Elon Musk promet une Odyssée « historiquement exacte » générée entièrement par l’IA Grok

Elon Musk défie Christopher Nolan sur le terrain d’Homère et promet de confier à Grok la réalisation d’une Odyssée entièrement générée par intelligence artificielle.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
7 Minutes de lecture
Jimmy Gonzales, Matt Damon et Himesh Patel dans L'Odyssée - © Photo : Melinda Sue Gordon/Universal Pictures/Avec l'aimable autorisation d'Everett Collection.
Elon Musk annonce que Grok, son intelligence artificielle, produira une version complète de L’Odyssée avant fin 2026. Cette annonce suit la sortie en salles, le 17 juillet 2026, de L’Odyssée de Christopher Nolan, dont le casting de Lupita Nyong’o en Hélène de Troie suscite la polémique de Musk depuis février 2026.

Elon Musk n’a visiblement pas fini avec Homère. Quelques jours à peine après le triomphe en salles de L’Odyssée de Christopher Nolan, le patron de X a annoncé que Grok, son intelligence artificielle, allait produire sa propre version du poème antique. Verdict promis avant la fin de l’année : un film complet, « historiquement exact » et fidèle, selon lui, à l’esprit d’Homère.

Cette annonce, à la fois grandiloquente et symptomatique d’une époque où les images se fabriquent désormais sans caméra ni plateau, mérite qu’on s’y arrête.

Tout commence, une fois n’est pas coutume, par un post sur X. Il y relaie un court-métrage de trois minutes généré par Grok Imagine, œuvre d’un internaute inspiré par l’épopée grecque. Le message qui l’accompagne ne laisse guère de doute sur ses intentions : avant la fin de l’année, assure-t-il, son outil livrera « un film complet de L’Odyssée, historiquement exact et fidèle à l’art de Homère ». Cette affirmation peut surprendre lorsqu’il s’agit d’un texte vieux de près de 2 800 ans, considéré depuis l’Antiquité comme une œuvre de fiction peuplée de cyclopes, de sirènes et de sorcières transformant des marins en porcs.

Car c’est bien là que le bât blesse. Le long-métrage de Nolan, sorti le 17 juillet dans les salles IMAX du monde entier, cristallise depuis des mois une polémique bien éloignée des questions d’exactitude archéologique. Tout est parti du choix de Lupita Nyong’o pour incarner Hélène de Troie. Dès février, Musk s’en était pris publiquement au cinéaste : « Chris Nolan a perdu son intégrité », avait-il lâché sur X, reprenant l’idée qu’un personnage décrit par Homère comme blond et pâle ne pouvait être joué par une actrice noire. Les mois suivants n’ont fait qu’accentuer la charge, jusqu’à des accusations bien plus frontales à l’encontre du réalisateur.

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Le projet Grok s’inscrit donc moins dans une démarche artistique que dans la prolongation d’une guerre culturelle version numérique. La séquence relayée par Musk, centrée sur la rencontre entre Ulysse et la nymphe Calypso, laisse entrevoir une distribution entièrement blanche, en miroir inversé des choix de casting de Nolan. Le milliardaire avait par ailleurs affiché, dans un tout autre registre, sa volonté de financer Mel Gibson à hauteur de cent millions de dollars pour une adaptation tournée intégralement en grec homérique. De quoi mesurer l’ampleur de l’obsession.

Face à cette agitation permanente, Nolan a choisi de prendre ses distances. Interrogé sur les polémiques précédant la sortie du film, le réalisateur avait balayé le sujet d’une formule sobre, presque désabusée : ces débats, disait-il en substance, surviennent toujours avant que le public n’ait vu le film et perdent donc toute pertinence. Une manière élégante de renvoyer la controverse à son statut de bruit de fond, pendant que L’Odyssée poursuivait sa route sur les écrans.

Et cette route s’est révélée particulièrement flatteuse. Le film a signé le meilleur démarrage de l’année pour une œuvre en prises de vue réelles, devancé seulement par deux productions d’animation familiale. Avec un score impressionnant auprès du public et une collecte mondiale dépassant les 260 millions de dollars, le film est déjà le plus gros succès international de la carrière de Nolan, devançant même The Dark Knight Rises. Autrement dit, la fureur de Musk n’a laissé aucune trace sur les recettes. Elle a tout au plus nourri la conversation.

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Le casting incriminé mérite justement qu’on s’y attarde un instant. Autour de Matt Damon, qui interprète Ulysse, se trouvent Tom Holland dans le rôle de Télémaque, Anne Hathaway dans celui de Pénélope, Zendaya dans celui d’Athéna et Charlize Theron dans celui de Circé, aux côtés de Robert Pattinson, Elliot Page ou encore Jon Bernthal. Un ensemble hétéroclite, pensé à rebours des évidences muséales, qui a précisément cristallisé la colère de Musk bien avant la sortie du film, dès la confirmation du rôle de Nyong’o à l’automne 2024. La polémique a donc couvé pendant plus d’un an avant d’éclater pour de bon.

Reste la question que pose, bien malgré elle, cette querelle : que signifie être « fidèle » à un texte fondateur transmis oralement pendant des siècles avant d’être fixé par l’écriture, puis traduit, adapté et réinterprété sans discontinuer depuis vingt-cinq siècles ? Invoquer l’exactitude historique pour un récit mêlant dieux, monstres et prodiges relève moins de l’analyse philologique que de l’argument rhétorique taillé pour la polémique plutôt que pour l’étude. Plusieurs internautes ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, rappelant sur X qu’aucune source ne permet d’attester l’existence réelle d’Hélène de Troie.

Cet épisode dit surtout quelque chose du moment que traverse le septième art. D’un côté, un cinéaste qui mise sur la pellicule IMAX, des tournages en décors réels et un casting international pour donner vie à un mythe. De l’autre, un milliardaire de la tech qui promet, depuis son téléphone, de court-circuiter des mois de production avec un simple prompt. Entre les deux, le public a déjà tranché : il continue de remplir les salles pour voir Ulysse affronter la mer, tandis que Grok n’a encore livré qu’une esquisse de trois minutes.

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Reste à savoir si, d’ici la fin de l’année, la promesse sera tenue. L’histoire du cinéma regorge d’annonces tonitruantes jamais suivies d’effet. Musk, habitué des calendriers optimistes qu’il ne respecte pas toujours, pourrait bien ajouter cette Odyssée artificielle à une liste déjà longue de projets évoqués avec fracas, puis discrètement enterrés. En attendant, Nolan engrange les recettes et laisse la polémique gronder loin de son plateau.

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