagues, tantĂŽt quasi invisibles, tantĂŽt d’une nettetĂ© saisissante. Un choix scĂ©nographique qui n’avait rien d’anecdotique : le flou comme parti pris esthĂ©tique, la retenue comme sĂ©duction assumĂ©e.

Vaccarello le dit lui-mĂȘme : « Je trouve ça plus fascinant que quelqu’un qui essaie trop fort de sĂ©duire. » On le croit volontiers. La palette de couleurs dĂ©saturĂ©es, signature de la maison, renforce cette vision radicale. Gris perle, beige poudrĂ©, noir sec. Une rigueur chromatique qui oblige le regard Ă  se tourner vers d’autres Ă©lĂ©ments : la coupe, le dĂ©tail, le geste.

Saint Laurent printemps 2027 - Anthony Vaccarello et l'art de séduire sans jamais forcer
© Photo : Saint Laurent

Car c’est bien lĂ  que tout se joue. Les Ă©paules sont nettement accentuĂ©es par des Ă©paulettes architecturales, dessinant des silhouettes en V tranchantes, tandis que des matiĂšres lĂ©gĂšrement chatoyantes captent la lumiĂšre oblique des projecteurs. Les vestes s’allongent et les pantalons remontent haut sur la taille, une rĂ©fĂ©rence Ă  peine voilĂ©e aux photos de Jacques Chirac dans les annĂ©es 1980 que Vaccarello qualifie lui-mĂȘme de « daddy style » avec le sourire. L’humour affleure toujours sous l’élĂ©gance chez ce crĂ©ateur.

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Les boutons bijoux qui ornent les vestes Ă  deux ou trois boutons mĂ©ritent qu’on s’y attarde. Ils sont inspirĂ©s de Tina Chow, une figure du cercle Saint Laurent, qui avait pour habitude de glisser une boucle d’oreille dans une boutonniĂšre pour en faire une broche improvisĂ©e. Vaccarello transforme ce geste instinctif en motif rĂ©current, Ă©levant l’accessoire au rang de signature. On voit Ă©galement un foulard de soie nouĂ© serrĂ© comme un choker autour du cou nu, ainsi que des derbies transparents en polychlorure de vinyle qui rĂ©vĂšlent le pied, ce qui n’avait pas encore Ă©tĂ© osĂ© pour l’homme. Les annĂ©es 2010 avaient vu exploser les talons transparents pour femmes, portĂ©s jusqu’à l’épuisement par les Kardashian ; avec ces derbies, la transgression change de camp.

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© Photo : Saint Laurent

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Le point culminant du dĂ©filĂ© reste la finale : trois tenues dorĂ©es se succĂšdent sur le podium, un hommage direct Ă  Alber Elbaz et Ă  sa lĂ©gendaire collection automne-hiver 2000 pour Saint Laurent. Le tissu lamĂ©, lĂ©gĂšrement patinĂ©, ressort comme une braise dans la brume. Vaccarello ne se contente pas de citer l’histoire de la maison, il la fait vivre.

Un mot Ă©galement sur les anoraks en nylon aux Ă©paules gonflĂ©es, portĂ©s avec des pantalons taille haute. Le sportswear n’était pas une prĂ©occupation centrale d’Yves Saint Laurent, mais Vaccarello est convaincu que c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  qu’il se serait dirigĂ© aujourd’hui. L’argument tient. Ces piĂšces aux tons acides, orange Ă©lectrique et vert fluo, injectent une Ă©nergie rare dans une collection qui, sans elles, risquerait de se refermer sur elle-mĂȘme.

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Cela fait dix ans que Vaccarello tient les rĂȘnes de Saint Laurent. Il est l’un des rares crĂ©ateurs capables de transformer un costume gris classique en objet de dĂ©sir. Ce printemps 2027 le confirme : la maison n’a pas besoin de spectacle pour exister. Elle a juste besoin d’un homme qui sait oĂč il va.

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