Qu’est-ce que l’IMAX 70mm, l’ultime démesure du cinéma argentique ?

Une pellicule géante, un projecteur de deux tonnes et demie, quarante salles dans le monde capables de la projeter : l'IMAX 70mm impose sa loi à L'Odyssée de Christopher Nolan.

Par
Christian Morizot
Christian Morizot
Pigiste ardu
Christian Morizot, c’est un peu le couteau suisse du numérique : pigiste depuis presque dix ans, il a roulé sa bosse dans la tech et le...
7 Minutes de lecture

L’IMAX 70mm est un format de pellicule cinématographique hors norme capable de restituer une définition et un piqué que les meilleurs projecteurs numériques peinent à égaler. Avec la sortie de L’Odyssée de Christopher Nolan, entièrement tourné dans ce format, la question revient sur toutes les lèvres des cinéphiles : pourquoi si peu de salles peuvent-elles diffuser ce format et qu’est-ce qui le rend techniquement supérieur ?

Qu’est-ce que l’IMAX 70 mm, l’ultime démesure du cinéma argentique ?

Une image argentique aux dimensions monumentales

Pour comprendre l’IMAX 70mm, il faut d’abord regarder sa géométrie. Le format 70mm classique, popularisé dans les années 1950 par le procédé Todd-AO, utilise une pellicule de 70 millimètres de large en projection, contre seulement 35 millimètres pour le format standard. En 1970, IMAX Corporation a poussé le concept encore plus loin en faisant défiler cette même pellicule horizontalement plutôt que verticalement.

Ce choix technique change tout. La surface exposée passe alors de 48 × 22 mm à un impressionnant 69 × 48 mm, soit une image environ trois fois plus grande qu’un cadre 70 mm traditionnel. Plus la surface de la pellicule est grande, plus elle peut capturer de détails, un peu comme un capteur photo plein format surpasse un petit capteur de smartphone. Cette logique explique la netteté saisissante des projections IMAX 70mm, souvent comparées à une fenêtre ouverte sur la scène plutôt qu’à un écran.

Qu’est-ce que l’IMAX 70 mm, l’ultime démesure du cinéma argentique ?

Une définition qui repousse les limites de la projection numérique

Techniquement, un négatif IMAX 70mm équivaut à une résolution native avoisinant les 18 000 pixels de large, un chiffre qui écrase largement les standards numériques actuels dont la 4K plafonne à environ 4 096 pixels. Cette comparaison brute mérite toutefois d’être nuancée, car le grain de la pellicule et les pertes lors du tirage réduisent la résolution effective perçue à l’écran. Toutefois, même en tenant compte de ces limites, le rendu final conserve une richesse de détails rarement atteinte par les caméras numériques grand public.

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Cette qualité a un prix : en poids et en volume. Pour le film Oppenheimer de Christopher Nolan, les copies IMAX s’étendaient sur environ 17,7 kilomètres de pellicule et pesaient près de 272 kilogrammes. Pour L’Odyssée, sorti cette année, la bobine atteint 17,4 kilomètres pour un poids de 385 kilogrammes, selon les données communiquées par le cinéma Kinepolis de Bruxelles, l’une des rares salles européennes équipées. L’installation de projection pèse d’ailleurs près de 2,5 tonnes dans cette salle bruxelloise.

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Une technologie accessible seulement dans une poignée de salles

Voir un film en véritable IMAX 70mm relève presque de l’exploit logistique. Selon les estimations les plus récentes, seules une quarantaine de salles dans le monde disposent de projecteurs capables de lire ce format de pellicule, sur un parc total de près de 2 000 salles labellisées IMAX. La confusion vient justement de là : la grande majorité des salles portant le nom IMAX projettent en réalité en numérique, un format que certains cinéphiles surnomment avec ironie les « Lie-MAX ».

Cette rareté s’explique par des raisons économiques autant que techniques. Les projecteurs IMAX 70mm sont énormes et coûteux à entretenir, et nécessitent un personnel formé spécifiquement pour manipuler des bobines aussi lourdes et fragiles. Chaque copie doit être physiquement transportée, montée, puis démontée entre les séances, une contrainte que le numérique a justement permis d’effacer pour la quasi-totalité des salles.

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Christopher Nolan porte l’IMAX argentique à son apogée

Il reste aujourd’hui l’un des rares réalisateurs à défendre bec et ongles ce format lourd et onéreux. Il l’utilise depuis plusieurs films, de Dunkerque à Oppenheimer, jusqu’à L’Odyssée, qu’il a entièrement tourné en pellicule IMAX 70mm, une première pour un long métrage de fiction de cette ampleur. Cette fidélité artistique s’accompagne d’un discours constant sur l’importance de préserver une expérience immersive que le numérique ne reproduirait pas totalement selon lui.

Le réalisateur britannique explique régulièrement que l’écran géant et la définition de la pellicule procurent une sensation de présence physique dans la salle, comparable à celle d’une fenêtre grande ouverte. Cette conviction a des conséquences concrètes pour le spectateur, puisque le cadrage du film change selon le format de projection choisi. Une partie de l’image tournée en 1,43:1, le format plein cadre de l’IMAX 70mm, disparaît purement et simplement sur les écrans numériques standards.

Qu’est-ce que l’IMAX 70 mm, l’ultime démesure du cinéma argentique ?

L’expérience IMAX 70 mm vécue depuis la salle

Face à cette complexité, il est difficile de reprocher au public sa confusion. Réserver une place dans une salle labellisée IMAX ne garantit absolument pas de voir le film tel que le réalisateur l’a conçu à l’origine. Seules les salles équipées de la véritable pellicule 70mm, comme le Grand Rex à Paris ou le Kinepolis de Lomme, dans le nord de la France, permettent de profiter du cadrage complet et de la définition maximale voulus par Nolan.

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L’unique salle IMAX 70mm de France, située au Pathé Odysseum de Montpellier, ainsi que l’ouverture récente d’une salle IMAX 70mm au Kinepolis de Bruxelles, offrent des options supplémentaires en Europe, rejoignant un cercle encore restreint sur le continent. Cette rareté, entretenue autant par les contraintes techniques que par les choix artistiques de certains réalisateurs, garantit paradoxalement à ce format centenaire une aura toujours intacte auprès des cinéphiles les plus exigeants.

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