Sean Suen aime les gestes qui dérangent. Et lors de sa présentation à la Fashion Week de Paris printemps 2027, il s’est surpassé.
Dix ans. C’est le temps qu’il aura fallu à ce créateur pékinois, originaire de Chongqing, qui a étudié aux Beaux-Arts avant de devenir graphiste puis styliste, pour s’imposer comme une voix singulière du calendrier de la mode masculine à Paris. Présent sur le calendrier de la Fashion Week masculine de Paris depuis sa collection printemps-été 2016, il a franchi une étape supplémentaire cette saison. Une étape vers lui-même, pourrait-on dire. Backstage, il a confié que ce retour sur dix ans de défilés à Paris l’avait poussé à revisiter ses premières collections et à se montrer « plus personnel ».
Le résultat ? Une collection assumant ses contradictions avec un aplomb déconcertant.

On attendait le tailleur impeccable. On l’a eu. Mais Sean Suen a décidé de l’accompagner d’un geste inattendu : le « Beijing bikini ». Ce cliché populaire chinois, dans lequel des hommes relèvent leur T-shirt pour dégager leur ventre par forte chaleur, a été convoqué comme référence assumée, presque revendiquée. Ce que d’autres auraient traité avec condescendance, il en a fait une proposition stylistique. Un clin d’œil à une forme de virilité ordinaire, sans prétention.
Ce n’est pas la première fois que le créateur puise dans la culture populaire chinoise pour faire parler le vêtement. Sa collection printemps-été 2025 s’était inspirée du légendaire Mei Lanfang, maître de l’opéra de Pékin, pour explorer l’alliance subtile entre le masculin et le féminin, le réel et l’irréel. On y trouvait des cols en forme de nuage, des manches amples et des ceintures en jade intégrées à des coupes contemporaines. La collection printemps 2027 poursuit ce travail de réinterprétation, mais avec une candeur nouvelle, moins ornée et plus directe.
| 📌 Repères clés |
|---|
| 🗓️ Saison – Collection printemps-été 2027, présentée lors de la Fashion Week masculine de Paris 🎨 Titre de collection – Hidden One, centré sur la structure cachée et la beauté de ce qui ne se révèle pas immédiatement 👕 Geste signature – Le « Beijing bikini » — un cliché populaire chinois élevé en proposition stylistique aux côtés du tailleur d’exception ✂️ Technique clé – Cols mandarin à l’effet froissé obtenu par pattes boutonnées invisibles et pinces stratégiques ; pantalons dont la coupe est contrôlée par le nombre de plis 📅 Étape éditoriale – Dixième saison de Sean Suen sur le calendrier officiel parisien, depuis le printemps-été 2016 |

Ce qui distingue ce défilé de ceux qui l’ont précédé, c’est précisément la rigueur technique qui sous-tend chaque liberté prise. Sean Suen décrit son langage de création comme « un dialogue esthétique oriental avec des structures occidentales ». Et cette saison, ce dialogue prend une forme particulièrement habile.
Prenez, par exemple, ce col mandarin qui semble remonté, chiffonné, presque abandonné sur le corps. L’effet froissé, presque négligé, est en réalité le résultat de pattes boutonnées invisibles et de pinces stratégiquement placées. La nonchalance est construite. Elle ne se trouve pas, elle se fabrique. Voilà ce que Sean Suen sait faire mieux que quiconque : simuler le relâchement avec une précision d’horloger.
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Ailleurs dans la collection, des cols de chemise classiques européens sont détournés pour dégager la nuque ou donner l’impression d’une chemise non rentrée. Des pantalons semblent s’ouvrir, laissant entrevoir des sous-vêtements découpés réalisés en collaboration avec la marque chinoise Pour Lui. Ces effets auraient pu sonner faux entre de mauvaises mains. Associés à des pantalons dont la coupe est contrôlée par le nombre de plis, ils trouvent leur équilibre.
Intitulée Hidden One, la collection printemps-été 2027 s’articule autour de la structure cachée, des révélations discrètes et de la beauté de ce qui ne se laisse pas voir immédiatement. Un titre programmatique, presque un aveu. Car Sean Suen n’a jamais été un créateur de l’ostentation. Sa marque, fondée en 2012, est un hommage aux constructions traditionnelles de structures, de matières et de compositions, toutes au service d’une masculinité à venir.

Ce printemps 2027, cette masculinité s’autorise enfin un peu de désordre apparent. Les chapeaux de lettrés de l’ère impériale côtoient des silhouettes débraillées. La tradition et le pittoresque se regardent sans se dévisager. C’est peut-être cela, la vraie évolution chez Sean Suen : non pas abandonner la rigueur, mais accepter qu’elle puisse cohabiter avec quelque chose de moins sage.
En 2023, la maison a réalisé un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros, la Chine représentant la moitié de ses ventes, suivie par l’Europe et l’Amérique. Ce n’est pas un empire. Mais c’est une marque qui tient, qui se développe et qui évolue. Et dont le fondateur, après une décennie parisienne, a décidé de se faire davantage confiance.
Pour cette collection printemps 2027, Sean Suen a prouvé qu’un tailleur parfaitement coupé et un ventre à l’air pouvaient appartenir au même univers. Ce n’est pas une contradiction. C’est une vision.












