Trente ans de MR-G, la G-SHOCK se pare de platine et d’or sous la main d’un maître de Kyoto

Dans un atelier de Kyoto, Hiroto Rakusho dépose grain par grain le platine sur le cadran d’une G-SHOCK. La MR-G fête ses trente ans, et aucun exemplaire ne ressemble au suivant.

Par
Vincent Mechet
Pigiste spécialisé en horlogerie, Vincent Méchet décrypte l’univers des montres avec précision et passion. Entre savoir-faire traditionnel et innovations, il met en lumière aussi bien les...
10 Minutes de lecture
La G-SHOCK MR-G B2100HR - © Photo : CASIO
G-SHOCK célèbre les 30 ans de sa collection MR-G avec deux éditions limitées de la MRG-B2100, décorées à la main par l’artisan japonais Hiroto Rakusho. La MRG-B2100HR-1ADR, ornée de platine, coûte 7 500 € et compte 800 exemplaires. La MRG-B2100HS-9ADR, ornée d’or, est limitée à 150 pièces. Leur commercialisation en France débute le 2 novembre 2026.

Trente ans. C’est l’âge de la ligne MR-G, qui a fait passer la G-SHOCK de la résine au métal haut de gamme. Pour marquer cet anniversaire, CASIO ne s’est pas contenté d’un nouveau coloris. La marque japonaise a fait appel à un artisan de Kyoto, Hiroto Rakusho, pour décorer à la main le cadran de sa MRG-B2100, la « CasiOak » en titane déjà bien connue des amateurs. Le résultat tient en deux références : l’une à la feuille de platine, l’autre à la feuille d’or, limitées à 800 et 150 exemplaires. Vous pouvez les découvrir dès aujourd’hui dans les G-SHOCK Stores de Paris et de Lyon.

Revenons un instant en arrière. La première G-SHOCK est sortie en 1983. Elle est en résine noire et doit survivre à une chute de dix mètres. Une décennie plus tard, la montre est devenue un phénomène de société, de la Californie à Tokyo.

G-SHOCK fête les 30 ans de MR-G en lançant deux montres habillées de platine et d’or
La G-SHOCK MR-G B2100HR – © Photo : CASIO

Chez CASIO, une petite équipe veut alors aller plus loin. Selon le site officiel de la marque, Kikuo Ibe, l’ingénieur à l’origine de la G-SHOCK, réunit huit techniciens qui travaillent en dehors de leurs heures habituelles sur un concept presque contradictoire. Ils cherchent en effet à concevoir une montre en métal aussi résistante que sa cousine en plastique. La solution passe par une lunette indépendante qui absorbe les chocs, s’inspirant des pare-chocs automobiles.

La MRG-100 est ainsi née en 1996. Elle coûte environ cinq fois le prix d’un modèle G-SHOCK classique et certains doutent en interne de sa réussite commerciale. Elle se vend pourtant très bien, selon la marque. Depuis, la gamme MR-G occupe le haut de la gamme, avec une production assurée par l’usine Yamagata Casio, dans le nord du Japon, et un goût prononcé pour les alliages rares et le polissage à la main.

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G-SHOCK fête les 30 ans de MR-G en lançant deux montres habillées de platine et d’or
La G-SHOCK MR-G B2100HR – © Photo : CASIO

La MRG-B2100 n’a rien d’une inconnue. Sa silhouette dérive de la ligne 2100, lancée en 2019 et vite surnommée « CasiOak » par les collectionneurs en raison de sa lunette octogonale rappelant celle de la Royal Oak d’Audemars Piguet. La déclinaison MR-G a été présentée en mai 2024.

Son cadran s’inspire du kigumi. Cette technique de menuiserie japonaise permet d’assembler des pièces de bois sans clou ni élément métallique. Sur la montre, elle prend la forme d’un treillis ajouré en relief qui laisse passer la lumière jusqu’aux cellules solaires placées dessous. La lunette compte 27 éléments distincts, polis séparément avant d’être assemblés.

Les dimensions ne changent pas. Le boîtier mesure 49,5 mm sur 44,4 mm, pour 13,6 mm d’épaisseur et un poids d’environ 122 grammes. Le format reste généreux. Si vous avez le poignet fin, un essai en boutique s’impose avant de signer.

L’essentiel se joue sur le cadran.

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G-SHOCK fête les 30 ans de MR-G en lançant deux montres habillées de platine et d’or
La G-SHOCK B2100HS-9ADR – © Photo : CASIO

Hiroto Rakusho est né en 1962 à Nishijin, le quartier de Kyoto réputé pour ses soieries tissées de fils métalliques. Il a appris le métier auprès de son père, Jisaku Nishiyama, puis a fondé sa propre marque en 2002. Le ministère japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie lui a attribué le titre de maître de l’artisanat traditionnel et la préfecture de Kyoto l’a reconnu comme maître artisan. Il a également participé au Digital Archive Project, un programme consacré à la sauvegarde du patrimoine culturel. Son travail sort depuis longtemps du seul cadre textile, avec des collaborations menées auprès de designers et d’artistes de tous horizons.

Pour CASIO, il a réalisé deux œuvres originales autour du thème « Haruka ». La marque traduit ce mot japonais par « éternité » et y associe l’idée d’une force qui traverse le temps. La feuille de platine ou d’or est réduite en fines particules, puis déposée à la main sur le treillis par l’artiste lui-même. Ces particules accrochent la lumière de manière irrégulière et créent des zones d’ombre. Deux exemplaires ne présentent donc jamais tout à fait le même visage.

G-SHOCK fête les 30 ans de MR-G en lançant deux montres habillées de platine et d’or
La G-SHOCK B2100HS-9ADR – © Photo : CASIO

Soyons clairs sur un point. La quantité de métal précieux reste infime, puisqu’une feuille d’or traditionnelle mesure moins d’un micron d’épaisseur. Le prix rémunère le travail de l’artisan et la rareté de la série, et non le poids du platine ou de l’or.

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Pour la lunette et le bracelet, CASIO a opté pour une approche plus technologique. Les textures qui rappellent l’aspect de la feuille métallique naissent d’un procédé de couleur structurelle.

Ce principe est connu des naturalistes. Certaines ailes de papillon ou certains minéraux ne contiennent en effet aucun pigment coloré. Leur surface microscopique décompose la lumière et fait apparaître des teintes irisées. Pour reproduire ce phénomène sur le métal, Casio utilise un laser de haute précision à impulsions ultracourtes. Les couleurs varient selon l’angle d’observation. Rien n’est peint.

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Les matériaux restent fidèles à la tradition MR-G. La lunette est en COBARION, un alliage de cobalt et de chrome fabriqué exclusivement par la société Eiwa, qui est environ quatre fois plus dur que le titane pur selon CASIO. Le bracelet est en DAT55G, un alliage de titane produit par Daido Steel et trois fois plus dur. Le boîtier est en titane Ti64 traité DLC (un revêtement carbone très dur qui protège des rayures) sous un verre saphir. Le fond vissé porte la gravure « MR-G 30TH » ainsi qu’un numéro de série individuel.

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Sous cette décoration, la montre reste une G-SHOCK moderne. Le mouvement à quartz est alimenté par l’énergie solaire. L’heure se synchronise par radio sur six émetteurs internationaux et par Bluetooth avec votre smartphone. L’étanchéité atteint 20 bars, soit 200 mètres, et la montre résiste aux chocs comme aux champs magnétiques.

Les puristes de la mécanique haussent parfois les épaules devant une telle fiche technique. Ils auraient tort de s’arrêter là. Une montre que vous n’aurez jamais à remettre à l’heure ni à remonter, et qui est capable d’encaisser un choc violent, a une logique très solide.

Venons-en maintenant à la question qui fâche.

G-SHOCK fête les 30 ans de MR-G en lançant deux montres habillées de platine et d’or
© Photo : CASIO

La MRG-B2100HR-1ADR, version platine, est vendue 7 500 euros et limitée à 800 exemplaires. La MRG-B2100HS-9ADR « Haruka Gold » grimpe à 15 000 euros [à confirmer auprès de Casio France], pour seulement 150 pièces. Son écrin est lui aussi recouvert de feuille d’or et signé par Hiroto Rakusho. Le tarif japonais de la version platine s’élève à 1 100 000 yens taxes comprises, soit environ 6 000 euros. L’écart tient en partie à la TVA, deux fois plus élevée en France, mais même hors taxes, le client européen paie environ 15 % de plus.

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Ces montants placent ces deux G-SHOCK face à des montres mécaniques suisses de belle facture. Pour mesurer ce que coûte vraiment le cadran, il faut les comparer à la MRG-B2100 de série, vendue autour de 4 000 euros : la signature de Rakusho double à peu près la facture. Le public visé n’est pourtant pas le même. Ces modèles s’adressent d’abord aux collectionneurs de MR-G, nombreux en Asie, qui suivent depuis des années les séries artisanales de la ligne. Pour eux, la signature d’un maître reconnu par l’État japonais et un tirage aussi court pèsent lourd.

Les deux montres sont disponibles depuis le 2 novembre dans les G-SHOCK Stores de Paris et de Lyon, sur le site casio.com/fr et chez les revendeurs officiels MR-G. Avec seulement 150 exemplaires dans le monde, la version or risque de quitter les vitrines très vite.

Trente ans après la MRG-100, la ligne MR-G conserve la même obsession pour la robustesse. Elle y ajoute aujourd’hui quelques particules de platine et d’or, posées à la main sous l’œil d’un maître de Kyoto.

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