Le président Trump affirme avoir intervenu auprès d’Infantino pour « libérer » Balogun

Entre Washington et Zurich, une ligne directe semble s'être installée. Le football mondial découvre ce qu'elle peut changer, en quelques heures seulement.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
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Un simple coup de fil a suffi à faire trembler tout un tournoi. Le président américain a affirmé avoir appelé Gianni Infantino. Résultat : Folarin Balogun, l’attaquant vedette des États-Unis, a retrouvé sa place sur le terrain alors qu’il aurait dû purger une suspension automatique. Cette affaire, sans précédent dans l’histoire de la Coupe du monde, continue d’agiter la planète football ce lundi.

Tout a commencé mercredi dernier, à Cincinnati, lors du huitième de finale entre les États-Unis et la Bosnie-Herzégovine. Balogun percute son adversaire, Tarik Muharemovic, et son crampon se loge dans la cheville du défenseur. L’arbitre brésilien, Raphael Claus, consulte la vidéo et sort le carton rouge. Sanction automatique : une rencontre de suspension. Mais rien ne s’est déroulé comme prévu.

Le coup de fil présidentiel qui fait basculer le dossier Balogun

Selon plusieurs sources concordantes, dont l’Agence France-Presse et le New York Times, le président américain a personnellement appelé le président de la FIFA dès le lendemain du match. Il souhaitait comprendre pourquoi son attaquant avait été sanctionné pour un match qui n’avait pas encore été joué.

« Je n’ai pas dit ce qu’il devait faire. Je ne peux pas lui dire ce qu’il doit faire », a assuré Donald Trump depuis le Bureau ovale. Il a ajouté qu’il n’avait pas cru, sur le moment, à l’existence d’une faute. « Deux hommes qui courent à pleine vitesse et se percutent », voilà comment il a résumé la scène.

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Dimanche, la commission de discipline de la FIFA a annoncé sa décision. Elle ne se base pas sur un simple oubli de procédure. Elle invoque l’article 27 du code disciplinaire, qui permet de prononcer un sursis. Concrètement, la suspension de Balogun est gelée pour une période probatoire d’un an. Il pourra donc jouer contre la Belgique.

Trump n’a pas caché sa satisfaction. Il a remercié la FIFA d’avoir, selon ses mots, réparé une injustice.

Infantino invoque l’indépendance de la FIFA sous un feu politique

Face à la tempête, Gianni Infantino a pris la parole. Il confirme l’appel. Il refuse toutefois d’admettre qu’une quelconque pression ait été exercée sur ses services.

« C’est ainsi que fonctionne le système de la FIFA », a-t-il expliqué dans un communiqué, rappelant l’indépendance de ses instances judiciaires. Une formule qui n’a convaincu ni les fédérations européennes ni les observateurs du dossier.

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En effet, le contexte n’est pas favorable à Infantino. Les statuts de la FIFA imposent en effet une stricte neutralité politique. Or, depuis des mois, les deux hommes affichent une proximité assumée. En décembre dernier, le président de la FIFA avait remis à Donald Trump un prix de la paix créé pour l’occasion. La FIFA a également installé des bureaux dans un immeuble appartenant à la famille du président, à Manhattan.

Une plainte pour violation de la neutralité politique de la FIFA avait d’ailleurs déjà été déposée en décembre par une ONG. La semaine dernière, cinquante eurodéputés ont demandé que ce dossier soit traité.

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La Belgique et l’UEFA dénoncent une ligne rouge franchie

De son côté, la Fédération royale belge de football n’a pas mâché ses mots. Elle réclame des explications depuis dimanche. Elle n’en a reçu aucune.

Un appel a bien été déposé, mais il a été rejeté.

En conférence de presse, le sélectionneur belge Rudi Garcia n’a pas caché son amertume. Il a comparé le 5 juillet à un 1er avril footballistique, expliquant que son équipe ne défendait ni son maillot ni sa fédération, mais l’intégrité même du jeu.

L’UEFA, l’instance qui gouverne le football européen, est montée au créneau dans la foulée. Dans un communiqué, elle a dénoncé une décision qui, selon elle, avait franchi une ligne rouge. D’anciens grands noms du football se sont également exprimés. Wayne Rooney a parlé d’une disgrâce absolue. Gary Neville a jugé la décision insupportable pour l’image du sport.

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Du côté américain, en revanche, la tonalité est bien différente.

La FIFA face au soupçon d’un traitement réservé aux stars

Ce n’est pas la première fois que l’article 27 du code disciplinaire refait surface au cœur d’une polémique. Cristiano Ronaldo en avait lui aussi bénéficié cette année, lors des qualifications, après un coup de coude litigieux. Deux rencontres de suspension sur trois avaient alors été suspendues, ce qui lui avait permis de disputer l’ouverture de la Coupe du monde avec le Portugal.

Certains y voient une tendance de fond. La FIFA trouverait régulièrement le moyen de maintenir ses plus grandes stars sur le terrain, quitte à assouplir ses propres règles. L’an dernier déjà, l’instance avait modifié les critères d’accès à la Coupe du monde des clubs pour intégrer l’Inter Miami, le club de Lionel Messi.

Mauricio Pochettino, le sélectionneur de l’équipe américaine, a préféré défendre son joueur plutôt que la procédure elle-même. Selon lui, ce n’était pas un carton rouge. Il a rappelé que son équipe avait déjà payé le prix fort en jouant à dix contre la Bosnie-Herzégovine pendant une demi-heure.

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Folarin Balogun, meilleur buteur de l’équipe américaine avec trois réalisations, a fait preuve de prudence dans ses déclarations publiques. Il a évoqué son envie de montrer l’exemple aux plus jeunes qui le regardent. Ses coéquipiers, eux, n’ont pas caché leur soulagement. Christian Pulisic a raconté avoir vu un immense sourire s’afficher sur le visage de son coéquipier dès l’annonce de la nouvelle.

Quand la Maison-Blanche entre dans la mécanique disciplinaire du football

Plusieurs relais politiques et juridiques américains se sont mobilisés dans les jours qui ont suivi le match. Le secrétaire d’État Marco Rubio a même jugé que l’équipe nationale avait été lésée par l’arbitrage. Howard Lutnick, le secrétaire au Commerce, proche d’Infantino, aurait également suivi le dossier de près.

Andrew Giuliani, à la tête de la cellule de la Maison-Blanche dédiée à la Coupe du monde, a coordonné les échanges avec les avocats de la Fédération américaine.

Tout ceci constitue un tableau sans précédent dans l’histoire du football. Une intervention présidentielle assumée publiquement, capable de modifier le cours sportif d’un tournoi mondial. La question qui se pose désormais dépasse le simple sort de Folarin Balogun.

Elle touche à la crédibilité des instances chargées de faire respecter les règles du jeu.

Il reste une rencontre à jouer, ce lundi soir à Seattle, face à la Belgique. Et un climat électrique, où chaque décision arbitrale sera scrutée à la loupe.

Le président Trump, attendu à Ankara pour un sommet de l’OTAN, suivra la rencontre à distance. Gianni Infantino, lui, devra composer avec une confiance ébranlée au sein du football européen. Quant à Folarin Balogun, il n’aura d’autre choix que de répondre sur le terrain à une polémique qu’il n’a pas provoquée.

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