| Google PhotoScan est un prototype de recherche présenté le 17 août pour estimer la composition corporelle à partir de deux photos prises avec un smartphone. Le modèle affiche une erreur absolue moyenne de 2,15 points sur la masse grasse face au DEXA. Aucune date de lancement grand public n’est annoncée. |
Un body-scan gratuit dans la poche de votre pantalon plutôt qu’un abonnement mensuel de 200 euros. Voilà ce que Google vient discrètement de proposer.
PhotoScan s’attaque au marché du diagnostic corporel premium
Le 17 août, les équipes de recherche de Google ont publié un billet technique qui est passé presque inaperçu dans la presse généraliste. Son nom : PhotoScan.
L’ambition tient en une phrase. Estimer votre composition corporelle à partir de deux photos ordinaires prises avec un smartphone, sans balance connectée, sans capteur et sans rendez-vous en clinique.
Sur le papier, cette annonce ressemble à un gadget de plus dans le grand fourre-tout de la santé des géants de la tech. Dans les faits, elle touche un marché beaucoup plus feutré : celui du diagnostic corporel haut de gamme, longtemps réservé aux salles de sport haut de gamme, aux cliniques spécialisées et aux coachs qui facturent chaque scan DEXA une petite fortune.
| 📌 Repères clés |
|---|
| 📱 Google PhotoScan estime la composition corporelle à partir de deux photos prises avec un smartphone. 📊 Le système fournit notamment le taux de masse grasse ainsi que des indicateurs de répartition des graisses abdominale et viscérale. 🎯 Google annonce une erreur absolue moyenne de 2,15 points sur le taux de masse grasse par rapport au DEXA. 🧪 Le modèle a notamment été entraîné sur plus de 35 000 dossiers de la UK Biobank avant des phases d’affinage et de validation supplémentaires. 🗓️ PhotoScan reste pour l’instant un prototype de recherche et Google n’a annoncé aucune date de lancement auprès du grand public. |
Deux photos suffisent pour estimer trois indicateurs corporels
La méthode repose sur deux clichés seulement. Une vue de face, une vue de profil.
L’intelligence artificielle en tire trois indicateurs. D’abord, le pourcentage global de masse grasse. Ensuite, un ratio A/G qui compare la graisse stockée au niveau du tronc à celle des hanches et des cuisses. Enfin, un ratio V/S distingue la graisse viscérale, logée autour des organes, de la graisse sous-cutanée, celle qu’on peut pincer sous la peau.
Cette dernière donnée intéresse particulièrement les médecins. La graisse viscérale reste en effet l’un des marqueurs les plus fiables du risque cardiovasculaire et de la résistance à l’insuline, bien avant que la balance ne montre le moindre changement.
Pour entraîner son modèle, Google a d’abord exploité plus de 35 000 dossiers issus de la UK Biobank, une base de données médicales britannique. Le système a ensuite été affiné sur 677 adultes aux morphologies variées, photographiés avec de vrais smartphones, puis validé sur une cohorte indépendante de 132 participants suivis à San Francisco pendant trente semaines.
PhotoScan affiche 2,15 points d’erreur moyenne face au DEXA
Ce dernier reste l’examen de référence pour mesurer la composition corporelle. Il utilise des rayons X, est onéreux et nécessite un équipement médical dédié. C’est justement ce que PhotoScan cherche à contourner.
Les résultats publiés par Google affichent une erreur absolue moyenne de 2,15 points pour le taux de masse grasse, comparés à ceux du DEXA. Les montres connectées, elles, plafonnent autour de 2,91 points d’erreur pour ce même indicateur. Il convient toutefois de noter que ces chiffres proviennent de Google lui-même, sur la base d’un protocole que l’entreprise a conçu et publié sans revue par les pairs indépendante à ce stade – une nuance qui ne remet pas en cause la démonstration, mais qui mérite d’être gardée à l’esprit.
L’écart peut sembler minime. Il ne l’est pas pour qui compare les usages. Une montre connectée mesure l’impédance électrique et se contente d’un chiffre global. PhotoScan analyse la géométrie du corps sur l’image, puis croise cette donnée avec l’âge, le sexe et la taille de la personne pour affiner son estimation.
Autre résultat intéressant : en combinant ces mesures à l’âge et à l’indice de masse corporelle, le modèle parvient à détecter la résistance à l’insuline avec un score de fiabilité de 76 %. Les données démographiques seules plafonnaient à 69 %. Le vrai scanner DEXA, lui, atteint 77 %. L’écart devient alors presque symbolique.
Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.
PhotoScan pourrait réduire le coût du suivi de composition corporelle
C’est là que le sujet devient intéressant pour un lecteur qui suit la technologie de près sans pour autant être médecin.
En France, un scan DEXA coûte généralement entre 50 et 150 euros la séance, selon les cliniques. Un abonnement premium dans une salle de sport haut de gamme, avec bilan corporel inclus, dépasse souvent les 150 euros par mois. Les balances à impédance les plus avancées, celles qui prétendent approcher la précision clinique, se vendent au-delà de 200 euros.
PhotoScan promet, en théorie, une précision comparable à ces outils onéreux, avec un appareil que tout le monde possède déjà. Aucune dépense supplémentaire, aucun abonnement, aucun déplacement.
Pour l’instant, Google présente son système comme un prototype de recherche. Aucune date de lancement grand public n’a été annoncée et l’entreprise reste prudente sur ce point – une prudence qui, pour une entreprise coutumière des démonstrations techniques sans suite commerciale, ne doit rien au hasard.
Reste que la direction est limpide. Le géant américain vient de démontrer, chiffres à l’appui, qu’un capteur photo classique peut approcher les performances d’un scanner médical. Cette preuve de concept ouvre la voie à une intégration future dans Google Fit, dans Search ou dans les futurs Pixel, qui sont déjà équipés de plusieurs capteurs de santé.
Le suivi corporel masculin pourrait devenir plus fréquent et accessible
Le public visé par ce type d’outil dépasse largement les patients suivis pour des raisons médicales.
Les hommes qui s’entraînent régulièrement, qui suivent leur évolution physique de près et qui hésitent à payer un abonnement premium uniquement pour un bilan corporel trimestriel pourraient être les premiers à utiliser concrètement un tel outil.
Un chiffre précis, mis à jour régulièrement et sans coût récurrent, change la façon dont on suit sa progression. Finies les estimations approximatives dans le miroir ou les balances d’entrée de gamme dont les mesures varient de dix points d’un jour à l’autre.
Le risque reste toutefois que Google garde cette technologie enfermée dans ses laboratoires de recherche encore longtemps. L’entreprise a l’habitude de publier des travaux impressionnants sans jamais les transformer en produit commercial.
Pour l’heure, PhotoScan appartient à cette catégorie floue des innovations prometteuses sans calendrier. Mais la démonstration technique est faite. Et elle rebat sérieusement les cartes d’un marché du diagnostic corporel qui vivait tranquillement de sa rareté.



