McQueen rentre Ă  Londres : l’homme printemps 2027 troque le glamour parisien pour la rigueur de Savile Row

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
8 Minutes de lecture
© Photo : McQueen
Alexander McQueen a présenté sa collection homme printemps 2027 le dimanche 20 septembre 2026, dans l’Undercroft de la chapelle de Lincoln’s Inn, à Londres. Il s’agit du premier défilé londonien du directeur artistique Seán McGirr depuis sa nomination en 2023, et du retour de la maison dans sa ville de fondation, vingt-cinq ans après sa création par Lee Alexander McQueen en 1992. Le tailleur Huntsman (Savile Row) et le joaillier Shaun Leane ont collaboré sur la collection.

Vingt-cinq ans après la création de la marque par Lee Alexander McQueen en 1992, la maison choisit de revenir sur ses terres d’origine plutôt que de continuer à défiler à Paris. Un symbole fort dans une industrie du luxe où le choix du lieu vaut souvent autant que celui des tissus.

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© Photo : McQueen

Il aura fallu un quart de siècle à McQueen pour boucler la boucle. Dimanche, la maison a présenté sa collection printemps 2027 dans l’Undercroft de la chapelle de Lincoln’s Inn, un espace du XVIIe siècle dont les dalles portent encore les noms de juristes et de prédicateurs depuis longtemps disparus. Le choix du lieu n’est pas anodin : c’est à Londres que Lee Alexander McQueen a fondé sa griffe en 1992, et c’est là que Seán McGirr, directeur artistique depuis 2023, a voulu ramener la maison pour son premier défilé londonien.

Pour l’homme, ce retour se traduit par un vestiaire qui assume enfin sa propre voix plutôt que de simplement citer l’héritage du fondateur.

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© Photo : McQueen

McGirr n’a pas caché ses intentions. Il décrit la capitale britannique comme le cœur battant de l’identité de la maison, où se croisent sans cesse tradition et esprit de contestation. Cette tension, il l’a puisée dans les rues de la ville, dans son énergie nocturne autant que dans son passé. D’un côté, la lumière presque religieuse des tableaux qu’il admirait enfant. De l’autre, les basses et les corps en sueur des raves qui ont façonné une partie de la culture jeune britannique. Le défilé jouait sur cet écart entre gravité et électricité.

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Le lieu du défilé a renforcé cette lecture. Une chapelle désacralisée, un plafond gothique aux nervures étoilées, des bancs en bois brut : le décor conférait au vestiaire masculin une dimension presque cérémonielle, loin du glamour parisien auquel la maison s’était habituée ces dernières années.

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© Photo : McQueen

La pièce forte de cette collection printemps 2027 reste le costume. McGirr a fait appel à Huntsman, un tailleur historique de Savile Row qui avait déjà collaboré avec McQueen par le passé, pour concevoir trois silhouettes masculines entièrement sur mesure, taillées dans des lainages britanniques traditionnels. La coupe y est d’une précision extrême, presque martiale, mais toujours détournée par un détail qui vient bousculer l’ensemble : un col relevé, une épaule qui se prolonge en ligne courbe évoquant une aile repliée, ou encore un empiècement de cuir qui vient cercler le buste comme un harnais. Ce recours à Savile Row n’est pas anodin non plus : c’est là que se joue historiquement la crédibilité d’une maison en matière de tailoring masculin, un domaine dans lequel McQueen ne cherchait plus vraiment à s’imposer depuis un moment.

Cette silhouette « ailes d’ange », que l’on retrouve aussi bien dans le vestiaire féminin que masculin de la collection, résume assez bien le projet de McGirr : garder la rigueur du tailoring anglais tout en lui donnant une respiration presque organique. Les épaules ne sont plus seulement structurées, elles semblent vouloir se déployer.

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Impossible de parler de cette collection sans évoquer la collaboration avec le joaillier Shaun Leane, complice historique de Lee McQueen, qui revient ici pour concevoir des pièces de métal précieux portées à même le corps. Ses créations, mi-bijou mi-armure, ponctuent les silhouettes masculines de touches froides et tranchantes qui contrastent avec la douceur des matières environnantes. Un col de métal, un harnais fin, une chaîne qui court sur un revers : le geste est discret, mais il change la lecture de la pièce et la fait basculer du costume classique vers quelque chose de plus ambigu. Le retour de Leane, tout comme celui de Huntsman, dessine une stratégie assez lisible chez McGirr : réactiver les collaborateurs historiques de Lee McQueen plutôt que d’aller chercher de nouveaux noms. C’est une façon de légitimer sa direction créative sans avoir à la justifier frontalement.

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Autre choix marquant pour la collection homme : la couleur s’efface presque entièrement. Le noir, le gris et le blanc dominent largement la collection, avec quelques touches de vert, de rose pâle ou de bleu glacé qui n’apparaissent que par éclats. Le rouge, pourtant associé à la maison depuis des années, brille par son absence. Ce choix accentue le caractère presque monastique du vestiaire masculin, en cohérence avec le décor du défilé.

Le tulle fumé et les surfaces réfléchissantes, empruntés au vestiaire féminin, se retrouvent aussi ponctuellement du côté homme, notamment sur des vestes dont la texture change selon la lumière. Rien d’ostentatoire, mais un jeu de matières qui demande à être vu de près.

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Pour les inconditionnels de McQueen, cette collection ne tourne pas complètement le dos au passé. Certaines pièces reprennent le motif de crâne devenu emblématique de la marque, mais cette fois-ci traité avec une discrétion nouvelle plutôt qu’en motif dominant. Une manière pour McGirr de rassurer une clientèle historique tout en affirmant sa propre direction créative.

Cette collection printemps 2027 arrive à un moment charnière pour la maison, engagée depuis plusieurs saisons dans une recherche d’équilibre commercial. Le pari de McGirr semble clair : miser sur un style identifiable, presque intemporel, pour reconquérir une clientèle masculine exigeante, tout en conservant assez de tension et de métal pour que la pièce reste reconnaissable comme du McQueen.

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Reste à voir comment ce vestiaire se traduira en boutique – les collections de défilé arrivent généralement chez McQueen plusieurs mois plus tard, avec un travail de commercialisation qui gomme souvent une partie des pièces les plus radicales vues sur le podium. Mais sur le podium londonien, le message était limpide : l’homme McQueen en 2027, c’est une épaule parfaitement construite, une pointe de métal froid et une couleur qui préfère se faire discrète. Reste à savoir si ce retour aux sources suffira à McGirr pour imposer sa propre légende ou s’il restera d’abord lu comme un hommage – aussi réussi soit-il – à celle de Lee McQueen.

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