Dries Van Noten au printemps 2027, Julian Klausner signe la grâce en mouvement

Julian Klausner plonge Dries Van Noten printemps 2027 dans le songe d'un faune - matières qui flottent, couleurs qui se dissolvent, et une vision du masculin qu'on n'attendait plus aussi libre.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
8 Minutes de lecture

Il y a des collections qu’on oublie le lendemain du défilé et d’autres qui nous accompagnent longtemps. Celle de Julian Klausner pour Dries Van Noten, printemps 2027, appartient à la seconde catégorie. Alors que Paris brûlait sous une chaleur écrasante – plus de 40 degrés dans certains quartiers -, le Tennis Club de Paris offrait peu d’air, et pourtant quelque chose de frais traversait la salle. Pas le souffle d’un climatiseur. C’était le souffle d’une collection.

Dries Van Noten au printemps 2027, Julian Klausner signe la grâce en mouvement
© Photo : Dries Van Noten

Nous attendions le troisième défilé homme de Klausner à la tête de la maison anversoise avec curiosité et exigence. Diplômé de La Cambre à Bruxelles en 2016, il a rejoint Dries Van Noten en 2018 pour travailler sur les collections femme. Auparavant, il avait fait ses armes chez Thom Browne en tant que stagiaire, puis chez Maison Margiela en tant que styliste junior. Un parcours discret, intérieur, sans tapage. Klausner n’est pas du genre à faire parler de lui lors de dîners mondains. Il préfère laisser les vêtements parler. Et ce vendredi-là, ils ont parlé fort.

Le point de départ de la saison ? Un poème. Il a construit sa collection autour de L’Après-midi d’un faune, un poème de Stéphane Mallarmé écrit en 1876, qui évoque un faune mi-homme, mi-animal se réveillant d’une sieste dans la forêt, dans un état de demi-rêve. Ce poème a ensuite inspiré Debussy, puis Nijinsky qui en a fait un ballet pour les Ballets Russes. Trois couches d’interprétation. Klausner en a ajouté une quatrième, la sienne, et c’est celle-ci qui défile.

Dries Van Noten au printemps 2027, Julian Klausner signe la grâce en mouvement
© Photo : Dries Van Noten

Le créateur emmène les spectateurs dans un voyage onirique, des ciels pastel de l’aube aux bleus profonds et aux violets sombres du crépuscule. La palette de couleurs évoluait comme le soleil sur un lac : tons pêche au début, puis épices, puis eau, puis sous-bois. Klausner semblait chercher des impressions de couleur plutôt que des couleurs elles-mêmes : du rose poudré, du vert menthe, qui se fondaient les unes dans les autres comme des reflets de coucher de soleil sur l’eau. On pensait à Monet. On pensait à ces toiles où la lumière se dissout avant qu’on ait eu le temps de la nommer.

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Les matières étaient à l’avenant. Acétate, viscose, soie lavée, mousseline, nylon aqueux, mailles quasi transparentes, légères comme des collants : tout concourait à maintenir une sensation de flottement permanent. Des pantalons cargo en tissu fluide acquéraient une sensualité inattendue. Des parkas semblaient prêtes à s’envoler. Les épaules tombantes et les manches longues accentuaient l’impression de décontraction absolue. Certains modèles portaient des shorts et des tops en soie noués, tandis que d’autres étaient drapés dans de longs manteaux ceinturés. L’écart entre ces deux propositions disait quelque chose d’essentiel : chez Klausner, la garde-robe masculine n’a pas besoin d’être uniforme pour être cohérente.

📌 Repères clés
🎨 Inspiration — Stéphane Mallarmé et L’Après-midi d’un faune nourrissent toute la narration du défilé.
🧵 Direction artistique — Julian Klausner signe son troisième défilé homme pour Dries Van Noten.
🌅 Palette — Des couleurs évoluant de l’aube au crépuscule, dans un esprit impressionniste.
🪶 Silhouettes — Matières aériennes, lingerie revisitée et tailoring assoupli redéfinissent l’élégance masculine.
🇫🇷 Lieu — Présentée à Paris, la collection compte parmi les propositions les plus remarquées du printemps 2027.
Dries Van Noten au printemps 2027, Julian Klausner signe la grâce en mouvement
© Photo : Dries Van Noten

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Ce qui frappe, c’est l’aisance avec laquelle il a intégré l’univers de la lingerie féminine dans des vêtements pour hommes. La collection comprenait des éléments d’inspiration lingerie, traités pour leur délicatesse, associés à une palette de couleurs tirée du rythme naturel de la nature et à des silhouettes utilitaires, détachées de leurs connotations militaires. Des camisoles brodées très ajourées, des dos nus en chiffon, un carré DVN noué sur le corps avec des rubans : tout cela aurait pu sembler anecdotique ou trop fragile. Ce n’était pas le cas. La collection a réussi à allier délicatesse, imprimés animaliers et formes jouant avec les codes du féminin. Un modèle tenait une pochette imprimée léopard d’une main gantée du même motif. Le faune était là, entre deux mondes, jamais tout à fait dans l’un ni dans l’autre.

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© Photo : Dries Van Noten

Klausner vient du prêt-à-porter féminin, et ça se voit – mais pas de la façon dont on pourrait le craindre. Ce n’est pas une question de genre flottant ou de transgression calculée. C’est une sensibilité différente à la matière, à la coupe, à la façon dont un vêtement se porte. Lors d’une présentation préalable au défilé, il a lui-même reconnu avoir abordé la mode masculine avec une certaine liberté née de l’ignorance : « Je n’avais rien à perdre, j’ai juste essayé. » Cette franchise désarme. Et le résultat aussi.

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Klausner confirme ici sa capacité à poursuivre le travail de Van Noten de manière respectueuse, mais hautement personnelle, et à transformer un défilé en un événement marquant, uniquement grâce à la musique et aux tenues – une légèreté considérée et nuancée, qui se fait de plus en plus rare aujourd’hui. La chanson choisie pour la fin, Daydream de Wallace Collection, envoyait les mannequins sur le podium dans un ordre délibérément brouillé, mélangeant les tenues et cassant la progression chromatique. Un chaos doux. Comme un rêve qu’on essaie de retenir au réveil.

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© Photo : Dries Van Noten

La maison anversoise, fondée par Dries Van Noten à la fin des années 1980, s’est toujours distinguée par ses collections portables, son élégance fondée sur des coupes raffinées et ses influences venues des quatre coins du monde. Klausner n’a pas trahi cet héritage. Il l’a simplement rendue plus légère. Moins chargé d’histoire, plus ouvert à l’instant présent. C’est peut-être le mouvement le plus difficile à réaliser pour une maison à fort ADN : ne pas imiter, ne pas rompre, mais prolonger autrement.

Dries Van Noten au printemps 2027, Julian Klausner signe la grâce en mouvement
© Photo : Dries Van Noten
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© Photo : Dries Van Noten
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© Photo : Dries Van Noten
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© Photo : Dries Van Noten
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© Photo : Dries Van Noten
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© Photo : Dries Van Noten
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