| En 2026, le mocassin s’impose comme une alternative à la sneaker dans la mode urbaine. Selon GlobalData, les chaussures de sport représentaient plus de 50 % du marché mondial de la chaussure en 2024, contre environ 37 % en 2012. Les marques adidas, New Balance et Vans ont déjà exploré les modèles hybrides. |
Le mocassin va-t-il tuer la sneaker ? Posée ainsi, la question pourrait passer pour un caprice de la rédaction mode. Sauf qu’elle ne sort pas d’un défilé. Elle vient de la finance.
Le 14 octobre, Fashion Network a repris une tribune de Bloomberg Opinion qui commence par cette phrase : « La Bourse reflète enfin ce que les spécialistes de la mode répètent depuis des mois. » Traduction pour ceux qui comptent leurs paires de baskets comme d’autres comptent leurs timbres : la basket au bureau n’impressionne plus grand monde. Et les investisseurs commencent à le faire payer aux géants du sportswear.
La sneaker représente plus de la moitié du marché mondial
Je vous le dis franchement, je me méfie des avis de décès. On a enterré la basket blanche dix fois. Elle est toujours là . Sous les bureaux, au fond des sacs, au pied du lit…
Mais les données de GlobalData méritent qu’on s’y arrête. En 2012, les chaussures de sport représentaient environ 37 % du marché mondial de la chaussure. Douze ans plus tard, elles dépassaient les 50 %.
Une chaussure vendue sur deux.
Aucun style n’avait jamais pesé aussi lourd. Et c’est précisément pour cette raison que le moindre recul fait trembler les cours.
Le cabinet d’études Edited avance ensuite une hypothèse qui risque de faire grincer des dents dans les files d’attente des sorties du samedi : le mocassin pourrait détrôner la basket comme chaussure confortable incontournable de l’automne. Chez les hommes. Chez les femmes aussi.
Une précision s’impose. Il s’agit d’une analyse, d’une opinion argumentée, pas d’un événement. Aucune marque n’a annoncé la fin de quoi que ce soit. Personne n’a fermé d’usine. On parle d’une tendance et d’un marché qui y croit.

adidas progresse dans le sport, le lifestyle ralentit
Bloomberg aligne les signaux, un par un. Chez Lululemon, par exemple, les ventes de leggings ont reculé d’environ 20 % au deuxième trimestre fiscal, un chiffre avancé par la direction elle-même lors de la présentation des résultats début septembre. Chez adidas, la catégorie performance a bondi de 39 % sur le trimestre clos fin juin, dopée il est vrai par la Coupe du monde, tandis que le lifestyle, celui des modèles qu’on porte en terrasse, n’a progressé que de 2 %. La chaussure, elle, plafonne à +1 %, plombée par les promotions sur les modèles lifestyle en Europe.
Le sport se vend pour faire du sport. Pour le reste, l’envie s’essouffle.
Face à eux, les fabricants de chaussures plus habillées respirent. Steve Madden a revu à la hausse ses prévisions pour le deuxième trimestre consécutif. Birkenstock a fait de même en août, porté par ses sabots et ses modèles plus citadins. Selon Bain & Company, même le secteur du luxe voit les escarpins et les modèles statutaires reprendre des couleurs aux États-Unis et au Japon.
Le consommateur se rhabille. Le blazer revient en force, tout comme le pantalon à pinces. Les pieds suivent. La tribune le formule sans détour : « Tant que nous ne nous serons pas lassés de nos blazers », les marques de sport devront trouver une parade.
adidas, New Balance et Vans misent sur le mocassin hybride
Elles n’ont pas attendu les analystes : adidas a transformé sa Handball Spezial en « snoafer », contraction anglaise de sneaker et de loafer (le nom américain du mocassin). Un hybride assumé, plat et fin, à mi-chemin entre la basket et le soulier de ville, vendu autour de 120 à 130 euros. adidas n’est pas le premier : New Balance et Vans s’y sont essayés avant lui. Mais voir la marque décliner l’une de ses silhouettes les plus en vogue en dit long sur le sens du vent.
Les grosses semelles des années 2010 ? Rangées au placard.
De son côté, Celine a ressorti avec Reebok la Freestyle Lo, une chaussure d’aérobic de 1982 refaite en cuir d’agneau, sans ses empiècements. Pointures et coloris se sont évaporés en quelques jours sur plusieurs marchés. La preuve que la basket ne meurt pas. Elle maigrit. Elle s’habille. Pour adidas, l’hybride sert surtout de police d’assurance : si le client passe au soulier de ville, autant qu’il le fasse avec trois bandes aux pieds.
John Peters, le PDG de la marque américaine Amberjack, spécialiste des chaussures de ville confortables, a résumé la situation au magazine WWD avec une phrase que je trouve juste : « Personne ne va revenir au costume-cravate de sitôt. » Le mocassin de 2026 n’est donc pas celui de votre grand-oncle notaire. C’est un compromis. Un soulier qui a retenu les leçons du confort.
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Six mocassins pour passer de la sneaker au soulier de ville
VoilĂ la partie que les analystes financiers ne feront pas pour vous.
Le penny loafer. La base, le point de départ. Il se caractérise par une bride de cuir sur le dessus, avec cette fente où les étudiants américains glissaient une pièce de un cent. C’est G.H. Bass qui l’a popularisé dans les années 1930 avec ses Weejuns, toujours au catalogue pour environ 200 euros. Commencez avec un modèle en cuir brun ou bordeaux. Le noir verni est plus radical et plus difficile à porter avec un jean délavé.

Le mocassin à semelle crantée. C’est la porte d’entrée la plus douce pour un sneakerhead. Une grosse semelle de gomme, des crans profonds, du volume. Le pied ne se sent pas trahi. PRADA a lancé la tendance il y a quelques saisons, Dr. Martens et la fast fashion ont suivi. Bonus non négligeable : la pluie d’octobre ne vous fait plus peur.
Le Gommino de TOD’S. Une icône italienne, souple comme un chausson, avec ses picots de caoutchouc sous la semelle et jusque sur le talon. Comptez environ 590 euros. Notre conseil : réservez-le aux jours secs et aux trajets courts. Les picots s’usent en effet rapidement sur le bitume.

Le mocassin en daim. Plus doux, plus décontracté, il est idéal avec un sweat à capuche. Ralph Lauren en propose à partir de 175 euros environ, souvent moins en période de soldes, et Mango autour de 70 euros. Pensez à appliquer un spray imperméabilisant avant la première sortie, sinon vous pleurerez à la première averse.

Le 180 de J.M. Weston. La référence française, née en 1946 et adoptée dans les années 1960 par la bande du Drugstore sur les Champs-Élysées. Un investissement sérieux : plusieurs centaines d’euros (comptez entre 700 et 800 euros en boutique, à titre d’estimation). Mais c’est le genre de paire qui se ressemelle et vous suit dix ans.

Le cuir froncé. Le détail mode de la saison. Le dessus légèrement plissé casse l’aspect trop lisse du mocassin classique. Saint Laurent l’a poussé très haut et les enseignes plus abordables l’ont déjà décliné.
Pour les consommateurs, l’affaire a d’ailleurs un parfum de revanche. Si le marché de la basket se joue à Portland et à Herzogenaurach, celui du mocassin passe aussi par Limoges, où Weston fabrique toujours ses souliers. Avec des prix allant de 70 euros chez Mango à ceux des boutiques parisiennes de Weston, la fourchette est large, et c’est en essayant en magasin, plus qu’en commandant en ligne, que ce genre de paire se choisit.
Jean, chaussettes et pantalon cargo modernisent le mocassin
Oubliez le costume. Pensez Ă votre garde-robe actuelle.
Optez pour un jean droit ou large, coupé à la cheville, qui ne casse pas sur la chaussure. Le mocassin a besoin d’espace.
Des chaussettes blanches côtelées. C’est le clin d’œil le plus naturel pour ceux qui sortent de la culture basket, et ça désamorce immédiatement le côté guindé.
Optez pour un cargo technique ou un pantalon de survêtement avec une semelle crantée. Le contraste fonctionne justement parce qu’il surprend.
Côté taille, attention. Un mocassin se porte plus ajusté qu’une basket, car le cuir se détend avec le temps. Beaucoup de vendeurs conseillent une demi-pointure en dessous de votre taille habituelle pour les sneakers. Essayez-les en fin de journée, quand le pied a un peu gonflé. Et marchez dans la boutique. Longtemps.
La sneaker conserve sa place, le mocassin élargit le vestiaire
Non, et je ne crois pas qu’elle le sera de sitôt. Le marché se retire d’un style qui a tout raflé pendant dix ans, c’est son métier. Le vôtre est différent.
Gardez vos paires. Rangez les plus imposantes pour le week-end. Puis faites une place, une seule, Ă un mocassin bien choisi. La plupart de ceux qui franchissent le pas se demandent ensuite pourquoi ils ont attendu si longtemps.



