Lors de la Fashion Week de Paris, Maison Mihara Yasuhiro a prĂ©sentĂ© sa collection la plus Ă©purĂ©e depuis des saisons pour le printemps 2027 : des piĂšces froissĂ©es, des superpositions trompe-lâĆil et des pince-notes apparentes au service dâune nonchalance revendiquĂ©e.
Paris suffoquait sous 42 degrĂ©s. Maison MIHARA YASUHIRO ouvrait son dĂ©filĂ© avec trois mots qui auraient pu passer pour une provocation : « I hate summer » (je dĂ©teste lâĂ©tĂ©). Pas la chaleur en elle-mĂȘme, prĂ©cise le crĂ©ateur. PlutĂŽt ce que lâĂ©tĂ© charrie avec lui : cette mĂ©moire qui revient sans prĂ©venir, ce plaisir quâon nâarrive jamais tout Ă fait Ă fuir ni Ă saisir. Une nostalgie qui Ă©touffe autant quâelle appelle.

Le ton était donné. Et pour une fois, Yasuhiro a retenu sa main.
Depuis ses dĂ©buts dans le prĂȘt-Ă -porter masculin, le crĂ©ateur japonais est connu pour sa dĂ©construction signature. Pour le printemps 2027, elle Ă©tait toujours lĂ , mais plus sage. Les silhouettes sâaffaissent, les vĂȘtements semblent portĂ©s depuis plusieurs jours, voire avoir servi Ă dormir. « Je voulais que lâambiance soit dĂ©tendue », a-t-il glissĂ© aprĂšs le dĂ©filĂ©. « Je ne voulais pas que ça fasse trop luxe. » Une dĂ©claration rare dans un contexte oĂč le luxe se crispe sur sa propre dĂ©finition.
Ce que propose Yasuhiro ici, câest moins une collection quâune permission.
| đ RepĂšres clĂ©s |
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| đ Collection â Maison MIHARA YASUHIRO prĂ©sente sa vision du printemps 2027 Ă la Fashion Week de Paris. đ§” Concept â Une Ă©lĂ©gance volontairement relĂąchĂ©e portĂ©e par la « healthy laziness ». âïž Signature â Superpositions trompe-lâĆil, vĂȘtements froissĂ©s et pince-notes apparents renouvellent la dĂ©construction historique de la maison. đŻđ” CrĂ©ateur â Mihara Yasuhiro cĂ©lĂšbre trente annĂ©es de crĂ©ation avec une approche plus mature et plus Ă©purĂ©e. âš Ă retenir â Une rĂ©flexion sur le luxe contemporain oĂč le confort devient un vĂ©ritable langage stylistique. |

NĂ© en 1972 Ă Nagasaki et formĂ© Ă la Tama Art University de Tokyo, Mihara Yasuhiro a bĂąti sa rĂ©putation en trente ans de travail unique en son genre. Autodidacte de la chaussure, il a appris la fabrication de chaussures en parallĂšle de ses Ă©tudes, dans des ateliers. Il a lancĂ© sa premiĂšre enseigne, Archi Doom, en 1996, quâil a renommĂ©e dĂšs lâannĂ©e suivante. La marque sâinstalle Ă Paris en 2007 pour prĂ©senter ses collections masculines et prend officiellement le nom de Maison MIHARA YASUHIRO Ă partir de la collection automne-hiver 2016-2017. Trente ans aprĂšs ses dĂ©buts, il choisit de ralentir. Pas de renoncement.
Les pince-notes en mĂ©tal noir, que lâon utilise en cabine pour ajuster les vĂȘtements sur les mannequins, Ă©taient volontairement laissĂ©s visibles sur plusieurs tenues. Les manches Ă©taient retroussĂ©es et maintenues par ces mĂȘmes agrafes. Des vestes fermĂ©es de travers, lĂ©gĂšrement dĂ©calĂ©es. Yasuhiro y voit un hommage aux pianistes de jazz, avec leurs avant-bras dĂ©couverts, qui dĂ©gagent quelque chose de « sexy » sans effort apparent. Un geste, pas une pose.

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Les sacs de voyage, autre objet du quotidien que le crĂ©ateur dit pourtant dĂ©tester, ont Ă©tĂ© intĂ©grĂ©s directement aux piĂšces dâextĂ©rieur, cousus dans le dos des vestes. LâidĂ©e dâun vĂȘtement en transit, jamais vraiment arrivĂ© Ă destination. Cette maĂźtrise du layering, la superposition de couches de vĂȘtements, de styles et dâunivers diffĂ©rents, est depuis longtemps la marque de fabrique de la maison. Pour le printemps 2027, elle prend une tournure nouvelle : des tee-shirts superposĂ©s qui ne sont en rĂ©alitĂ© quâune seule piĂšce, avec le col dâun Henley et lâencolure dâun crew neck intĂ©grĂ©s dans le mĂȘme tissu. Lâillusion du multilayer sans la contrainte. « Je pensais que cela pourrait ĂȘtre stylĂ© », dit-il simplement. Et oui, câest le cas.

Des pyjamas quâon pourrait porter dans la rue. Des matiĂšres dĂ©lavĂ©es, des carreaux fanĂ©s. Ce que Yasuhiro appelle une « healthy laziness », une paresse saine, revendiquĂ©e, opposĂ©e Ă cette injonction permanente Ă se surpasser. Le message est clair : lâoptimisation perpĂ©tuelle ne mĂšne nulle part. Autant sâhabiller avec style sans y penser.
Ceux qui suivent la marque de prĂšs ne seront pas surpris par cette orientation. Les acheteurs multimarques soulignent rĂ©guliĂšrement la rapiditĂ© avec laquelle les piĂšces de la marque se vendent et la collection attire un spectre dâĂąges et de profils inhabituellement large pour une griffe de ce positionnement. Ce qui est encore plus Ă©tonnant, câest que le nom du crĂ©ateur est sous-reprĂ©sentĂ© dans la presse mode par rapport Ă lâinfluence rĂ©elle quâil exerce. Yasuhiro lui-mĂȘme sâen amuse. « Autrefois, je voulais ĂȘtre reconnu pour avoir fait quelque chose dâincroyablement crĂ©atif », confie-t-il. « Mais aprĂšs avoir traversĂ© cette phase et reçu des Ă©loges pour cela, jâai rĂ©cemment commencĂ© Ă vouloir ĂȘtre apprĂ©ciĂ© pour autre chose que ma seule crĂ©ativitĂ©. » Et cette affection, pour qui ? « Pour les vĂȘtements, bien sĂ»r, mais aussi pour ceux qui les portent. »

Câest peut-ĂȘtre cela, finalement, lâambition de cette collection printemps 2027. Pas la prouesse, pas lâexploit. Juste des vĂȘtements quâon a envie de porter et quâon nâenlĂšverait pas volontiers. Des piĂšces qui savent rester.
Quant Ă Yasuhiro lui-mĂȘme, la fin de saison le retrouvera sans doute lĂ oĂč il se sent le mieux : sur une vague, quelque part au large de Chiba, au lever du soleil.












